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Quatrième licence mobile : trois places pour quatre

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Publié le 02 novembre 2009 à 00:45 - Mis à jour le 02 novembre 2009 à 00:45

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oint de vue Henri Tcheng et Jean-Michel Huet BearingPoint (*)En attente d'être attribuée depuis le 31 janvier 2001, la 4e licence de téléphonie mobile 3G ? norme UMTS ? a trouvé un candidat. Free Mobile, filiale d'Iliad, a déposé mercredi un dossier auprès de l'Autorité des télécoms (Arcep). S'il n'est pas encore bouclé, ce dossier aura été le serpent de mer de la décennie dans les télécoms. Tour à tour, de nombreux opérateurs, et les plus gros comme Telefonica ou Deutsche Telekom, auront étudié une candidature? avant de renoncer. En avançant tous la même question : y a-t-il durablement une place pour un 4e opérateur en France ?Le marché de la téléphonie mobile a de quoi attirer. Avec un revenu annuel par client de plus de 500 euros selon les profils et une marge sur Ebitda autour de 35 %, ce marché est parmi les plus rentables en Europe. Cependant, trois dimensions peuvent limiter cet intérêt. Tout d'abord, c'est un marché qui, après vingt années exceptionnelles (le GSM a été lancé en France en 1991 et a explosé commercialement à partir de 1997), souffre d'une véritable stagnation : les nouveaux clients sont difficiles à aller chercher (profils seniors, limitation des usages à l'école et au collège) ; les nouveaux usages, malgré le succès de l'iPhone, ont du mal à percer sur le marché de masse ? le MMS n'a pas le succès du SMS. Ensuite, si ce marché est à forte marge, les investissements sont colossaux pour construire un réseau, et la commercialisation nécessite aussi une trésorerie importante (la subvention des terminaux peut représenter en moyenne 170 euros par terminal vendu). Enfin, le partage de la valeur sur ce marché est de plus en plus âpre : les opérateurs actuels se disputent la fidélité de leurs clients, avec, entre autres, des offres illimitées ; les nouveaux entrants tels les opérateurs VoIP comme Skype sur le réseau ATT aux États-Unis tirent potentiellement le marché vers le bas en valeur ; les constructeurs et acteurs Internet (Apple, Google, Nokia?) veulent aussi leur part du gâteau des contenus et services mobiles et ont des arguments. À ce jour, le faible succès des opérateurs sans réseau (MVNO) confirme l'analyse que si l'on ne peut être à la fois rentable et agressif commercialement, il n'y a que peu d'espoir de succès.Un quatrième opérateur, à la différence des MVNO, aura plus facilement accès au couple rentabilité-agressivité. Mais son modèle économique dépendra fortement de négociations sur les prix de gros négociés avec les opérateurs actuels, que ce soit pour l'itinérance nationale 2G après déploiement à 25 % de couverture, la terminaison d'appels mobiles ou les prix de gros d'un contrat de MVNO transitoire. On peut anticiper que, en l'absence d'un accord entre les parties, ces tarifs de gros interopérateurs feront l'objet de règlements de différent par l'Arcep, dont le rôle sera critique, pour créer ainsi l'espace économique du 4e opérateur, mais aussi pour faciliter un éventuel partage d'infrastructures.À l'ouverture commerciale, les clients seront les premiers bénéficiaires à court terme, car le nouvel entrant proposera des offres tarifaires innovantes en faisant aller les prix vers le bas, ce qu'a annoncé Free. À terme, la tendance sera probablement d'aller vers une concentration du marché, comme le phénomène a déjà commencé partout dans le monde tant dans les pays développés (Grande-Bretagne en exemple récent, d'autres exemples de consolidation des acteurs étant attendus en Belgique, en Suisse et en Espagne) que les pays en développement (MTN, Zain, Barthi). De nombreuses théories économiques ont fixé à trois le nombre optimal d'acteurs sur ce type de marché (on peut bien sûr se demander : « optimal pour qui ? ») et, de fait, il n'y a pas d'exemples de 4e acteur lancé en décalage et rentable sur des marchés mobiles comparables. Quels que soient les talents de Free (hypothèse d'école du nom du quatrième entrant), il est donc possible, voire probable, qu'une consolidation du marché arrivera à terme et que de nouveau le marché français se jouera à trois acteurs.Si cela se produit, le marché se concentrera à trois acteurs clés, détenteurs de leur propre réseau (avec une potentielle libération de fréquences après une fusion d'opérateurs). Entre-temps, le marché aura perdu de sa valeur et de sa capacité à investir dans des innovations, retardant potentiellement l'arrivée de nouvelles normes de 4e génération (LTE) ou de 5e génération avec le fameux dividende numérique permettant un accès Internet haut débit mobile encore plus puissant. Encore que le réseau le plus récent « tout IP » du quatrième entrant pourrait être le plus compatible avec une migration LTE.Ne serait-ce que pour des règles de concurrence, on imagine difficilement un rapprochement entre le quatrième opérateur et le premier, Orange. En revanche, pour éviter un dépôt de bilan lié à une non-viabilité de son business plan, on pourrait imaginer que le quatrième opérateur se rapproche d'un des deux autres, ne serait-ce que pour faire monter les enchères? Et, dans ce cas, tout peut être imaginé : entre un SFR dont la capacité bénéficiaire aura été amoindrie et un Bouygues Telecom devenu déficitaire par la pression sur les prix et les pertes de parts de marché, le concours de beauté tournera peut-être à de folles enchères? La sortie du quatrième entrant se fera ainsi (financièrement) par le haut ! (*) Henri Tcheng est associé au sein de BearingPoint, Jean-Michel Huet, senior manager. Ils viennent tous les deux de publier « Et si les télécoms n'existaient pas » aux éditions Pearson.

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