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Trois principes pour l'après-Grande Récession

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Publié le 02 juillet 2010 à 09:27 - Mis à jour le 02 juillet 2010 à 09:27

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La mondialisation exige des pays riches qu'ils coordonnent leur politique monétaire et fiscale pour maintenir la demande globale, améliorer la productivité et éviter d'accroître les inégalités. À cette fin, hommes politiques et hauts fonctionnaires doivent inscrire dans le débat public trois principes majeurs encore trop souvent ignorés ou mal compris.1. À court terme des déficits budgétaires peuvent s'avérer nécessaires pour tirer l'économie mondiale hors de la Grande Récession. À long terme, il sera indispensable de les réduire.Si la Grèce, l'Espagne, le Portugal, l'Italie, l'Irlande et la Hongrie doivent de toute urgence améliorer leur balance des paiements - car les fuites de capitaux dont ils souffrent déjà risquent de s'aggraver s'ils ne regagnent pas la confiance des investisseurs mondiaux - cela n'est ni le cas de l'Allemagne, du Royaume-Uni ou de la France, ni a fortiori des États-Unis ou du Japon. À l'inverse, les pays riches doivent renoncer à l'austérité fiscale tant que l'économie mondiale reste fragile. La mondialisation nous lie et nous ne sommes toujours pas sortis de la grande récession. Dans nos pays, les entreprises hésitent encore à investir, les consommateurs à dépenser et les institutions financières à prêter. Dans ces circonstances, et au moins pour les deux ans qui viennent, les gouvernements doivent continuer de stimuler l'économie afin de créer suffisamment d'emplois et de revenus et de remettre la croissance économique en route. Il faut bien comprendre que les mesures de relance à court terme qui creusent les déficits conjoncturels n'ont que peu à voir avec les mesures de long terme - indispensables - des déficits budgétaires structurels qui, de toute façon, augmentent quelle que soit la phase du cycle économique. Les déficits structurels des pays riches et leurs conséquences sur la dette souveraine et l'inflation risquent d'inquiéter les prêteurs et les investisseurs internationaux et de les amener à exiger des taux d'intérêt plus élevés. Quand l'Europe, le Japon et les États-Unis seront sortis de l'inertie de la grande récession, ils pourront et devront alors s'attaquer aux déficits structurels - liés principalement au vieillissement des baby-boomers de l'après-guerre, à leur retraite prochaine et à leurs besoins médicaux.2. Autant il est bon que les gouvernements continuent d'emprunter pour financer des investissements publics destinés à améliorer la productivité, autant emprunter pour renforcer les filets de sécurité sociale n'est pas raisonnable.Même s'il n'est pas toujours facile de les différencier, dépenses publiques et investissements publics sont deux choses distinctes. Des dépenses supplémentaires de protection sociale sont peut-être nécessaires mais il serait fiscalement irresponsable de les financer par un endettement accru. En revanche, continuer d'emprunter sur les marchés de capitaux internationaux pour améliorer la productivité d'une nation est non seulement légitime mais recommandé (par analogie, il serait irresponsable pour une famille d'accroître ses dettes pour améliorer son confort quotidien, mais ce serait justifié s'il s'agissait de financer l'éducation des enfants ou l'acquisition de nouvelles compétences). Si l'on veut que la productivité de nos économies et de nos citoyens progresse, il faut améliorer les infrastructures (routes, ponts, ports, systèmes de canalisation et d'égout, infrastructures de communication et de transport), élargir l'accès à l'éducation et soutenir la recherche fondamentale. Seule une productivité accrue pourra améliorer le niveau de vie et répondre de façon appropriée aux défis du changement climatique, de la pauvreté mondiale et des besoins des plus démunis. Dans l'économie mondialisée, le capital se déplace constamment d'une nation à une autre. Mais ça n'est pas le cas des hommes. Le niveau de vie d'une population dépend donc uniquement de sa capacité à créer de la valeur ajoutée dans une économie mondiale de plus en plus intégrée.Les gouvernements ne devraient pas avoir peur d'emprunter sur les marchés internationaux pour financer des investissements car l'amélioration de la productivité qui en résultera contribuera à stimuler l'économie et à faciliter ipso facto le remboursement de leur dette. Finalement la variable clé est le ratio dette sur PIB. Si la croissance du PIB s'accélère du fait des investissements, le fardeau de la dette n'en sera que plus léger.3. Non seulement les inégalités grandissantes détériorent le tissu social et sont des sources potentielles de troubles politiques, mais elles réduisent le pouvoir d'achat de la classe moyenne, faisant ainsi courir un risque chronique à la demande globale.Dans tous nos pays, les fractures sociales s'aggravent. Aux États-Unis par exemple, les 1 % les plus riches s'approprient désormais 23 % du revenu national, tandis qu'il y a à peine trente ans, le centile supérieur ne disposait que de 9 % du revenu national. La faute en revient principalement à la mondialisation et à la rapidité des bouleversements technologiques. Ceux qui bénéficient à la fois d'une bonne éducation et d'un réseau social fourni bénéficient pleinement des opportunités créées par ces deux mutations?; ceux qui, au contraire, sont peu ou mal dotés en termes de formation et de réseau voient leurs emplois et leurs revenus menacés par la mondialisation et le progrès technologique. Les inégalités de revenus et de richesse sont considérées comme un problème social ou politique. On ne perçoit guère qu'elles sont aussi un enjeu économique. En effet, la propension à consommer des très riches est bien plus faible que celle des classes moyennes, et quand le revenu devient trop concentré au sommet, la classe moyenne ne dispose plus suffisamment de pouvoir d'achat pour que l'économie continue de tourner à plein rendement.De plus, les riches tendent à investir leur richesse dans des actifs dont ils croient qu'ils vont attirer d'autres investisseurs. Cela conduit à des bulles d'actifs spéculatives, comme celles qu'ont connues les États-Unis dans les années 1990 (la bulle « dot-com ») et à la fin des années 2000 (la bulle immobilière). Aux États-Unis, les deux années record en ce qui concerne le revenu du centile supérieur sont 1928 et 2007. Ce n'est pas une coïncidence si ces deux pics ont été suivis par des crashs économiques. Les responsables de la politique économique doivent rester vigilants quant aux conséquences redistributives des politiques publiques qu'ils conçoivent ou mettent en oeuvre. Les efforts pour stimuler l'économie à court terme, les emprunts pour les investissements publics et les mesures de réduction des dépenses publiques et d'augmentation des taxes à long terme, doivent tous contribuer à élargir le cercle de la prospérité, plutôt qu'à le réduire.

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