« La seule piste que je ferme, c'est celle d'une diminution des pensions. »

derrière les mots de... NICOLAS SARKOZYLors de son interview télévisée du 25 janvier, sur TF1, Nicolas Sarkozy a fait trois promesses aux Français : primo, les décisions sur l'équilibre financier du système de retraites « concerneront tout le monde » ; secundo, il ne remettra pas en cause le principe du système par répartition ; enfin, « la seule piste que je ferme tout de suite, c'est celle d'une diminution des pensions, qui n'est pas possible ».En excluant d'emblée de toucher aux pensions, le président nous livre une vision du contrat social intergénérationnel un peu particulière. Non, les décisions ne concerneront pas « tout le monde » : seuls les actifs paieront ! Et vraisemblablement à la fois par une hausse des cotisations, un allongement de la durée de travail, et un peu plus de chômage.Cet arbitrage était-il inévitable, sachant que les retraités français sont parmi les mieux traités des pays de l'OCDE ? Le Conseil d'orientation des retraites est formel : si l'on tient compte de tous les éléments qui jouent sur le niveau de vie, des pensions au patrimoine, en passant par la fiscalité et la composition des ménages, le niveau de vie des retraités français est à parité avec celui des actifs. C'est même la première fois dans l'histoire, et aussi vraisemblablement la dernière, pronostique Louis Chauvel, le spécialiste des mécanismes générationnels. Et surtout, souligne l'économiste du Cnam, Michel Godet, la durée de leur retraite ne cesse de s'allonger : elle a gagné onze ans depuis 1970 et va encore s'accroître de quatre ans d'ici à 2030.Alors pourquoi ce président élu sur la promesse de « travailler plus pour gagner plus » privilégie-t-il d'emblée les retraités sur les actifs ? Serait-ce parce que, comme l'affirme Grégoire Tirot, les pensions des retraités vont, du fait des réformes de 2003, mécaniquement décrocher de 10 % par rapport aux salaires moyens d'ici à 2050 ? Ou parce que, en vertu d'un calcul plus politique, le président sait que les personnes de plus de 60 ans représentent près d'un tiers des électeurs qui votent réellement, comme l'explique Michel Godet ? Louis Chauvel va même plus loin : « Ayant été élu avec le vote majoritaire des Français de plus de 65 ans, il ne pouvait les brusquer. D'autant que les jeunes retraités, ou ceux qui vont le devenir d'ici cinq ans, forment une catégorie nombreuse, consciente de ses intérêts et qui bénéficie de relais puissants au sein d'un parlement âgé. »Ce sont bien les non-dits qui sont les plus intéressants dans la phrase de Nicolas Sarkozy. En disant  la seule piste que je ferme tout de suite, c'est celle d'une diminution des pensions », on comprend qu'il y a pensé tellement fort qu'il n'a pas pu ne pas en parler, dit Louis Chauvel. En clair, c'est bien dans son agenda, mais pas pour tout de suite ! Il ne pourra donc qu'augmenter les cotisations et renégocier à la baisse, après 2012, les pensions futures de ceux qui partiront à la retraite après 2015-2020, une génération moins consciente politiquement, moins vigilante et mal organisée. Comme c'est aussi celle qui a connu le chômage de masse des jeunes, les carrières à trous et une épargne moins abondante, c'est bien cette génération-là qui subira la paupérisation inévitable des retraités, à partir de 2015. »Ainsi, derrière les mots et l'agenda personnel du président, c'est bien un nouveau contrat intergénérationnel que l'on découvre : une fantastique inégalité entre actifs et retraités, mais aussi entre les retraités eux-mêmes. Non, les décisions ne concerneront pas tout le monde. Ceux qui partiront à partir de 2015 paieront pour ceux qui sont partis à partir de 2005. N'ayant pas le courage d'affronter la génération des retraités nantis, le président choisit les retraités d'aujourd'hui contre les retraités de demain. La question de l'équité entre les générations se trouve singulièrement relancée. Analyse Valérie Second éditorialiste à « La Tribune »

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