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Photovoltaïque : ce que Charpin n'a pas pu dire

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Publié le 03 mars 2011 à 15:36 - Mis à jour le 03 mars 2011 à 15:36

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Dans l'ancien dispositif de soutien au solaire, les secteurs de l'industrie photovoltaïque (centrales au sol, grandes toitures, hangars agricoles, maisons individuelles...) marchaient ensemble pour se partager la manne illimitée du tarif de rachat de l'électricité produite par ces installations. La régulation des objectifs du Grenelle par les seuls tarifs a été un échec pour piloter un développement maîtrisé. Désormais les aides financières seront plafonnées et contingentées par secteurs.Dès lors les secteurs deviennent concurrents entre eux. EDF Énergies Nouvelles (EDF EN), gourou du secteur des centrales au sol, attise les jalousies. Fin décembre 2010, à l'occasion de la concertation que vient de mener la commission Charpin, les professionnels ont découvert qu'une mystérieuse « file d'attente RTE » avait éclos au mois d'août 2010, entre la remise du rapport recommandant les mesures propres à calmer la spéculation et les textes de révision des tarifs. Cette file d'attente jusqu'alors inconnue et dans laquelle EDF EN a une place prépondérante représente 2.250 MW de demandes de raccordement transformables automatiquement en obligation d'achat : soit un flux de 1.100 millions d'euros par an pendant vingt ans. Le fait pour EDF EN de s'être positionné comme « nouvel entrant » subventionné a pu nuire à la crédibilité de la libéralisation du marché et attache une image de monopole nostalgique à EDF qui ne détient pourtant que 25 % d'EDF EN. Encore davantage les rumeurs : sur l'éclosion de la file d'attente, sur le défaut de réaction en temps réel face à l'explosion spéculative.C'est l'afflux brutal des contrats, début décembre, qui devait finalement déclencher le moratoire. Durement pénalisées, les professions se déclarent mécontentes du dispositif qui vient d'être présenté : tarifs réduits de 20 % pour commencer et, surtout, objectifs annuels en matière d'installation de panneaux. De quoi condamner aux suppressions d'emplois nombre de PME qui s'étaient lancées avec enthousiasme.Il faut rétablir la confiance par un régime durable, crédible et juste. Tout le Grenelle, mais rien que le Grenelle - c'est le sens de l'objectif de 500 MW par an. Comment le répartir ? Les toits individuels sont à épargner : peu de puissance installée ; beaucoup de citoyens sensibilisés et eux-mêmes financeurs au travers de leur facture d'électricité ; de l'activité pour les artisans. L'arbitrage est à rendre entre les grandes toitures - là où sont les PME et les emplois - et les centrales au sol - domaine des grandes firmes.Pendant longtemps la France a été à la traîne. Mais l'Allemagne, après avoir converti l'Europe à ses énergies renouvelables, vient de s'apercevoir qu'elles lui coûtent (très) cher : le quart de la facture nationale d'électricité. Il est vrai qu'elle paie là son refus du nucléaire, coincée entre son lignite polluant et le gaz russe : ce qui n'est pas notre cas.L'erreur à ne pas commettre : considérer que le photovoltaïque relèverait de la politique énergétique, alors qu'il est principalement le symbole de la politique écologique : c'est-à-dire la sensibilisation du public, l'éducation populaire, l'amélioration de l'habitat, l'animation des territoires. Que les centrales au sol requièrent moins de subventions que les toitures n'est pas un argument pertinent, car c'est encore beaucoup trop : cinq fois plus que l'électricité courante ; deux fois plus que les autres énergies renouvelables ; qui plus est de faible valeur, car intermittente, limitée aux horaires d'ensoleillement. Ce n'est pas en France, trop en retard, qu'on parviendra à la parité réseau : dès lors laissons à nos voisins les largesses qui profiteront à tous en cas de succès.Si l'on souhaite faire de la politique industrielle, il faut l'affirmer clairement et se doter des instruments appropriés : comme l'on sut, jadis, construire l'industrie nucléaire, par la commande publique garantie. L'industrie française peut jouer la prochaine étape, sur les technologies où nos laboratoires disposent de compétences. Avec un débouché garanti : par exemple, 50 MW par an de capacités au sol, ce sera suffisant pour un démonstrateur.Mais il faut le faire en suscitant un pôle industriel français, qui pourrait se constituer autour des grandes entreprises comme Saint-Gobain ou Total mais aussi des PME dynamiques et implantées sur le sol national comme MPO, Nexcis et Solsia. Le grand emprunt pourrait aider à structurer ce pôle en soutenant les initiatives les plus prometteuses. Quant à EDF EN, son activité française devra être reprise en main par son actionnaire principal EDF - qui affirme sa louable intention de renouer avec la politique industrielle. Tandis que sa branche internationale pourrait retourner aux mains de son fondateur historique, qui serait ainsi à l'abri des conflits d'intérêts.

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