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Envolée du prix de l'or :

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Publié le 05 décembre 2009 à 00:43 - Mis à jour le 05 décembre 2009 à 00:43

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Antoine BRUNETOUICar la Chine a décidé de dénigrer le dollar et de promouvoir l'or.Le prix de l'once d'or en dollar a progressé au rythme de 15 % l'an entre fin 2000 et mi-2005. À cette date, le fiasco de l'union politique en Europe et la sortie de la Chine de la zone dollar ont provoqué une formidable accélération du prix de l'or, au rythme de 22 % l'an depuis mi-2005. Ainsi, il suffirait que ce rythme se maintienne pour que l'once d'or atteigne le niveau de 2.000 dollars en 2012, sachant que ce niveau est à peine supérieur, en données actualisées, au niveau qu'il avait atteint en mars 1980, à l'époque du « dollar Carter ». Mais le risque en réalité, c'est que l'on soit en train de vivre une nouvelle accélération du prix de l'or. En mars 2009, à la différence de la BCE, la Fed a franchi le Rubicon : face à un déficit budgétaire colossal (10 % du PIB), la banque centrale américaine, qui est elle-même une émanation de l'État fédéral, a accepté d'acheter une part importante des obligations qu'émettait l'État américain. Ce qui signifie que, depuis mars 2009, le déficit public américain est en partie financé par l'État lui-même ! Cette pratique, totalement prohibée par le FMI, a porté atteinte à la signature de l'État américain, et indirectement des autres États souverains qui ont usé du même procédé. C'est ainsi que le dollar s'en est trouvé affecté, et que l'or, qui est le seul actif sans risque de signature, en a tiré grandement avantage. Et ce d'autant plus que la Chine s'est alors chargée de catalyser cette défiance embryonnaire à l'égard du dollar et l'engouement déjà présent pour l'or. Elle s'est même avancée à visage découvert : « La monnaie américaine ne mérite plus son statut de monnaie de réserve internationale », a lancé le responsable de la banque centrale de Chine, M. Zhou. On ne pouvait pas mieux déjuger le dollar. Surtout quand peu de temps après, la Chine annonçait qu'elle venait d'acheter 450 tonnes d'or. C'était une formidable promotion de l'or, reçue cinq sur cinq par d'autres banques centrales, comme par les gros hedge funds qui, toujours à l'affût de la prochaine direction de marché, ont considéré qu'ils avaient tout intérêt à se positionner comme elle. Tout ceci a confirmé la capacité financière de la Chine à autoréaliser ses objectifs de marché. C'est une redoutable spirale qui s'est enclenchée, la montée de l'or nourrissant la baisse du dollar et la baisse du dollar alimentant la hausse de l'or. nEn septembre, le prix de l'once d'or cassait les 1.000 dollars. Cette semaine, après la quasi-faillite de Dubaï, il a passé les 1.200 dollars, un prix facial record. Inquiétudes sur le retour tôt ou tard d'une hyperinflation, crainte sur la première monnaie mondiale, les peurs multiples semblent nourrir une ruée vers le métal jaune que l'on n'avait pas vue depuis près de trente ans. Et ce, autant vers l'or papier que vers le métal. Au point que, surfant sur les peurs, certains vendeurs, évoquant le scénario d'une once d'or à 2.000 dollars, incitent leurs clients à acheter de l'or « les yeux fermés » ! Propos recueillis par Valérie SegondNONArnaud du PLESSISIl est clair que plusieurs facteurs sont venus déclencher, depuis le début novembre, une brutale accélération de la hausse du prix de l'or. En particulier, la décision de la banque centrale de l'Inde de racheter 200 tonnes au prix du marché auprès du FMI, soit près de la moitié de la quantité dont l'organisation voulait se défaire. Une décision qui a pu amener d'autres pays émergents, comme le Sri Lanka et l'île Maurice, à suivre ce mouvement. Pendant ce temps, la Chine, bien que premier producteur d'or mondial, a annoncé qu'elle serait bientôt en situation de déficit, car la consommation d'or sur le marché chinois continue de progresser. Dans un contexte où l'énorme création monétaire, à laquelle ont procédé les banques centrales pour sortir l'économie de la crise, nourrit des doutes sur un retour de l'inflation à moyen terme, les facteurs de hausse du prix de l'or sont donc bien là. Et ils ont d'autant plus de répercussion qu'avec le très faible niveau des taux d'intérêt, le coût d'opportunité à détenir de l'or, qui n'offre aucun rendement, a lui aussi beaucoup baissé. Pour autant, si l'or pourrait monter aux environs de 1.300 dollars l'once en 2010, je ne crois pas à une flambée rapide vers les niveaux de 2.000 dollars que vous évoquez. Pour que le prix de l'or s'emballe de la sorte, il faudrait qu'il y ait dans le monde une crise de confiance majeure sur le dollar, crise qui le ferait brutalement décrocher contre les autres monnaies. Or, je n'y crois pas pour plusieurs raisons : primo, pour l'instant, on ne voit pas de signe de reprise de l'inflation dans le monde. Secundo, même s'il est difficile d'aller contre les marchés des changes, il n'est dans l'intérêt de personne, et en tout cas d'aucune banque centrale, que le dollar décroche totalement, car cela serait le signe d'un effondrement de l'économie mondiale. Ce n'est en tout cas pas dans l'intérêt de la Chine, dont la monnaie est liée au dollar par une parité fixe depuis juillet 2008 : chaque baisse du dollar ne fait qu'exacerber les pressions politiques des grandes économies à l'égard de Pékin pour qu'il réévalue sa monnaie, ce qu'il se refuse à faire aujourd'hui. Enfin, si les États-Unis profitent à l'évidence d'un certain effritement de leur monnaie pour soutenir la reprise de leur économie, il me semble qu'ils contrôlent autant que possible cette « dévaluation. » Voilà pourquoi le scénario d'une once d'or à 2.000 dollars me semble aujourd'hui très improbable. nL'or ne flambera que si le dollar s'effondre, personne n'y a intérêt.

La Tribune

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