Mais à quoi sert

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Depuis son arrivée à Matignon, le Premier ministre a pris l'habitude d'être dépossédé de ses prérogatives par l'Élysée. Mais il n'avait peut-être pas avalé toutes les couleuvres. Dans une interview au « Figaro Magazine » rendue publique mercredi soir, François Fillon pensait clore la polémique sur la future taxe carbone en affirmant qu'elle serait calculée sur une base de 14 euros la tonne de C02. Mais dès le lendemain, à l'issue d'une entrevue avec Nicolas Sarkozy, Cécile Duflot et Jean-Paul Besset, deux responsables des Verts, lâchaient, visiblement surpris, que le président n'avait encore rien décidé, et qu'il n'avait même pas lu l'interview de son Premier ministre? Dans l'entourage de Fillon, on confie pourtant que l'Élysée a bien eu une version de l'interview avant publication.Pour ajouter à la confusion, Patrick Devedjian, le ministre de la Relance, a confirmé, hier sur LCI, que le montant de la taxe n'était effectivement pas arrêté. Quant à Frédéric Lefebvre, le porte-parole de l'UMP, il a déclaré, toujours hier, qu'il « fallait trouver un juste équilibre » entre les 14 euros de Fillon et les 32 souhaités par Michel Rocard? De son côté, l'Élysée annonçait hier en fin de matinée que l'arbitrage de Nicolas Sarkozy serait annoncée la semaine prochaine, mais sans faire référence aux propos du Premier ministre.Cacophonie au sommet de l'État ? Ou répartition des rôles entre Nicolas Sarkozy et François Fillon, ce dernier permettant au président de mettre en valeur les Verts pour enfoncer un coin entre écologistes et socialistes tout en montrant à des Français majoritairement hostiles au projet de taxe qu'il prenait en compte leurs craintes ?Ce « sacrifice » de Fillon serait plausible si d'autres événements de la semaine ne plaidaient pas pour l'effacement du Premier ministre face à un hyperprésident qui a repris toutes les commandes depuis son retour à Paris lundi. Mercredi, Nicolas Sarkozy présidait ainsi à l'Élysée le comité de liaison de la majorité alors que le Premier ministre est censé être le chef de la majorité sous la Ve République. En visite officielle, jeudi, dans l'Orne sur le thème de l'emploi, Nicolas Sarkozy réclamait l'organisation d'états généraux de l'industrie avant la fin de l'année. Une demande faite à Christine Lagarde, la ministre de l'Économie, et à Christian Estrosi, celui de l'Industrie sans passer par le chef du gouvernement. Mi-août, le président avait déjà fait de même en demandant directement à Christian Estrosi de nommer un médiateur dans le conflit Molex.Visiblement, Nicolas Sarkozy n'a rien changé à ses habitudes depuis son incident de santé. Ses trois semaines de vacances dans le Var ne l'ont pas empêché d'intervenir sur le dossier des bonus des traders en convoquant les banquiers pour le 25 août. Une information publiée par l'Élysée juste avant que ne commence une réunion à Matignon sur le sujet organisée, elle, par Fillon?Celui-ci peut-il se plaindre ? N'est-ce pas lui qui, dans son livre « La France peut supporter la vérit頻, publié en septembre 2006, avait conceptualisé l'effacement du Premier ministre au profit du président avec le quinquennat ? Il vit donc au jour le jour sa propre prophétie sans se plaindre officiellement. Est-ce pour cela que Claude Guéant, le secrétaire général de l'Élysée, confiait en avril : « François Fillon est un très bon Premier ministre qui s'entend très bien avec le président » ?À Matignon, en tout cas, on minimise la cacophonie des derniers jours. Fillon a décidé de ne pas modifier sa rentrée. Intervenant ce matin d'un mini-Davos réunissant hommes d'affaires et politiques sur les bords du lac de Côme, en Italie, Fillon va plaider pour une stratégie européenne de sortie de crise. Un thème digne d'un Premier ministre, souligne-t-on dans son entourage. Demain, à l'occasion de la clôture de l'université d'été de l'UMP, à Seignosse, il listera les grands dossiers de la rentrée : mesures en faveur des jeunes, emprunt, réforme territoriale, Grand Paris?Mais il a aussi prévu de revenir sur cette satanée taxe carbone pour rappeler que le communiqué de l'Élysée d'hier évoquait « une mise en place en 2010 sur une base proportionnelle et compensée intégralement par la réduction d'autres prélèvements ». Exactement ce qu'il disait dans son interview?

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