La nouvelle circulation des élites

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Stéphane Richard a donc bénéficié du discrédit du PDG Didier Lombard dans la gestion sociale de France Télécome;lécom pour prendre les commandes de l'opérateur un an avant le calendrier prévu. Le sacrifice financier fait par cet inspecteur des finances qui a réalisé l'essentiel de sa carrière dans le privé, en acceptant de devenir, en 2007, le directeur de cabinet du ministre de l'Économie s'est avéré payant. Il est passé d'un statut de « numéro quatre » de Veolia à celui de « numéro un » d'une entreprise phare du CAC 40, même si le poste n'est pas parmi les mieux dotés en termes de salaires. Comme ses prédécesseurs, Michel Bon en 1995 ou Thierry Breton en 2002, il a une image de manager qui a réussi dans le privé, tout en étant très proche du pouvoir politique en place. L'alchimie idéale dans une entreprise dont l'État reste l'actionnaire dominant. Il vient ainsi briser une nouvelle fois le monopole traditionnel de l'ancien corps des X-Telecoms sur ce poste. Et Lombard n'a pas été en situation d'imposer une solution interne. Il en a été de même chez EDF avec le choix d'Henri Proglio pour succéder à Pierre Gadonneix. Depuis le départ de Marcel Boiteux en 1987, les six présidents successifs sont tous venus de l'extérieur. La droite a promu deux directeurs généraux de l'ancienne entreprise soeur GDF, Pierre Delaporte en 1987 et Pierre Gadonneix en 2004, mais aussi un ministre de l'Économie sans expérience de la gestion d'entreprise, Edmond Alphandéry en 1995, tout comme la gauche a nommé successivement deux hauts fonctionnaires socialistes, Gilles Ménage en 1992 et François Roussely en 1998, sans expérience entrepreneuriale. Proglio est le premier à venir du secteur privé, d'où les difficultés d'ajustement de sa rémunération. L'écart aurait été encore plus grand pour un autre candidat pressenti, Patrick Kron, PDG d'Alstom. L'hypothèse de la promotion interne n'a en revanche jamais été évoquée. Gadonneix n'aurait, dit-on, pas préparé sa succession. Aucun de ses trois directeurs généraux délégués n'avait semble-t-il le profil. Proglio, « c'est le choix du meilleur », a déclaré le président Sarkozy, sans préciser en quoi il le serait. Il a effectivement bien géré une entreprise lourdement endettée mais naturellement rentable, sans prendre des initiatives stratégiques majeures qui le prédisposeraient à affronter les enjeux qui attendent EDF. À 60 ans, il ne représente pas non plus une solution de long terme. Les entreprises à participation publique sont plus ou moins autonomes dans le choix de leurs dirigeants. Renault, sauf pendant la crise des années 1980, a toujours réussi à imposer à son actionnaire des successions en interne, et Carlos Ghosn prend le même chemin avec son directeur général Patrick Pélata. Air France, qui a subi dans le passé de nombreux parachutages politiques, a connu, avec celui du socialiste Jean-Cyril Spinetta en 1997, une longue période de stabilité, qui a débouché en 2008 sur la promotion en interne de Pierre-Henri Gourgeon, qui a fait oublier son passé d'ancien serviteur des gouvernements socialistes. De même, à la SNCF, qui était également abonnée aux parachutages politiques, a connu en 2008 une succession interne... qui bénéficie également à un ancien collaborateur de cabinets socialistes, Guillaume Pépy. Dans un secteur public très rétréci, les points de chute pour les serviteurs du pouvoir en place se réduisent. Guaino s'intéresserait maintenant à la présidence de La Poste, où l'actuel titulaire, Jean-Paul Bailly, approche de la limite d'âge. Que choisira l'actionnaire, entre promotion interne et parachutage politique, alors que, dans une entreprise entièrement publique, l'option du privé sera, pour des raisons salariales, probablement fermée à un haut niveau ? Le décalage des rémunérations incite à une circulation des élites à sens unique, sauf à faire des montages curieux comme celui envisagé un temps pour Proglio.Point de vue HervÉ Joly Historien CNRS, université de Lyo

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