Cannes tel qu'on ne l'a jamais Vu
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Le pavillon du festival à peine hissé, ils accourent par milliers. Le Festival de Cannes étant l'événement le plus médiatisé au monde après les Jeux olympiques, photojournalistes et paparazzi sont ici chez eux. Mais on trouve aussi dans le lot quelques artistes. Des photographes documentaires ou des portraitistes mandatés par de grands journaux pour couvrir la manifestation. À l'instar de Richard Dumas, Lars Tunbjörk, Martin Kollar, Mickael Ackerman, Hugues de Wurstemberger ou Steeve Iuncker. Tous sont membres de l'agence Vu, qui profite de l'occasion pour éditer une sélection de leurs images cannoises saisies au cours des deux dernières décennies. Et de réussir avec « Vu (es) sur Cannes », un petit livre indispensable pour comprendre ce qui se joue réellement dix jours durant sur la Croisette.C'est que nos photographes ont banni le « photo call » et le tapis rouge de leurs habitudes de travail. Tous préfèrent traquer une vérité habituellement cachée derrière un flot de paillettes glamour. L'exercice, pourtant, n'a rien de facile. « La première fois que je suis allé à Cannes en 1992, j'avais été marqué par la profusion des séances photos condensées en très peu de temps », se souvient Richard Dumas, portraitiste de génie, dont les images en noir et blanc, souvent très contrastées, dépouillent les modèles de leur carapace jusqu'à atteindre leur âme. « Je pouvais photographier jusqu'à huit personnes par jour, poursuit-il. Avec les années, ça s'est réduit. La presse commande moins de portraits. »Les séances n'en durent pas plus longtemps pour autant. « L'inconfort vous pousse à inventer », explique Dumas. Reste ensuite à établir un dialogue avec le modèle. « Avec mon petit appareil, j'ai l'air d'un amateur. Ça gomme le côté conventionnel de la séance. » Le résultat est d'une beauté à couper le souffle. Comme pour ce portrait d'Eastwood, les sourcils en broussaille. Doux et dur à la fois.Le Suédois Lars Tunbjörk, le roi de l'absurde, a fait comme à son habitude, saisissant les gens dans leur élément de travail. Ça donne un journaliste en smoking épuisé, cravate dénouée, affalé sur les marches du Palais. Ou encore la belle Gong Li, reléguée dans un coin près d'une orchidée. Steeve Iuncker s'est concentré sur de micro-événements qui en disent pourtant long : le dos d'une star contracté avant la montée des marches. Une starlette à la plastique parfaite échouée sur la plage scrutée par des vacanciers ventripotents.Ce qui fait la force de ces photos, c'est leur style. À mille milles des images formatées qui inondent la presse en période festivalière. Et les noirs et blancs flous de Mickael Ackerman rappellent combien cette foire aux vanités se dissout finalement très vite dans le temps. Pour que restent les films.Yasmine You
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