Le krach des Bourses met en péril les retraites par capitalisation

La controverse qui oppose en France les partisans de la retraite par répartition à ceux de la capitalisation prend un tour nouveau, avec la crise financière et la déconfiture spectaculaire des fonds de pension dans plusieurs pays ces derniers jours. La France a fait le choix, lors de la création de la Sécurité sociale, du système par répartition, qui finance les pensions grâce aux cotisations prélevées sur les actifs au travail. Chacun de ceux-ci accumule, avec ses cotisations, des droits à la retraite qu'il peut faire valoir à partir de 60 ans, s'il a cotisé suffisamment longtemps. Mais l'allongement de la durée de la vie ? un an d'espérance supplémentaire tous les quatre ans ? et donc de la durée de la retraite a bousculé l'équilibre de la répartition, et cela malgré les réformes successives. Dans le même temps, l'extraordinaire envolée des indices boursiers, à partir de la moitié des années 1990, a donné un avantage relatif au grand concurrent de la répartition, la capitalisation. Dans ce système, les cotisations individuelles sont «?capitalisées?» et investies en titres financiers, actions et obligations. Au moment de la retraite, le salarié peut retirer sa mise sous la forme d'un capital ou d'une rente.dispositifs éprouvésEn France, ce système a été promu par différents élus de droite ou de centre droit, Jean-Pierre Thomas et Alain Madelin notamment, qui voulaient instaurer un complément retraite. Projets largement soutenus par l'industrie financière, les assureurs au premier chef, qui y voyaient une occasion de développer leurs affaires avec la croissance de l'épargne privée. Et même des syndicalistes comme Nicole Notat, alors à la tête de la CFDT, avaient pris parti pour le panachage des deux systèmes. Différentes incitations fiscales ont été votées, avec la création des Perp, Perco et loi Madelin, destinés à inciter les épargnants.Il s'agissait en effet de suivre un courant mondial, qui associait de plus en plus la capitalisation à la répartition. Ainsi les États-Unis ont-ils peu à peu « empil頻 des dispositifs d'épargne individuelle sur des fondements collectifs, inspirés du régime mis en ?uvre en Allemagne par Bismarck, à la fin du XIXe siècle. Dispositifs qui sont aujourd'hui éprouvés par la forte chute des marchés (voir plus bas). Idem au Royaume-Uni, où la retraite collective est identique pour tous, et où elle est complétée largement par les contributions aux fonds de pension, appartenant ou non à l'employeur. L'Amérique latine a été le théâtre d'une expérience quasi unique au monde, à l'initiative du général Pinochet, dirigeant la dictature chilienne au début des années 1980. Celui-ci, inspiré par les « Chicago Boys », les économistes libéraux formés aux États-Unis, a intégralement privatisé les retraites pour créer de vastes fonds de pension qui ont investi dans l'économie nationale et contribué à son décollage. Le modèle chilien a ensuite été imposé aux voisins du territoire andin par le Fonds monétaire international, en Argentine notamment. L'Argentine qui vient de nationaliser en catastrophe son régime de retraite pour le transformer en système de répartition, après la tornade financière qui a dévasté la Bourse de Buenos Aires? La présidente Kirchner en a profité pour récupérer les quelque 30 milliards de dollars d'actifs, qui serviront à honorer les échéances du gouvernement. Cet engouement pour les marchés financiers était fondé sur un axiome de pacotille : la Bourse est le meilleur placement sur le long terme, disait-on. Ce n'est vrai qu'à la condition? d'investir et de sortir aux bons moments, par nature imprévisibles. Le Nikkei, l'indice des valeurs japonaises, cotait ainsi près de 40.000 points fin 1989, et tout juste 9.000 hier? Le pauvre « salaryman » qui aurait investi ses économies au pic du marché n'aurait plus, dix-huit ans plus tard, que ses yeux pour pleurer. Idem pour celui qui aurait investi aux États-Unis en 1929, et n'aurait retrouvé sa mise qu'en 1954. Combien de temps faudra-t-il à celui qui a acheté le CAC français à 7.000 points, en 2000, alors qu'il vaut aujourd'hui 3.400 points?? tornade financièreCertes, les épargnants français ne se sont pas investis massivement en Bourse. Quelque 2 millions de plans d'épargne retraite étaient ouverts à la mi-2007, côté loi Madelin (pour les travailleurs indépendants), il y avait 800.000 plans en 2006. À cela s'ajoute bien sûr le gros morceau de l'assurance-vie, qui collecte, bon an, mal an, 100 milliards d'euros annuels. Mais, au total, seuls 15 % de l'épargne retraite française sont investis en actions, selon le Conseil d'orientation des retraites, à cause d'une prévention bien française à l'encontre du risque boursier.Le retournement des marchés, s'il fait repartir le balancier de l'autre côté, ne doit pas faire oublier que le système par répartition a aussi ses risques. Assis sur l'emploi, il est étroitement dépendant de l'activité nationale. Ce qui, pour les Français, n'est pas forcément une bonne affaire, puisque la croissance y est plus faible qu'ailleurs. Il est vrai que ce risque, même s'il est loin d'être nul, est socialisé : il est pris en charge par l'État, c'est-à-dire par le contribuable. En 2008, le déficit de la branche retraite atteindra 5,7 milliards d'euros. Ce sont les inconvénients de la répartitio
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