Vinci, le vieux cauchemar d'Aéroports de Paris, guette la privatisation de Roissy et d'Orly

La privatisation d\'Aéroports de Paris (ADP)? Officiellement le sujet n\'est pas à l\'ordre du jour au gouvernement. « Mais, ils y pensent», assure un proche du gouvernement. Impossible de s\'avancer sur un calendrier, dans la mesure où le passage de l\'Etat en dessous de 50% du capital d\'ADP oblige le gouvernement à modifier la loi aéroportuaire de 2005 qui garantit le caractère public du gestionnaire des aéroports parisiens. Mais la très belle opération réalisée par l\'Etat en vendant 9,5% du capital d\'ADP (3,9% possédés en propre et 5,6% via le Fonds stratégique d\'investissements, FSI) pour 738 millions d\'euros (dont 308 millions pour l\'Etat) va forcément donner des idées au gouvernement actuel ou aux suivants.Plafonnement des actions à 8%Peu importe, Vinci est en embuscade. En raflant 4,7 % supplémentaire du capital d\'ADP, le groupe français de concessions, qui se développe fortement dans la gestion aéroportuaire, détient désormais 8% du capital. Il n\'a pas pu rafler la totalité des 9,5% mis en vente par l\'Etat et le FSI car l\'Etat ne souhaitait pas qu\'un actionnaire dépasse la part détenue N.V. Lutfhaven Schiphol, le gestionnaire d\'Amsterdam-Schiphol, lequel possède un peu plus de 8%. Les partsde l\'Etat ont donc été vendues en deux blocs (l\'autre étant revenue à Predica, une filiale du Crédit Agricole) \"L\'Etat ne voulait pas que Vinci ait une longueur d\'avance si un jour ADP devait être privatisé », explique un proche du dossier. « Une part de 8% n\'est pas suffisante pour empêcher quelqu\'un de se lancer contre Vinci en cas de privatisation». Histoire d\'éviter de reproduire le scénario constaté lors de la privatisation d\'ASF (Autoroutes du sud de la France) en 2005 où personne n\'était venu se frotter à Vinci, qui avait raflé au cours des années précédentes plus de 21% du capital. Sans concurrence, Vinci avait très bien négocié les conditions de cette acquisition avec l\'Etat.Pour éviter une telle situation, le cahier des charges de la cession des titres de l\'Etat et du FSI stipule que, sauf en cas de privatisation, la participation des nouveaux actionnaires soit plafonnée à 8% pendant 5 ans. Pendant cette période, Vinci ne peut donc pas acheter des actions supplémentaires d\'ADP sur le marché.De l\'anti-Vinci chez ADPL\'épisode des ASF est d\'ailleurs crucial pour comprendre les relations entre ADP et Vinci depuis près de sept ans. Au moment où Vinci a commencé à monter au capital d\'ASF, le directeur de cabinet du ministre des transports de l\'époque Gilles de Robien n\'était autre que Pierre Graff, celui qui allait présider ADP de 2003 à 2012. « La façon de faire de Vinci dans la privatisation des autoroutes lui est restée en travers de la gorge. Redoutant que Vinci agisse de la même façon pour ADP, un grand nombre des décisions de l\'entreprise a visé à faire obstacle à Vinci », explique un très bon connaisseur de l\'entreprise. Le 3 janvier 2008, 18 mois après l\'entrée en Bourse d\'ADP, l\'annonce dans la presse de l\'entrée de Vinci dans le capital d\'ADP à hauteur de 3,3% fait l\'effet d\'une bombe au siège d\'Aéroports de Paris. Personne n\'avait vu le coup venir. A ce moment là, l\'Etat possède encore 68% du capital. Pour ADP, il faut trouver une parade. Ce sera N.V. Lutfhaven Schiphol, le gestionnaire de l\'aéroport d\'Amsterdam-Schiphol. Dix mois après l\'arrivée de Vinci dans son capital, ADP annonce une alliance stratégique avec les Hollandais, confortée par un échange d\'actions. Si officiellement, cette opération a pour but de développer des synergies avec les Hollandais (elles sont difficilement perceptibles aujourd\'hui), elle avait surtout pour objectif de placer plus de 8% des actions de l\'Etat à quelqu\'un d\'autre que Vinci qui faisait le siège de Bercy pour monter au capital. Selon nos informations, c\'est ADP qui a présenté le projet à l\'Etat à l\'époque. Résultat. Après cette alliance avec les Hollandais, l\'Etat détenait près de 60% du capital d\'ADP. Du coup, en cas de cession de l\'Etat jusqu\'au seuil de 50% d\'ADP, Vinci ne pourrait au mieux rafler 10%, pour porter sa participation à 13%. Insuffisant pour refaire le coup d\'ASF.Un siège au conseil d\'ADPPour certains observateurs, cette rivalité avec Vinci a également joué dans la décision d\'ADP de se porter candidat à la prise de contrôle du gestionnaire turc d\'aéroports, TAV, afin de barrer la route à Vinci, lui aussi sur les rangs (les deux groupes français se sont même retrouvés en finale). Objectif : éviter que le groupe dirigé par Xavier Huillard n\'obtienne une référence majeure dans le secteur aéroportuaire et ne devienne légitime à prétendre contrôler un jour ADP. Vinci a perdu la bataille turque. Tant mieux pour lui quand on connaît la suite. Mais il a raflé les aéroports portugais ANA qui lui serviront de tremplin pour sa stratégie d\'expansion aéroportuaire. Aujourd\'hui, Augustin de Romanet n\'a pas la même appréciation de Vinci que son prédécesseur. Il affiche une neutralité de façade. Pas sûr néanmoins que cette présence le satisfasse pleinement. Car Vinci obtient un siège au conseil d\'administration. Il n\'aura aucun pouvoir, mais suffisamment pour mieux cerner sa proie de demain.    

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