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« L'aide publique au développement est morte »

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Publié le 03 mars 2010 à 22:18 - Mis à jour le 03 mars 2010 à 22:18

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L'aide publique au développement (APD) va connaître de profonds changements selon vous. Pourquoi ?Je vois au moins trois raisons qui aboutissent à la mort de l'APD dans sa forme actuelle. La première est l'éclatement des acteurs qui assurent cette aide. Jusque dans les années 1980, l'APD était surtout assurée par les États du Nord. Et la société civile était peu représentée. Mais on assiste progressivement à l'entrée en scène des pays émergents et de ceux de l'ancien bloc de l'Est, avec en parallèle, une décomposition des intervenants étatiques du Nord. Il y a donc aujourd'hui une multiplicité d'acteurs, dont certains n'adhèrent pas à la déclaration de Paris de mars 2005 sur l'efficacité de l'aide et la transparence des ressources. De plus, certains d'entre eux n'ont pas d'action directe sur le terrain. Ils recherchent parfois un impact systémique et non local : Unitaid, la plateforme d'achat de médicaments à l'échelle planétaire, est une forme d'APD qui agit sur la politique de santé. La montée en puissance d'un flux d'aide privée est un autre volet de cet éclatement. Ce flux représente désormais 40 milliards de dollars par an, presque autant que les décaissements publics. La deuxième raison de la fin de l'APD est la diversification des défis que la coopération internationale est amenée à relever : la pauvreté, mais aussi les crises sanitaire, climatique, alimentaire...Le coût de moins en moins tolérable de l'APD n'est-il pas le problème numéro un ?C'est la troisième raison. Les besoins de politique publique vont croissant et coûtent de plus en plus cher. Une planète de 9 milliards d'habitants d'ici à 2050 impose une gestion collective des conséquences de cette démographie. À cela s'ajoute le coût très important du changement climatique. Et les pays en développement (PED) sont très attentifs à ce que l'aide climatique s'ajoute à l'APD et ne se substitue pas à elle. Les contributions des populations risquent de devoir être multipliées par deux, trois ou quatre. Il va être de plus en plus difficile aux pays donateurs d'accroître les niveaux de contribution. Cela explique que les pays développés soient à la recherche de ressources nouvelles de financement. Les outils traditionnels de l'APD sont donc dépassés par la diversification accélérée du paysage de l'aide et par les défis qu'elle doit relever. L'aide est contrainte d'innover, non seulement pour mobiliser davantage de ressources, mais aussi pour s'adapter à des objectifs de plus en plus diversifiés et à une gamme d'acteurs nouveaux.Que proposez-vous ?Il faut complètement remettre à plat nos politiques publiques d'aide au développement. Et nous demander ce que nous voulons faire, quel impact nous visons et pourquoi. Il faut avoir le courage de ne plus regarder vers le passé. L'ampleur de l'évolution démographique, l'agenda international nous l'imposent.Quelles sont vos pistes de réflexion ?Les motivations de l'APD ont profondément changé. Jusque dans les années 1980, le souci géopolitique était très présent : les démocraties occidentales menaient une politique de « containment » [endiguement, Ndlr] de l'URSS. Après la chute du mur de Berlin, l'APD a beaucoup diminué. Au fil des années 1990, le Nord a affiché un souci de solidarité internationale et de compassion. Aujourd'hui, les motivations humanitaires de l'aide demeurent bien entendu valables. Mais l'aide doit aussi répondre à d'autres besoins. Certains pays sont pour des raisons sociétales ou géopolitiques en dehors des grands courants de convergence mondiaux, en termes de PIB notamment. L'APD peut remplir une fonction d'intégration à l'économie mondiale et de renforcement des capacités. Elle peut aussi travailler à réduire certaines inégalités, qui s'amplifient, par la fourniture de biens et de services essentiels. C'est pourquoi il faudra réviser les objectifs du millénaire (ODM), qui ont été conçus comme une mécanique de redistribution internationale indépendante de tout objectif de rattrapage de croissance.Vous semblez remettre en cause le rôle des grands Fonds, comme le Fonds mondial de l'environnement. Ne répondent-ils plus aux grands besoins des pays en développement ?La question de l'environnement a pris beaucoup d'importance. Elle est même devenue une composante des problématiques sociales. Il faut aussi assurer l'accompagnement de la libéralisation du commerce international, dont on ne parlait pas il y a quinze ans. Les pays en développement doivent mettre en place des réglementations douanières, tenir des statistiques économiques et commerciales... À cela s'ajoutent les dossiers géopolitiques tels que l'Afghanistan ou le Pakistan et les mesures de prévention ou de gestion des crises. Il faut également unifier les règles contre le blanchiment d'argent, assurer les équilibres économiques internationaux, résoudre des crises comme celle que nous traversons, organiser une coopération internationale contre la corruption et le terrorisme. Des biens publics mondiaux doivent être enfin protégés, qu'il s'agisse du climat ou de la biodiversité. Beaucoup de pays sont en position de recevoir des compensations au titre de la protection de ces biens publics mondiaux comme la forêt. D'autres ont besoin d'être aidés à surmonter des difficultés telles que les pandémies. n

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