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Jugement Kerviel?: trop excessif pour être crédible

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Publié le 05 octobre 2010 à 21:27 - Mis à jour le 05 octobre 2010 à 21:27

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Coupable à 100 %. Le tribunal correctionnel de Paris n'a pas laissé la moindre issue à Jérôme Kerviel, reconnu mardi coupable d'abus de confiance, de faux et usage de faux et d'introduction frauduleuse de données dans un système informatique, en l'espèce celui de la Société Généralecute; Générale à laquelle il a fait perdre 4,9 milliards d'euros. L'ancien trader a été condamné à cinq ans de prison, dont trois ferme et à 4,9 milliards d'euros de dommages et intérêts?! Il encourait cinq ans de prison et 375.000 euros d'amende. L'établissement de La Défense avait certes réclamé, le 23 juin dernier, des dommages et intérêts correspondant au montant total de la perte. La réponse de la justice blanchit donc totalement la banque.Ce jugement a immédiatement fait l'objet d'un appel de la part de l'avocat de Jérôme Kerviel, Olivier Metzner. Il a évoqué un « jugement déraisonnable » et « inacceptable ». Si la culpabilité de Kerviel est évidente, et cela malgré la tentation de certains de faire de lui un Robin des bois des temps modernes, le montant des dommages et intérêts relativise quelque peu la crédibilité de la justice. Ce montant de 4,9 milliards d'euros, qui correspond à 170.000 ans de salaire de Jérôme Kerviel (2.400 euros par mois actuellement), a autant de sens que les centaines d'années de prison infligées régulièrement par la justice américaine. À la sortie du tribunal, mardi, Jean Veil, avocat de la Société Généralecute; Générale, voyait dans la décision de la justice une « espèce de réparation morale ».Dans ce procès, qui est très vite apparu comme celui d'un homme face à un système, celui d'un comportement individuel face à une chaîne de contrôle, la justice a donc tranché. Pour les juges, Jérôme Kerviel « s'est situé en parfaite connaissance de cause en dehors de son mandat de trader », il s'est « attaché à masquer ses positions et à tromper les services de contrôle » et « n'a pas eu d'autorisation, même tacite de sa hiérarchie de spéculer à outrance ».Le doute dans les espritsOlivier Metzner a regretté cette vision de choses?: « Jérôme Kerviel est responsable des excès, des crises d'un système bancaire. C'est un jugement de l'irresponsabilité d'un système pour les responsabilités d'un seul homme. Cela est confortable pour beaucoup. Cela n'est pas confortable pour la vérité, pour la justice. Jérôme Kerviel paie seul pour un système. »Pour Jean Veil, « on est dans la situation d'un salarié d'une entreprise auquel on fait confiance et qui a trompé la confiance de son employeur ». Pour lui, ce jugement « c'est la reconnaissance de ce que la Société générale ne couvrait pas le système de fraude mis en place par Jérôme Kerviel et qu'elle était totalement étrangère à l'organisation des mensonges, des systèmes, des écritures falsifiées ».Pourtant, il n'est pas certain qu'en rendant une décision aussi tranchée la justice rende service à la Société Généralecute; Générale. D'abord et avant tout, parce qu'une procédure d'appel ne fera que raviver une fois encore l'épisode des audiences avec leur cortège de témoignages, alors même que la banque de La Défense cherche à se débarrasser du boulet de l'affaire Kerviel. Ensuite, parce que ce jugement, qui charge Kerviel, introduit le doute dans les esprits, qui se rappellent le rapport de l'inspection générale interne du 20 mai 2008 et la décision du régulateur, la Commission bancaire, du 3 juillet 2008. L'un et l'autre avaient pointé les « graves » manquements de la banque. Nombreuses réactionsLe premier reconnaissait que la hiérarchie « n'a pas détecté l'activité frauduleuse de Kerviel », tout en regrettant les « défaillances de la supervision, l'encadrement lacunaire ». Et la conclusion du régulateur était accablante?: « Le fait que ces lacunes n'étaient pas connues de la direction, qui ne pouvait ainsi y remédier, ne peut être invoqué par la Société Généralecute; Générale pour s'exonérer de sa responsabilité au regard de la réglementation bancaire?; qu'ainsi la Société Généralecute; Générale a enfreint plusieurs dispositions essentielles de la réglementation applicable en matière de contrôle interne. » La Commission bancaire a infligé un blâme à la banque et une amende de 4 millions d'euros.« Last but not least », il suffisait de regarder mardi les très nombreuses réactions d'internautes, à commencer par celles des salariés de la banque, pour avoir le sentiment que ce procès, qui se voulait exemplaire à l'égard des excès de la finance, a sans doute loupé son effet?: la justice en sort déconsidérée et la Société Généralecute; Générale y apparaît comme la protégée d'un système à ne pas bousculer. Guénaëlle Le Solleu

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