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La vraie résilience des banques de l'eurozone

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Publié le 04 juillet 2010 à 21:22 - Mis à jour le 04 juillet 2010 à 21:22

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Le pessimisme sur les banques de l'eurozone est entretenu par une campagne de presse et de déclarations dont l'effet, et souvent l'objectif, est d'influencer les marchés à la baisse. Quels sont les arguments avancés?? D'abord que les banques de l'eurozone sont sous-capitalisées, alors qu'elles ont accru leur capital de 106 milliards d'euros depuis le début de la crise. À la fin mars, leur « core tier one » atteignait 8,5 %, soit un niveau proche de la moyenne mondiale (9 %), marquant un quadruplement par rapport aux 2 % réglementaires de Bâle II. Rappelons que, en 2007, il se situait autour de 6 %. Qui peut encore conclure que les banques de la zone euro sont sous-capitalisées??Autre argument souvent entendu?: les banques de la zone euro ont des ratios de levier excessifs. Or, rapportés à leurs risques pondérés, leurs fonds propres apparaissent en ligne (9,10 %) avec la moyenne internationale (9,08 %), et même légèrement au-dessus des normes américaines (8,9 %) et britanniques (8,1 %). Ce qui donne un effet de levier de 10,9 % en zone euro contre 11,13 % pour les banques américaines et 11,36 % pour les banques britanniques.Comparer l'effet de levier par rapport au total du bilan dans les différents pays n'a guère de sens, car le total du bilan dépend de règles comptables très différentes selon les pays, notamment entre les États-Unis et l'Europe?: inscription de montants nets aux États-Unis là où l'Europe (IFRS) enregistre des montants bruts (forcément plus élevés) pour les mêmes opérations, inscription d'opérations hors bilan (donc hors « leverage ratio ») aux États-Unis là où l'Europe les enregistre dans le bilan...Troisième argument, les banques européennes auraient à leur bilan des créances douteuses insuffisamment provisionnées, recelant ainsi un potentiel de perte d'autant plus important que l'économie risque de se dégrader. Or, là aussi, l'analyse montre que la prise en compte du coût du risque a été un élément majeur de la baisse des résultats en 2008-2009. En clair, les niveaux de provisionnement ont atteint des montants très conséquents. Aussi commence-t-on à observer une stabilisation, voire un début de réduction - certes à partir d'un niveau élevé - du coût du risque des grandes banques de l'eurozone qui furent, du reste, beaucoup moins touchées par les actifs toxiques que les banques anglo-saxonnes et suisses.Le quatrième argument porte sur l'importance du portefeuille de dettes souveraines détenues par les banques européennes.Comme on le sait, les titres détenus dans les « trading books » sont, comme il se doit, comptabilisés selon leur valeur de marché, quand dans les « banking books », les titres, qui sont conservés jusqu'à l'échéance, sont comptabilisés au pair comme il est d'usage, et cela d'autant plus en raison du soutien collectif apporté par l'eurozone le 9 mai 2000 à la signature souveraine des membres de l'Union. D'une manière plus générale, les mêmes auteurs, qui insistent sur la fragilité des banques face à un endettement excessif du secteur public comme du secteur privé, omettent souvent de prendre en compte ce dernier élément. Or, si l'on agrège dette souveraine, dette des sociétés et dette des ménages, on s'aperçoit que les ratios sont très différents selon les pays?: un premier groupe de pays, comprenant le Luxembourg, Chypre, l'Islande, le Danemark et le Portugal, atteint des niveaux de dette totale/PIB entre 244 % et 353 %?; la Grande-Bretagne se situe juste en dessous, avec un niveau de dette de 236 % de son PIB, proche, mais au-delà de l'Espagne, des Pays-Bas et de l'Italie?; enfin, la France et l'Allemagne se classent loin derrière avec des niveaux de 175-176 %.Pour mesurer le degré d'endettement excessif d'une économie, c'est le ratio agrégé qu'il faut considérer. C'est bien lui qui détermine le caractère soutenable ou non de l'endettement sur le moyen terme. Il est de fait que les pays les plus endettés (en agrégé) auront à se désendetter le plus, ce qui implique pour eux de lourdes conséquences en termes de croissance.Point de vue Jacques de Larosière Gouverneur honoraire de la Banque de France

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