Un effort historique de rigueur, pour des résultats incertains

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Une loi de finances est rarement respectée à la lettre. Notamment parce que la réalité économique ne colle jamais ou presque aux prévisions sur lesquelles sont basées les budgets. Pour 2013, l'incertitude est encore plus grande qu'à l'habitude. Car non seulement la croissance risque d'être plus faible que ne le prévoit le gouvernement -on serait plus proche de zéro que du chiffre de 0,8% retenu par l'exécutif, à entendre la plupart des prévisionnistes-, mais les mesures annoncées aujourd'hui auront un impact négatif sur l'activité économique.Une logique comptableLe gouvernement raisonne comme s'il suffisait d'additionner coupes dans les dépenses et surtout hausses d'impôts pour ramener le déficit de 4,5% du PIB en 2012 à 3% en 2013, sans que les milliards ainsi prélevés n'affectent la marche de l'économie. Très peu d'économistes croient à ce raisonnement purement comptable, pas ceux de Standard & Poor's, en tous cas, qui soulignaient dans une note récente l'ampleur des effets multiplicateurs de la politique économique, aujourd'hui en Europe. Secrétaire nationale à l'économie du PS, l'économiste Karine Berger est minoritaire, quand elle estime que les mesures fiscales choisies auront peu d'effets. Car, souligne la députée, elles visent surtout les grandes entreprises, qui ont de toutes façons les moyens d'investir et les ménages les plus aisés, qui épargnent une grande partie de leurs revenus: ceux-ci ne réduiraient pas leur consommation parce que leurs impôts augmentent considérablement. Pour la plupart des économistes, les prélèvements supplémentaires réduiront bel et bien l'argent disponible dans l'économie. Et donc la demande interne. Sans parler des coupes dans les dépenses. Le fait de geler les traitements des fonctionnaires ne contribue évidemment pas à leur consommation.Un effort historique du rigueur, pour quelle baisse du déficit in fine?Il y a donc bien un «effort historique » de rigueur budgétaire, à hauteur de 36,8 milliards d'euros (30 milliards annoncés pour 2013, auxquels s'ajoute la montée en puissance des mesures votées l'été dernier, soit au total plus de deux tiers de hausses d'impôts) soit 1,8% du PIB. Mais rien ne dit qu'il se traduira par une diminution tout aussi historique du déficit public. La récession que pourraient provoquer les mesures Hollande sera synonyme de pertes de recettes fiscales, et donc de creusement du déficit que le chef de l'Etat voulait réduire. Une négociation européenne aurait alors sans doute lieu, afin d'éviter que le gouvernement soit encore contraint d'ajouter des hausses d'impôts destinées à atteindre un hypothétique objectif de 3% de déficit public. Un objectif qui serait décalé d'un an, par exemple. Le hic, c'est que les mesures d'austérité seront alors entrées en vigueur, impactant négativement l'économie, sans qu'il soit aisé de les annuler.Compte tenu de cette situation plus qu'incertaine, la programmation des finances publiques à échéance de 2017, qui fait l'objet d'un projet de loi autonome, prend un tour quasi surréaliste. A entendre le gouvernement, la croissance atteindrait 2% à partir de 2014, et ne descendrait pas en dessous de ce chiffre jusqu'en 2017... Crédible? Sur la base de cette croissance retrouvée, le déficit public ne serait pas annulé en 2017, contrairement à ce qui avait été prévu: il serait encore de 0,3%. Il serait à zéro seulement en termes structurels, corrigé de la conjoncture. Un résultat documenté par toute une série de calculs très précis, que la conjoncture de 2013 pourra à l'évidence mettre à bas. Aucune programmation des finances publiques n'a été respectée, à ce jour. Parier que celle-ci ne le sera encore moins n'est pas prendre un gros risque. 

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