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Dans la douleur, l'Insee prépare son exil à Metz

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Publié le 09 décembre 2008 à 09:09 - Mis à jour le 09 décembre 2008 à 09:09

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Punition. Le mot est sur toutes les lèvres. Depuis l'annonce surprise de François Fillon à la mi-août de transférer une partie de l'Insee et des services des statistiques ministériels (SSM) à Metz pour créer d'ici à 2011 un pôle national de la statistique, les agents de l'Institut, traditionnellement discrets, se posent en victimes. Et crient au coup monté. De quel crime l'Insee serait-elle coupable ? Pour tous les membres de l'Institut interrogés par «La Tribune», la réponse fuse immédiatement : d'un crime de lèse-majesté. Selon eux, cet exil forcé à Metz met un terme à un conflit qui dure depuis longtemps, conflit que les plus anciens de la maison font remonter à l'époque où Nicolas Sarkozy était maire de Neuilly-sur-Seine. « Le recensement de 1999 n'a pas comptabilisé un nombre suffisant d'habitants, privant la commune de plusieurs subventions », se remémore un ancien.Le conflit a pris une autre dimension avec l'arrivée de Nicolas Sarkozy à Bercy en 2004, le ministre souhaitant disposer des chiffres de l'Insee quelques heures, voire quelques jours avant leur publication afin d'adapter son discours aux circonstances. Une volonté ministérielle à laquelle s'est farouchement opposé l'ancien directeur général de l'Insee, Jean-Michel Charpin, par déontologie et par respect des règles internationales, aujourd'hui définies par le code de bonnes pratiques de la statistique européenne. Jusqu'à son limogeage brutal en octobre 2007. « Si l'Insee a parfois accédé à la demande du futur locataire de l'Élysée, ses ?oublis? étaient considérés comme des attaques directes contre Bercy, dont dépend l'Insee », se rappelle un témoin privilégié du conflit. ContestationDepuis, ses travaux sont régulièrement contestés. Après la polémique sur les chiffres du chômage, ce sont les statistiques portant sur l'inflation, le pouvoir d'achat ou encore la croissance qui ont été remis en cause. Et notamment pendant la campagne électorale, où les chiffres de l'emploi ont été victimes d'une « panne » technique, liée à l'augmentation des non-répondants dans les enquêtes, à laquelle on a attribué indûment une signification politique.La délocalisation surprise à Metz, qui entraînerait le transfert de 1.000 à 1.500 personnes, est donc vécue comme un exil forcé. « Cette décision nous a d'autant plus surpris qu'elle n'avait jamais été dans les cartons », explique Patrice Roussel, le président du syndicat national des administrateurs et des inspecteurs de l'Insee. « Il ne correspond en fait à aucune logique. Parce que sa structure de fonctionnement l'exige, le service statistique public est déjà fortement décentralisé : deux tiers des effectifs sont localisés au sein des vingt-quatre directions régionales », expliquent Olivier Filatriau et Étienne Debauche du Comité de défense de la statistique publique qui multiplie, comme hier, les manifestations de protestation contre ce projet. Apprenant le projet l'été dernier, le nouveau directeur général, Jean-Philippe Cotis, qui vient du prestigieux OCDE, aurait mis sa démission dans la balance. Car tout le monde redoute que cette délocalisation n'appauvrisse les ressources humaines de l'Insee, alors que l'Institut enregistrera déjà 300 départs à la retraite par an au cours des cinq prochaines années, à cause d'une pyramide démographique particulièrement déséquilibrée par des recrutements massifs dans les années 1960. « Les expériences passées démontrent que seuls 10 % des effectifs d'une administration acceptent de déménager. Outre la perte de savoir?faire, ce transfert à Metz devrait obliger l'Insee à recruter. Compte tenu des restrictions budgétaires actuelles, nous redoutons que les fonctionnaires de l'Insee ne soient remplacés par des contractuels sur lesquels il serait possible de faire pression plus facilement », indique Julie Herviant, la représentante de l'intersyndicale Insee. Pour apaiser les esprits, Jean-Philippe Cotis et Jean-Pierre Duport, le vice-président du Conseil national de l'information statistique (Cnis), mettent la dernière main à un rapport sur les contours du futur pôle messin. Rapport qui sera remis lundi à François Fillon. Il aurait, selon nos informations, un double objectif : préserver la qualité des travaux de l'Insee tout en évitant la casse sociale. Il préconiserait des transferts de postes limités à 500, le regroupement d'activités aujourd'hui éparses et une collaboration avec le monde universitaire. Reste à savoir quel accueil l'Élysée réservera à ce rapport qui ne sera pas rendu public.

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