La Sécu à bout de souffle

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Le système de protection sociale français, hérité du Conseil national de la résistance, n'a jamais été autant en danger qu'aujourd'hui. En octobre 1995, pour fêter les 50 ans des ordonnances de 1945, Alain Juppé, alors Premier ministre, avait mis les Français dans la rue, un hiver entier, pour avoir voulu sortir la Sécurité sociale de la faillite. Le déficit du régime général était alors, en francs, équivalent à celui d'aujourd'hui, en euros. Tout est dit. Mais Nicolas Sarkozy n'est pas Alain Juppé. Ce dernier a joué sa peau sur un plan de rigueur dont l'impopularité ? y compris chez les médecins ? est désormais enseignée dans les manuels d'histoire de nos enfants. L'actuel chef de l'État, plus habile politique, repousse à l'après-crise les mesures de redressement que la situation devrait imposer. Au risque d'être accusé de « douce négligence ». La rhétorique du « déficit de crise » utilisée par Éric Woerth ne résiste pourtant pas à l'analyse. Certes, le creusement du trou de la Sécu résulte, pour les trois quarts, de l'évaporation des recettes de cotisation sociale, laquelle est une conséquence directe de la montée du chômage. Mais c'est un leurre de penser ? et un mensonge de faire croire ? que ce manque à gagner sera rattrapé après la crise. Il n'y a aucun scénario arithmétique qui permette de rétablir l'équilibre financier de la Sécurité sociale par le seul retour à la croissance. C'est d'autant plus rageant pour le gouvernement que les dépenses de santé n'ont jamais été aussi bien maîtrisées. C'est la victoire posthume du plan Juppé, qui avait réformé la Constitution pour instituer un PLFSS parallèle au budget de l'État. Pour Nicolas Sarkozy, les rendez-vous sociaux vont donc se multiplier : réforme des retraites, l'an prochain, avec une hausse inéluctable de la durée de cotisation ; financement de la dette sociale, qui atteindra 100 milliards d'euros d'ici à 2012. Pour l'instant, le gouvernement s'est contenté de poser des rustines, impopulaires certes, mais sans rapport avec l'ampleur du problème. Pour échapper à l'augmentation de la CSG (10 milliards d'euros par point), la France pourra difficilement éviter un débat sur l'assiette des cotisations sociales afin qu'elles pèsent moins sur l'emploi. La réforme de la taxe professionnelle a donné ses lettres de noblesse à l'imposition de la valeur ajoutée. Pourquoi ne pas étendre la réflexion à la Sécurité sociale ? C'est d'autant plus urgent que l'on sait que les dépenses de santé, un des ingrédients du bonheur version Stiglitz, vont doubler dans les vingt prochaines années. pmabille@latribune.frphilippe mabille

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