Les minerais handicapent l'Australie

 |   |  671  mots
La dégringolade des matières premières est en train de mettre à l'épreuve le dynamisme de l'économie australienne. Grâce au boom des ressources naturelles qui depuis deux ans assurent les liquidités de sa place financière, le pays a pour l'instant bien résisté à la tempête qui secoue le reste de la planète. " Nous ne sommes pas immunisés contre la crise, mais il semble que nous disposons d'une base plus saine que beaucoup d'autres pays ", se félicitait encore le 10 octobre dernier Lindsay Tanner, le ministre fédéral des Finances.Depuis, le discours a changé. Rattrapée par la conjoncture, la " forteresse Australie ", vantée par la presse de Sydney, montre depuis quelques jours ses premières fissures, dans la foulée d'une place boursière déprimée et d'une devise en chute libre. Le dollar australien a perdu 30 % depuis septembre. " Le secteur minier pèse très lourd en Australie, la chute des cours des principaux minerais entraîne donc forcément une baisse des titres sur le marché ", analyse Kieran Davies d'ABN-Amro. L'indice minier de Sydney a dévissé de 47 % depuis début septembre, à mesure que la baisse générale de la demande érodait les prix spot des principaux minerais exportés par le pays. Le charbon vendu à Newcastle affiche sa huitième semaine de baisse, à moins de 112 dollars américains la tonne, pendant que celle du minerai de fer se traite en dessous des 100 dollars américains, contre près du double en mars dernier.UNE ECONOMIE TRES LIEE A LA CROISSANCE CHINOISEEt ce ne sont pas les inquiétudes qui entourent la croissance chinoise qui risquent d'inverser cette tendance à la morosité. L'enjeu est de taille pour l'Australie et ses compagnies minières. La Chine est devenue le premier partenaire commercial du pays en 2007 et absorbe en moyenne 53 % de ses exportations de minerai de fer et un bon quart de ses tonnages de cuivre et de nickel." Si le ralentissement chinois se confirme, c'est la fin du boom minier actuel en Australie ", n'hésite pas à prophétiser Stephen Kakalas, analyste chez TD Securities, qui craint un assèchement des investissements et l'abandon de plusieurs projets d'envergure dans le secteur. BHP-Billiton n'a encore rien annoncé de la sorte, mais son rival Rio Tinto a déjà décidé de réduire la voilure. Tom Albanese, le directeur général de la compagnie, a confirmé cette semaine le report d'un certain nombre de développements, notamment dans le nickel dont les cours continuent de s'effondrer. Si le patron du géant minier a bien constaté " une réduction de la demande chinoise à court terme ", il veut croire que " cette respiration " ne sera que passagère. " Assises sur leurs contrats, les compagnies minières attendent que le vent tourne, faisant le pari d'un redressement chinois à moyen terme ", explique Marc Pervan, spécialiste du secteur pour ANZ Bank. Les dernières estimations parlent pourtant d'une chute de 15 % des livraisons de minerais de fer australiens en Chine l'année prochaine, pendant que quatre grands sidérurgistes du pays viennent d'annoncer de concert une baisse de 20 % de leurs productions. Les compagnies minières sont prêtes à produire davantage, " mais elles ne sont pas sûres de pouvoir vendre ", remarque encore Stephen Kakalas.LE SPECTRE D'UNE RECESSION ECONOMIQUE EN ASIEÀ l'inconnue chinoise s'ajoute également le spectre d'une récession qui guette les économies de la Corée du Sud, du Japon ou de Taiwan, tous gros clients de minerais australiens. En attendant un éventuel rebond de la demande internationale, tous les experts s'accordent pour prévoir une baisse globale des recettes d'exportations minières et énergétiques, qui ont rapporté plus de 60 milliards d'euros à l'Australie l'an passé. " Si la baisse des cours s'éternise, l'économie australienne va au-devant de sérieuses difficultés ", prévient Marc Pervan, qui évoque la possibilité d'un recul de 2 % de la croissance l'année prochaine. À moins que la Chine ne vienne sortir l'Australie de ce mauvais pas.

Réagir

Votre email ne sera pas affiché publiquement
Tous les champs sont obligatoires

Merci pour votre commentaire. Il sera visible prochainement sous réserve de validation.

 a le à :