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Les secrets de la force d'Angela Merkel

La Tribune

Publié le 05 décembre 2012 à 22:05 - Mis à jour le 05 décembre 2012 à 22:05

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18 juillet 2026

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97,94 % ! En Allemagne, on appelle cela un résultat « digne de la Chambre du peuple », le parlement de la RDA. Pourtant, c\'est bien le score obtenu par Angela Merkel lors du congrès de la CDU à Hanovre ce mardi. Un résultat record pour la chancelière elle-même : son précédent record datait d\'il y a douze ans, en 2000, lors de sa première élection. Elle avait alors obtenu 95,2 % des voix des délégués chrétiens-démocrates. Il est vrai que l\'ancienne physicienne est-allemande, malgré sa discrétion et son manque absolu de charisme, est donc sur le point d\'écrire une page de l\'histoire de l\'Allemagne de l\'après-guerre. Si elle parvient en septembre prochain à conserver sa place à la chancellerie et qu\'elle va jusqu\'au bout de ce troisième mandat, ce qui semble aujourd\'hui, au regard des sondages, hautement possible, elle aura occupé ce poste pas moins de 15 ans et aura ainsi dépassé Konrad Adenauer (1949-1963). Dans l\'histoire allemande, seuls deux chanceliers se seront maintenus au pouvoir plus longtemps qu\'Angela Merkel : Helmut Kohl (chancelier de 1982 à 1998) et Otto von Bismarck (chancelier de 1871 à 1890). Comment la fille de pasteur du Mecklembourg, élevée en ex-RDA, a-t-elle réalisée ce tour de force ? Plusieurs éléments de réponse sont possibles.L\'absence d\'alternativesAngela Merkel est seule au sein de la droite allemande. Aucune des grandes figures de la CDU et de sa sœur bavaroise CSU n\'est capable de s\'imposer comme une véritable alternative. La ministre de l\'Emploi, Ursula von der Leyen, est certes populaire, mais elle est beaucoup trop « centriste ». A l\'inverse, le ministre président bavarois Horst Seehofer est beaucoup trop conservateur. Angela Merkel seule allie la popularité et le maintien de ce très subtil équilibre entre les tendances de la droite allemande. Hasard ou pas, ceux qui pouvaient représenter un vrai danger ont été exclus de la course. L\'ancien président fédéral Christian Wulff a perdu toute prétention à la chancellerie en démissionnant avec fracas sur fond de scandale. La carrière du fringant et très populaire ancien ministre de l\'Economie Karl von Guttenberg a sombré dans une affaire de plagiat qui risque de le discréditer pour longtemps. Enfin, son ministre des Finances et ancien rival Wolfgang Schäuble n\'a plus guère d\'ambitions personnelles et préfère rester dans l\'ombre de la chancelière.Mais cette absence d\'alternative n\'est pas vraie qu\'à droite. Elle l\'est aussi à gauche. Dans le seul parti capable de rivaliser avec la CDU, le SPD, les grandes figures ont bien du mal à émerger. Peer Steinbrück, le candidat officiel des sociaux-démocrates, n\'a pas convaincu et n\'a pas percé dans les sondages. Il traîne comme un boulet ses généreux salaires touchés pour des conférences. Il a enfin bien du mal à représenter une alternative, lui qui fut durant la grande coalition, le meilleur allié d\'Angela Merkel. Sinon, les grandes figures du SPD sont si effacées qu\'elles ne peuvent guère rivaliser avec la chancelière...La stratège La grande force d\'Angela Merkel, c\'est sa souplesse. Sa capacité à dire tout et son contraire pour satisfaire chacun, tout en imposant sa propre voie, fait merveille. Sa stratégie est de présenter l\'évolution qu\'elle a choisie comme « le meilleur des choix possibles. » Sa gestion de la crise grecque est, de ce point de vue, exemplaire. Elle a d\'abord suivi le cours de l\'opinion publique en mars 2010 et a refusé toute aide à la Grèce. Puis, devant l\'aggravation de la situation, elle a mis en place la stratégie « d\'aide conditionnelle » qui perdure encore. Malgré les risques et les échecs de cette stratégie, elle est parvenue à convaincre les Allemands qu\'elle avait « le mieux défendu les intérêts allemands. » Comment ? Par un maniement subtil de concessions « inévitables » et de postures rigides. De ce point de vue, l\'opposition avec François Hollande lui a été beaucoup plus profitable que son unité avec Nicolas Sarkozy. Elle l\'a même surjoué, évitant d\'insister sur les concessions acceptées par Paris, par exemple sur le pacte budgétaire. Ainsi a-t-elle pu se présenter comme celle qui défendait les intérêts allemands contre la volonté dépensière et keynésienne du président français. Alors que, parallèlement, elle acceptait des assouplissements sur le front grec et sur celui de la BCE au nom de l\'urgence.La pragmatique Angela Merkel est une fille de la chute du mur de Berlin. Elle ne croit en aucune idéologie. Sa seule ambition est son maintien au pouvoir. Et tous les moyens sont bons pour y parvenir. Cette souplesse idéologique lui donne des atouts car elle excelle à le dissimuler derrière du pragmatisme et l\'adaptation aux circonstances. Sa volte-face sur le nucléaire après Fukushima en 2011 a été si bien menée qu\'on en a vite oublié qu\'elle avait, quelques mois plus tôt, proposer de rallonger la durée de vie des centrales nucléaires allemandes. En 2010, elle avait de la même façon abandonner le projet de baisse d\'impôts massive, devenu impopulaire, pour annoncer la rigueur en jouant sur la crise européenne. Cette année, elle a accepté l\'intervention massive de la BCE contre tous ses discours précédents au nom du sauvetage nécessaire de l\'euro. Cette force est immense : elle permet à la chancelière de demeurer toujours en phase avec son opinion et de la satisfaire. L\'électeur est toujours persuadé que sa chancelière agit « au mieux. » Cette absence de préjugés idéologiques permet aussi à Angela Merkel d\'évoluer avec aisance au sein de la politique allemande : très à l\'aise avec les sociaux-démocrates de 2005 à 2009, alors même que, durant la campagne 2005, elle se voulait la Thatcher allemande, elle n\'a eu aucune peine à s\'allier par la suite avec des libéraux très droitisés et n\'aura pas davantage de difficultés à revenir à une alliance avec le SPD en 2013. Elle souhaiterait même se rapprocher des Verts... Chef de clanAngela Merkel mène d\'une main de fer et sans aucun état d\'âme sa majorité. Elle a été accusée de tyrannie interne et ce n\'est pas la moindre des raisons qui empêche l\'émergence d\'une alternative. Mais elle sait aussi maintenir un subtil équilibre entre les tendances centristes et conservatrices de son parti. Accusée un temps de « social-démocratiser » la CDU par sa politique, notamment en faveur des gardes d\'enfant, et des femmes, elle sait aussi donner des gages à l\'aile conservatrice en refusant par exemple le mariage homosexuel et en faisant adopter une indemnité en faveur des personnes gardant leurs enfants à la maison. Là encore, son absence de principes idéologiques est une force pour pouvoir donner à chaque courant l\'impression qu\'elle sert ses intérêts.Le silenceAngela Merkel parle peu. Si elle parle, c\'est souvent pour ne pas trancher. C\'est là une arme lorsqu\'un débat est brûlant au sein de sa majorité. Le débat s\'enflamme, les acteurs s\'épuisent en arguments. Pendant ce temps, la chancelière se tait. Chacun cherche alors l\'appui d\'Angela Merkel qui se retrouve en position de force et peut imposer ses choix. Lors du débat sur les baisses d\'impôt, qui a duré neuf mois entre 2009 et 2010 et a déchiré sa coalition, Angela Merkel n\'a pratiquement pas parlé. Au sein de sa coalition, on en est venu aux injures. La chancelière est alors apparue comme une force d\'apaisement et elle a pu tranquillement, sur les ruines de ce débat, imposer ces choix : le report sine die des baisses d\'impôts. La décision a alors été acceptée sans broncher par ses alliés libéraux. Et la chancelière en est sorti grandie.

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