Une récession plus profonde qu'en 1930
La Tribune
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La presse anglo-saxonne a déjà trouvé un nom pour désigner la crise inhabituelle qui frappe la planète depuis plusieurs mois : la Grande Récession. Il s'agit de l'équivalent contemporain de la Grande Dépression, celles des années 1930, mais en plus court ? c'est au moins ce qu'on veut croire aujourd'hui. Deux économistes éminents viennent de publier un article qui compare justement les deux périodes, « A Tale of Two Depressions » (Récit de deux dépressions). Il s'agit d'un professeur d'économie de Berkeley, Barry Eichengreen, et de Kevin H. O'Rourke, qui enseigne la même discipline au Trinity College de Dublin.Les données collectées par ces deux auteurs sont édifiantes : la chute de l'activité, des marchés boursiers et du commerce international que nous subissons aujourd'hui est sensiblement plus violente que celle qui a suivi le krach de 1929. « Le nom de ?Grande Récession? pourrait être trop optimiste », notent les économistes à propos de la crise actuelle, qui est « un événement de l'ampleur d'une dépression ». particularitésOn peut imaginer d'ailleurs que la rapidité et l'ampleur de la détérioration que nous avons connue s'expliquent par l'extraordinaire développement des systèmes d'information mondiaux. Toute la planète réagit désormais au même moment sur les mêmes informations, ce qui accroît la pente des oscillations économiques. Ce phénomène qui a joué à la baisse à partir de septembre 2008, jouera bien sûr à la hausse lors de la reprise, fût-elle temporaire.Eichengreen et O'Rourke ont également comparé la réponse des autorités politiques et monétaires lors des deux époques. Sur les taux d'intérêt, le mouvement est le même en 1929-1930 et 2008-2009. À deux différences près : le point de départ est sensiblement plus bas aujourd'hui (un peu moins de 3 %) qu'entre les deux guerres (5,5 % environ). Et, il y a quatre-vingts ans, toutes les banques centrales avaient été contraintes de remonter vigoureusement leurs taux deux ans après le début de la crise, pour défendre la parité de leur monnaie avec l'or, après la dévaluation spectaculaire de la livre sterling en 1931. Ce qui a eu pour effet de relancer la crise. Y aura-t-il un mouvement comparable bientôt, à cause des mégadéficits qui se profilent ? C'est tout à fait envisageable, au moins pour les pays dont la signature est de qualité intermédiaire, dans la zone euro notamment.Autre différence, la création monétaire a été beaucoup plus forte et rapide à notre époque, tout comme le creusement des déficits budgétaires, plus marqués. À ceci près pourtant que, là encore, le point de départ diffère. Les finances publiques se sont trouvées beaucoup plus dégradées en 2004 qu'elles ne l'étaient en 1925, soit quatre ans avant le déclenchement de la crise. Au total, l'effort de stimulation budgétaire est donc à peu près du même ordre aujourd'hui qu'au début des années 1930. Ce qui semble montrer que nous ne sommes pas protégés contre un nouvel accès de faiblesse financière et économique, pas plus que ne l'ont été nos grands-parents? n« Le nom de ?Grande Récession? pourrait être trop optimiste. »
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