L'Antitrust italien dénonce une finance minée par le copinage d'intérêts

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Frank Paul Weber, à MilanUne gouvernance monopolisée par quelqu­es administrateurs et des conflits d'intérêts à foison. L'Autorité italienne garante de la concurrence et du marché (dite « Antitrust ») décrit ainsi le secteur financier de la Péninsule dans une enquête d'un an et demi détaillée dans un rapport de 219 pages publié il y a quelques jours. « En Italie, les principales banques, compagnies d'assurances et sociétés de gestion se caractérisent par l'existence de nombreux liens entre concurrents tant d'un point de vue personnel qu'à travers des participations croisées à leur capital », résume l'Autorité italienne. Elle dénonce la présence trop fréquente et importante d'administrateurs d'une banque dans le conseil d'administration d'autres banques pourtant concurrentes, le même phénomène étant remarqué entre les compagnies d'assurances. 80 % des 145 groupes financiers étudiés par l'Antitrust font place au sein de leurs organes de gouvernance à des responsables exerçant des fonctions dans la gouvernance de concurrents. pactes d'actionnairesCette « particularité ­italienne » n'a pas d'équivalent dans les grands pays européens. La loi italienne l'interdit seulement sans « l'autorisation de l'assem­blée des actionnaires ». Ces conflits d'intérêts sont loin d'être le fait de petites banques ou assureurs. 16 des administrateurs du groupe Generali le sont aussi dans des sociétés concurrentes. Premafin-Fondiaria-SAI, sa principale compagnie d'assurances concurrente en Italie, compte quinze administrateurs ­actifs aussi chez laconcurrence. Quatorze des administrateurs des banques Intesa ­Sanpaolo, Mediobanca et UBI siègent dans des banques rivales. ­Cette situation est le fruit des participations croisées dans la finance italienne. Combinée à l'existence de pactes d'actionnaires, autre particularité transalpine, la structure du capital de la finance italienne, voire des grands groupes industriels, est ainsi « blindée » et laisse peu de place à des OPA et donc à de « moindres incitations à une meilleure effi­cience », souligne l'Antitrust. Cela ne devrait pourtant pas changer. L'Antitrust, sorte de tigre de papier en la matière, plaide lui-même pour la seule autorégulation de la finance pour parvenir à plus de transparence et moins de conflits d'intérêts. Mais surtout les autres autorités compétentes, comme le gendarme boursier Consob ou la Banque d'Italie, ne semblent pas plus décidées à intervenir. Quant au législateur, il ?uvre plutôt dans une direction opposée?: la loi « anticrise » actuellement débattue au Parlement va autoriser à nouveau les mesures ­anti-OPA même sans l'accord de l'assemblée des actionnaires. Interrogé par « La Tribune » sur sa possible intervention, le ministre de l'Économie et des Finances, Giulio Tremonti, s'est borné à dire « chaque chose en son temps ». Le chef du gouvernement Silvio Berlusconi contrôle lui-même le groupe bancaire et d'assurances Medio­lanum, actionnaire de Mediobanca (sa fille est au conseil d'administration), la banque qui contrôle l'assureur Generali?

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