UBS se rachète une conduite

17 juin 2010. Au siège d'UBS, sur la Bahnhofstrasse à Zurich, c'est le soulagement. L'affaire de fraude fiscale aux États-Unis, dans laquelle est empêtrée la banque depuis l'été 2008, vient enfin de connaître son épilogue. À Berne, dans la nuit, le Parlement suisse a approuvé l'accord passé par UBS avec les États-Unis. Les noms de 4.450 clients américains soupçonnés d'avoir dissimulé leur fortune aux autorités seront livrés à l'Internal Revenue Service (IRS), le fisc américain. En échange, les poursuites engagées par Washington contre la banque sont abandonnées. Ce compromis représente une sérieuse entorse au secret bancaire mais qu'importe?! Le litige, devenu affaire d'État, devait être réglé au plus vite.Pour UBS, c'est la fin de l'un des épisodes les plus douloureux de son histoire. Qui s'est révélé désastreux pour sa réputation. Conjuguée aux pertes abyssales enregistrées au plus fort de la crise (21,30 milliards de francs suisses en 2008) et à sa mise en cause dans l'affaire Madoff, l'affaire de fraude fiscale a en effet sérieusement écorné son image de meilleur gestionnaire de fortune du monde. En 2008 et 2009, la direction d'UBS a observé, impuissante, ses clients fuir la banque et retirer en masse leurs capitaux. Quelque 111,6 milliards de francs suisses ont ainsi quitté ses caisses la première année?; à peine moins la seconde. Une transhumance dont ont profité ses concurrents, au premier rang duquel son rival zurichois, Credit Suisse. Et si le groupe occupe encore une position de leader dans la gestion de fortune, avec près de 1.700 milliards de francs d'actifs sous gestion, stopper ces fuites de capitaux est devenue sa priorité et, surtout, une urgence.Pour y parvenir, un seul mot d'ordre?: restaurer la confiance. Le chantier est de taille. « En Suisse, le ressentiment est encore considérable, estime un ancien dirigeant du groupe. Les contribuables reprochent à la banque d'avoir eu un comportement très arrogant, éloigné de sa culture historique, et d'avoir mis en péril la stabilité de l'économie du pays. » En octobre 2008, UBS, qui menaçait de s'effondrer, avait été sauvé in extremis par la Confédération helvétique. Du côté des actionnaires aussi, la colère gronde encore. Mercredi, l'association Actares et le cabinet de conseil Deminor ont annoncé leur intention de porter plainte contre les anciens dirigeants du groupe. Leur grief??? Les pertes de plusieurs dizaines de milliards de francs enregistrées durant la crise financière. Dans leur ligne de mire?? Les deux anciens présidents, Marcel Ospel (2001-2008) et Peter Kurer (2008-2009), ainsi que leurs équipes de direction.Le 17 novembre dernier, le directeur général Oswald Grübel, arrivé à la tête du groupe en pleine tempête en février 2009, a présenté son plan de reconquête. « Nous construisons un nouvel UBS. Notre stratégie représente [...] une révolution dans notre manière de travailler », annonçait-il alors. Traduction?: la politique d'UBS sera désormais placée sous le signe de la prudence, à l'opposé de la voie empruntée par Marcel Ospel, grand artisan de la stratégie d'investissement agressive menée au milieu des années 2000. Dans la foulée, la direction présente ses objectifs?: un bénéfice annuel avant impôt de 15 milliards de francs d'ici trois à cinq ans. Ambitieux. « Aujourd'hui, UBS est à la croisée des chemins, confie un proche de l'établissement. Comme la force de frappe de sa banque de financement et d'investissement n'est plus la même qu'avant la crise, elle a l'obligation de développer sa gestion privée. »Quoi qu'il en soit, ce « nouvel UBS » qu'évoque M. Grübel sera plus petit. Critiquée pour le risque systémique qu'elle faisait peser sur l'économie helvétique (son bilan représentait en 2008 cinq fois le produit intérieur brut domestique?!), la banque a réduit sa taille et son endettement. En outre, les coûts ont été réduits de manière drastique. Avec, à la clé, des licenciements en masse. Aujourd'hui, le groupe ne compte plus que 64.300 salariés, contre près de 84.000 deux ans plus tôt. La France n'a pas échappé à cette cure d'austérité. Quatre bureaux sur dix ont été fermés et 150 postes, sur un total de 600, supprimés. Cette restructuration, menée dans le monde entier, a contribué à remettre le groupe sur le chemin des profits. Toutefois, les clients, eux, continuent de s'évaporer. Au premier trimestre, plus de 15 milliards de francs ont été retirés après plus de 45 milliards au trimestre précédent. La situation reste notamment fragile en Amérique du Nord mais elle s'améliore peu à peu partout ailleurs. « Ce sont les départs de banquiers privés qui ont provoqué une fuite de capitaux. Or ce phénomène touche à sa fin. Le retour à une collecte positive devrait certainement intervenir au second semestre », estime Jean Sassus, analyste financier chez Raymond James. Au total, un millier de gestionnaires de fortune ont quitté, de gré ou de force, le groupe depuis le début de la crise.En France, une centaine de chargés de comptes ont été poussés vers la sortie. Nombre d'entre eux n'ont pas tardé à rebondir chez un concurrent d'UBS dans l'Hexagone, que ce soit dans une filiale d'une grande banque de réseau ou chez un spécialiste, comme Credit Suisse ou Neuflize. « Leur qualité de formation est incroyable, confie le dirigeant d'une banque privée française, qui a embauché quatre anciens du groupe. Ils font preuve d'une rare agressivité commerciale et d'une discipline de fer dans la recherche de nouveaux clients. Ces caractéristiques sont le résultat de la forte stratégie de développement menée par le groupe dans les années 2000. » D'après le patron d'un autre grand acteur du marché français, cette « école UBS » soulève des questions?: « Dans les métiers de la banque privée, lorsqu'il y a trop de pression sur les chargés de comptes, certains peuvent être amenés à prendre des risques et à commettre des dérapages. » Et de citer le scandale fiscal aux États-Unis, où un système organisé d'évasion vers la Suisse avait été mis sur pied. Mais, jure-t-on dans la banque, on ne l'y reprendra plus?: la conquête de nouveaux clients ne se fera plus à n'importe quel prix. Alexandre Madde

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