Financement participatif : les trois freins à lever pour que le « crowdfunding » décolle

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Le « crowdfunding » a acquis une légitimité certaine, en France. La preuve, c\'est au ministère de l\'Economie et des Finances que se sont tenues, le 30 septembre, les premières assises du financement participatif. Lequel consiste à mettre en relation quasi-directe - via des plates-formes Internet - des porteurs de projets en quête de financement avec des particuliers disposés à effectuer des dons, à prêter de l\'argent ou bien à investir des capitaux.  Quelques mois auparavant, à l\'issue des assises de l\'entrepreneuriat, le 29 avril, François Hollande lui-même avait décrit le crowdfunding comme « un mode de financement tout à fait précieux », à l\'heure où les banques risquent de se montrer moins prêteuses à l\'égard des PME, en raison des nouvelles contraintes règlementaires qui pèsent sur elles.   Le président de la République avait alors prié son gouvernement de plancher sur des mesures destinées à favoriser l\'essor du financement participatif. Car, bien que ce dernier connaisse une croissance exponentielle, il ne devrait encore peser que 80 millions d\'euros en France, cette année, contre 40 millions en 2012. Il faut dire « qu\'il existe trois freins majeurs à la montée en puissance du financement participatif », selon Thierry Merquiol, président de la plate-forme de crowdfunding Wiseed.  Une règlementation souple« Le crowdfunding n\'est pas régulé, mais des règlementations s\'appliquent à lui. » L\'avocat Hubert de Vauplane résume bien la situation : les plates-formes de financement participatif, du fait de leur jeunesse, n\'ont pas de définition juridique propre. Aussi sont-elles soumises aux mêmes règlementations que les institutions financières classiques. Des règlementations lourdes, inadaptées aux petits montants drainés par le financement participatif. « L\'un des défis du crowdfunding réside dans l\'élaboration d\'une règlementation souple », a reconnu Fleur Pellerin, ministre déléguée aux PME et à l\'économie numérique, lors des assises du financement participatif.   La ministre a ainsi annoncé le 30 septembre une nouvelle règlementation, propre à la finance participative. Dans le cadre du projet de loi relatif à la simplification de la vie des entreprises, le gouvernement prendra au premier trimestre 2014 une ordonnance créant le statut de conseiller en investissements participatifs. Ce statut - auquel pourront prétendre les plates-formes de crowdfunding - nécessitera de disposer d\'un niveau de fonds propres moins élevé que celui exigé pour les institutions financières classiques.Reste à trouver « le bon équilibre » pour déterminer ce seuil de fonds propres, a ajouté Fleur Pellerin.   Cette nouvelle règlementation bousculera également le monopole bancaire, puisqu\'elle autorisera les prêts entre particuliers. Mais pour des montants limités à 250 euros pour le prêteur et à 300.000 euros au total pour l\'emprunteur. Enfin, les plates-formes de financement seront soumises à des obligations de publicité plus légères que celles imposées aux établissements financiers classiques.     La peur du risque Les investisseurs particuliers français, contrairement à leurs homologues du Royaume-Uni, par exemple, ne sont pas réputés pour leur goût du risque. Or, dans le cadre du financement participatif, les internautes peuvent perdre la totalité de l\'argent investi ou prêté, si le projet financé n\'aboutit pas. La plate-forme de crowdfunding Wiseed rappelle ainsi cette règle du capital-risque, selon laquelle « sur 10 entreprises investies, 3 seront liquidées (d\'où une perte totale de l\'investissement), 2 permettront un multiple de 10 ou plus, le gain sur les autres sera compris entre fois 1 et 3 fois. »« Dans l\'univers du prêt [par opposition au don ; Ndlr], la grande question est celle du risque, car le prêt implique un remboursement. Or il existe un risque d\'attraction de mauvais projets (par les plates-formes de crowdfunding), il nous faut donc faire attention », reconnaît Arnaud Poissonnier, le patron de la plate-forme de micro-crédit Babyloan.Pour Bernard Cohen-Hadad, président du think tank Etienne Marcel et de la commission Financement de la CGPME, la principale réserve, en matière de finance participative, réside dans la transparence : « Qu\'est-ce que l\'on donne exactement, où cela va-t-il et combien cela rapporte-t-il ? » Bpifrance - la Banque publique d\'investissement - vient ainsi de lancer, le 30 septembre, un site Internet baptisé tousnosprojets.fr, afin d\'aider les internautes dans leur choix d\'un projet à financer.« Nous sélectionnons les porteurs de projets et les plates-formes de financement participatif qui les portent, sur la base des critères suivants : ils doivent financer des projets en France, respecter une charte de déontologie et justifier d\'une activité minimum, c\'est-à-dire financer au moins 600.000 euros de projets par an », indique Benjamin Richard, chez Bpifrance.   L\'ostracisme« Le financement participatif ne représente encore que 80 millions d\'euros en France, mais, le jour où il pèsera 500 millions, il commencera à faire peur aux autres acteurs du financement », prévient Jean-Hervé Lorenzi, président du cercle des Économistes.Avec, à la clé, de possibles bâtons dans les roues du crowdfunding. Déjà, quelques passes d\'armes ont eu lieu entre plates-formes de finance participative et business angels, lors des assises du financement participatif, le 30 septembre. Les seconds se défendent de pratiquer le même métier que les premières, puisqu\'ils investissent, eux, de leur propre poche, avec une prise de risque maximale. Thierry Merquiol a trouvé un moyen pour tenter de réconcilier les acteurs classiques du financement avec ces nouvelles venues que sont les plates-formes de financement participatif :« Chez Wiseed, les investissements s\'effectuent au côté de réseaux de business angels, de fonds d\'investissement régionaux, ce qui nous permet d\'apprendre à nous connaître, de prendre conscience que chacun a sa valeur et que nous sommes complémentaires. »       >> Voir aussi notre diaporama : Crowdfunding : les projets décalés du financement participatif

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