Jugement de Salomon pour la présidence de l'Eurogroupe

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L\'annonce du retrait de Jean-Claude Juncker de la présidence de l\'Eurogroupe à la fin janvier va ouvrir un nouveau thème de frictions entre Paris et Berlin. Finalement, selon une information du Financial Times Deutschland, un compromis aurait été trouvé entre les deux pays : Pierre Moscovici pourrait succéder à Jean-Claude Juncker, puis céder sa place à son homologue allemand.Elections en AllemagneIl n\'est pas certain que ce dernier soit, du reste, Wolfgang Schäuble. On vote en effet en Allemagne en septembre prochain et le nom du ministre fédéral des Finances dépendra alors de la future coalition. Actuellement, l\'option d\'une grande coalition semble la plus probable. Et il n\'est pas certain que la CDU conserve ce poste clé : entre 2005 et 2009, ce sont les sociaux-démocrates qui l\'occupaient. Ce compromis était sans doute acceptable pour Angela Merkel, que parce que cette épée de Damoclès des élections aurait menacé Wolfgang Schäuble à la tête de l\'Eurogroupe.Schäuble vs MoscoviciCe compromis a cependant été rapidement trouvé. Il est vrai que l\'on n\'avait guère le choix, tant la situation était bloquée. Pour Angela Merkel, son ministre des Finances était le candidat naturel et idéal. Elle tente de porter porter depuis mars sa candidature qu\'elle juge d\'autant plus logique que la présidence de la BCE a échappé à un Allemand. Mais beaucoup, et pas seulement les Français, s\'inquiètent de cette nomination qui pourrait donner un tour «trop allemand» à l\'Eurogroupe. Nicolas Sarkozy lui-même avait découragé la chancelière d\'imposer son ministre. Mais depuis qu\'il est élu, François Hollande a dans l\'idée de pousser la candidature de son propre ministre, Pierre Moscovici. L\'enjeu est sans doute symbolique, puisque le président de l\'Eurogroupe est surtout celui qui s\'exprime au nom des 17 ministres des Finances de la zone euro. Mais il n\'en est pas mince pour autant : il s\'agit ni plus, ni moins d\'affirmer son pouvoir au sein de la zone euro.Le Luxembourg vainqueurPour le moment, cette guerre de tranchée aura fait un grand vainqueur. Et comme toujours, c\'est un neutre qui l\'emporte : le Grand-duché de Luxembourg. Devant l\'incapacité de Paris et Berlin de trouver un compromis, Jean-Claude Juncker, premier ministre du grand duc, a pu doubler la mise : rempiler pour plusieurs mois et imposer son président de la banque centrale, Yves Mersch, au directoire de la BCE, malgré le vote du parlement européen qui l\'avait désavoué. Cette nomination avait été clairement une exigence de Jean-Claude Juncker pour qu\'il accepte «l\'intérim». Maintenant que la nomination d\'Yves Mersch est acquise et que la note a été réglée, Jean-Claude Juncker peut annoncer son retrait en insistant sur son dévouement et sa lassitude...Couleuvre pour BerlinCe compromis est néanmoins une couleuvre difficile à avaler pour Berlin. L\'Allemagne a pris un tel poids dans les décisions européennes qu\'elle ne peut imaginer céder la place à un Français, alors même que le pays est sous le coup des plus violentes critiques dans la presse allemande (le Handelsblatt en a hier encore fait le maillon faible de l\'Europe) et qu\'elle vient de perdre pour la deuxième fois son triple A. Mais il est vrai que François Hollande a déjà donné beaucoup de gages à Berlin en faisant adopter le pacte budgétaire, notamment. Bref, la situation semble bloquée.Jugement de SalomonReste que ce compromis prouve les difficultés des deux pays de trouver des solutions acceptables pour tous. On en aura été quitte pour un jugement de Salomon qui, comme d\'habitude, renvoie les décisions à plus tard, c\'est-à-dire à la fin de ce mandat partagé. Preuve est encore une fois faite que l\'on pense surtout dans les bureaux ministériels en termes nationaux avant de penser en termes européens. Encore faudra-t-il que les 15 autres pays acceptent ce compromis à deux...

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