Focus : le lent déclin de l'industrie française

En préambule des 23 mesures annoncées, le président de la République a fait le point sur la santé de l'industrie tricolore. Les chiffres sont peu flatteurs, notamment en matière d'emploi. « La France a commencé à se désindustrialiser massivement à partir de l'an 2000. Elle a perdu 500.000 emplois dans l'industrie depuis cette date. Aujourd'hui, l'industrie n'occupe plus que 13 % de la population active française contre 16 % il y a dix ans. Nous sommes le grand pays européen le plus désindustrialisé : l'industrie produit 16 % de la valeur ajoutée française contre 23 % en Italie et 30 % en Allemagne », a précisé hier Nicolas Sarkozy. Des chiffres à relativiserCes chiffres ne souffrent aucune contestation. Mais on peut toutefois les relativiser. Selon une étude récente de Lilas Demmou, de la Direction générale du Trésor et de la politique économique (DGTPE) sur les grandes lignes des transformations à l'oeuvre en France, l'industrie a certes perdu 36 % de ses effectifs entre 1980 et 2007, soit 1,9 million d'emplois détruits. Mais 25 % de ces pertes d'emplois correspondent à un simple transfert d'emplois auparavant industriels vers les services, avec l'externalisation d'un certain nombre d'activités qui n'étaient pas au centre du processus de production. C'est le cas notamment de la restauration, de la maintenance informatique, de la communication ou encore de la comptabilité. Gains de productivitéCe n'est pas la seule explication, selon la DGTPE. Les forts gains de productivité seraient à l'origine de près de 30 % de ces destructions. Ce recul de l'emploi industriel s'explique aussi par la concurrence étrangère, notamment celle provenant des pays à bas salaires : l'ouverture internationale expliquerait entre 13 % et 45 % des destructions d'emplois, selon les modes de calcul choisis. Lilas Demmou estime enfin qu'en moyenne 15.000 emplois ont été délocalisés entre 2000 et 2003, soit 10 % à 20 % des emplois industriels détruits durant cette période.L'innovation et l'investissement ont souffert L'emploi n'est pas le seul facteur de production à s'être délité. « Notre industrie innove trop peu, moins de 7 % de sa valeur ajoutée contre plus de 10 % dans tous les pays où l'industrie est forte (Allemagne, Suède ou Finlande). Notre industrie investit trop peu. L'investissement industriel a baissé de 35 % entre 2001 et 2009. Avant la crise, en 2007, en haut du cycle, il avait déjà baissé de 14 %. L'investissement de l'industrie automobile en France a baissé tous les ans, sans exception, depuis 2001. Si notre industrie innove et investit trop peu, c'est entre autres parce qu'elle ne dégage pas de marges suffisantes : elles atteignent 29 % de la valeur ajoutée, contre 35 % en Allemagne », a ensuite regretté le chef de l'État. Là encore, ces chiffres ne sont pas vraiment contestables.Pression fiscaleEn revanche, il aurait été judicieux de mentionner que la pression fiscale que l'État fait peser sur ses entreprises industrielles est l'une des plus élevées d'Europe. Ce qui expliquerait en partie ce manque de dynamisme. Selon le tableau de bord du Medef réalisé en collaboration avec les partenaires sociaux, le poids total (impôts et cotisations employeurs) des prélèvements obligatoires s'élevait à 14,7 % du PIB en France en 2007 contre 8,2 % en Allemagne, notre principal partenaire et rival commercial. On comprend mieux l'urgence décrétée par l'Élysée à vouloir remettre à plat le financement de la protection sociale et à lancer la réforme de retraites ce qui, in fine, reviendra à rebâtir la fiscalité française.

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