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Les économistes sous le feu des critiques

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Publié le 06 septembre 2009 à 23:47 - Mis à jour le 06 septembre 2009 à 23:47

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Qui n'a pas rencontré ces derniers temps un économiste affirmant tout de go?: « Moi, je l'avais bien dit. » Même parmi ceux qui, fin 2007, début 2008, minoraient volontiers le poids financier des crédits hypothécaires américains pour mieux vanter la solidité du système bancaire? Par charité et surtout par manque de place, on ne citera personne. Mais il faut bien le dire?: même si la plupart des économistes avaient repéré en 2006-2007 que les liquidités mondiales progressaient trois fois plus vite que l'économie réelle, ils ont été très rares à voir la crise financière venir, et encore moins nombreux à avoir prévu l'enchaînement diabolique des faits qui allait conduire à la crise systémique qui a plongé le monde entier dans une récession d'une extrême violence.Pourquoi donc n'ont-ils rien vu, ceux-là mêmes qui collectent d'innombrables données économiques et de marché, et les analysent en permanence grâce à de puissants modèles économétriques?? Il y a certes des raisons spécifiques qui tiennent à la faiblesse de l'économie en France, en particulier à la difficulté d'accès aux données statistiques de l'Insee et de l'administration.Seulement, l'interrogation sur l'utilité des économistes ne s'arrête pas aux frontières françaises. Même la reine d'Angleterre s'en est émue devant la prestigieuse London School of Economics. Pourquoi ont-ils, presque partout, failli dans leurs prévisions?? Pourquoi sont-ils passés à côté de l'accumulation des risques, et ont-ils été aveugles aux dévastateurs effets de domino?? Dans un monde financier où les produits financiers conçus par des mathématiciens étaient si complexes que seuls leurs auteurs saisissaient leur fonctionnement, l'enchaînement des risques était à l'évidence très difficile à imaginer. Une opacité qui, dès lors, ouvrit la voie à des croyances du type?: l'infinie division et dispersion des risques conduit à leur disparition. Ceci, on peut le comprendre. Ce qui est plus étrange, c'est que les économistes n'aient pas saisi les effets en chaîne de l'explosion des prix des matières premières, à commencer par le pétrole, entre 2003 et 2008. C'était, pourtant, de l'économie on ne peut plus réelle. Mais c'était une grande rupture après vingt ans d'énergie peu chère et de matières premières dépréciées. Or les économistes ne sont pas formés pour prévoir, ni même voir les grandes ruptures?: « Sur 72 récessions, déplore Roger Haddad, président de la société d'analyse de données Kxen, seulement quatre ont été prévues trois mois à l'avance. » Plusieurs explications sont avancées. « De la chute du mur de Berlin au 11 Septembre, les grandes ruptures ne sont jamais prévisibles », défend l'historien Nicolas Baverez. Seulement, la crise commencée en 2007 ne s'inscrit pas tout à fait dans le même registre. « Les économistes sont aveugles aux signaux faibles, ces informations partielles et fragmentaires fournies par l'environnement, et annonciatrices de ruptures », dit Elisabeth Ducottet, PDG de la société Thuasne, spécialisée dans les équipements médicaux et sportifs. L'économiste Michèle Debonneuil, auteur de l'espoir économique (Bourin, 2007), voit même dans leur modus operandi une raison structurelle à leur cécité?: « Construits sur le passé, leurs modèles économétriques permettent de prévoir les cycles, mais pas d'identifier l'épuisement des modèles de croissance. » Même leur position les empêche de lire au-delà du présent?: « La plupart d'entre eux sont des économistes de banques tenus par leur employeur de ne pas compromettre la bonne tenue des marchés financiers, souligne Michèle Debonneuil, forte de son expérience passée chez Indosuez. Cette situation de conflit d'intérêts leur interdit de tirer publiquement la sonnette d'alarme. » Or, ajoute-t-elle, « on peut avoir vu que l'économie va se retourner, mais personne ne peut raisonnablement prévoir quand ». L'économiste n'est ni astrologue ni devin, c'est là son indépassable limite. Or en finance, tout est dans le timing, comme l'explique l'économiste indépendant Marc de Scitivaux?: « Si votre prévision de retournement tarde à se réaliser, on ne vous pardonnera jamais d'avoir été à l'origine d'un manque à gagner. » Voilà comment se construit une pensée unique sur l'avenir?: quand tout le monde a collectivement intérêt à ce que le vélo continue à pédaler.C'est si vrai que même si les économistes avaient tiré l'alarme, auraient-ils seulement été entendus?? « L'emprise de la pensée unique est telle que, lorsque Gilles Carrez présente, à la mi-2007, les risques d'éclatement de la bulle immobilière, personne ne veut l'entendre », dit Alain Sauret, avocat chez Capstan. Lorsque la fête bat son plein, qui a envie d'entendre que le carrosse va se transformer en citrouille?? Ni voyant ni météorologiste, l'économiste est-il donc seulement un chercheur quand il est ainsi naturellement conduit à valider les scénarios en vogue??Peut-être que oui, quand même?! « Pour qui doit sans cesse calculer et prendre des risques, décider d'investissements à vingt ans, voire à soixante ans, les économistes doivent pouvoir nous dire où sera la croissance mondiale à ces échéances », demande Jean-François Cirelli, directeur général délégué de GDF Suez. Avec une vision plus modeste encore, Serge Villepelet, président de PricewaterhouseCoopers France, dit attendre d'eux qu'ils lui « apportent une grille de compréhension cohérente d'un monde de plus en plus incertain ». Ni astrologue ni M. Météo en somme, mais tout simplement humbles lecteurs du présent?! Là aussi, cette crise aura largement dégonflé la stature d'une profession qui, à sa façon, avait bien perdu pied avec le réel. n point de vue Valérie SegoND Grand reporter à « La Tribune »

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