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La reprise en O comme cercle vicieux

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Publié le 04 novembre 2009 à 00:43 - Mis à jour le 04 novembre 2009 à 00:43

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Certains économistes annoncent une reprise en V d'ici à 2010, d'autres plus prudents l'annoncent en W, les plus modérés n'y voient qu'un U et les plus pessimistes un L. Ceux qui veulent éviter de réciter l'alphabet décrivent une reprise en forme de racine carrée.Pour autant, l'éventualité d'une hausse des prix du pétrole reste la grande absente de ces prévisions. Beaucoup d'économistes disent l'avoir intégré avec l'inflation dans la reprise en W. Mais dans le cas du pétrole, on ne peut plus parler d'inflation au même titre que d'autres biens. Les cours du pétrole ont déjà doublé depuis décembre 2009 : une flambée du prix du baril semblable à celle de l'été 2008 pourrait rendre plus difficile voire « plomber » la sortie de crise.Le risque est bien réel car la demande de pétrole est étroitement liée à la croissance économique mondiale et l'analyse actuelle du marché du pétrole semble indiquer qu'une reprise de la demande (même de force moyenne) risque de provoquer de fortes tensions sur les prix pour plusieurs raisons.Premièrement, l'offre de pétrole mondiale est soumise à une double compression : celle des pays de l'Opep annoncée au deuxième semestre 2008, et toujours maintenue aux dernières réunions ; et celle des pays non Opep décidée par les compagnies pétrolières qui refusent d'utiliser des gisements non rentables. En effet, la hausse des prix du baril avait fortement augmenté les investissements dans la recherche et la production de nouveaux gisements plus coûteux avec un coût du baril rentable à plus de 100 dollars. La baisse des prix du pétrole a tout simplement stoppé ces investissements car, avec le prix actuel, la vente de ces barils serait une perte. C'est d'ailleurs grâce à cette double compression de l'offre que le prix a doublé depuis décembre 2009. Le marché pétrolier est donc géré par le jeu des stabilisateurs automatiques qui empêche le prix du baril de rester durablement bas quand il a été haut pendant une certaine période.Deuxièmement, et malgré cette double compression, l'offre reste supérieure à la demande. Il faut noter que depuis le début de la crise, l'offre n'a fait que poursuivre la chute de la demande sans jamais la devancer. Or si la chute de l'offre est inférieure à la chute de la demande, alors le prix ne peut être que ralenti dans sa baisse. Pour que les prix remontent, il faudrait que la chute de l'offre soit au moins équivalente à celle de la demande, ou inversement que la demande se rapproche de l'offre. Donc dans ce contexte d'annonce de reprise, le bon choix stratégique serait de ne pas toucher son offre et de laisser la demande augmenter car à mesure qu'elle s'approche de l'offre, des tensions s'exercent sur le marché et le prix du baril augmente : c'est d'ailleurs le choix stratégique adopté par l'Opep à leur dernière réunion.Il faut ajouter à cela que la demande, ou les anticipations de demande via les contrats à terme, est plus flexible que l'offre. Un dépassement de l'offre par la demande pourrait entraîner une flambée rapide des prix du pétrole et soutenue. La stabilisation des cours à un prix plus bas dépendra du « bon vouloir » de l'Opep et des compagnies pétrolières. Le problème est qu'une situation avec un prix élevé et une production plus faible rentre dans la stratégie de l'Opep qui vise à produire par quotas afin d'obtenir un prix suffisamment haut pour épuiser les réserves non Opep et augmenter ses parts de marché. L'organisation aura-t-elle intérêt à ouvrir les robinets pour faire baisser les prix du pétrole ? Est-il rationnel pour un producteur de produire beaucoup plus (et dans le cas de l'Opep de faire baisser les prix) s'il peut produire deux fois moins et vendre deux fois plus cher ?Dans ce contexte, la reprise économique pourrait créer un cercle vicieux car elle augmenterait la demande de pétrole qui provoquerait une forte hausse des prix ce qui pèserait à nouveau sur la reprise économique. Sans prise en compte de cette variable, l'ensemble des prévisions, qui sont d'ailleurs basées sur les scénarios de reprise postérieurs aux anciennes crises, à un moment où le prix du pétrole était peu cher, ne tiennent pas. La reprise actuelle pourrait bien être plus difficile que prévue. n(*) Économistes et auteurs du livre « Reprise ou re-crise ? » aux éditions Respublica.point de vue Halim Madi et Thomas Porcher Économistes (*)

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