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Philippe Séguin, l'homme  des tempêtes républicaines

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Publié le 07 janvier 2010 à 22:47 - Mis à jour le 07 janvier 2010 à 22:47

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Son père était mort pour la France en septembre 1944. Pupille de la nation, Philippe Séguin a fait de l'idéal républicain le fil rouge de sa carrière politique. Foudroyé par une crise cardiaque à son domicile dans la nuit de mercredi à jeudi, l'homme était connu pour ses emportements, ses orages, ses longs soupirs, mais aussi ses passions ? les livres et le football ? et ses éclats de rire.En 2001, lorsqu'il avait perdu son dernier combat politique, échouant dans sa conquête de la mairie de Paris, il s'était retiré sans plus de drame de la vie publique. Avant que Jacques Chirac le rappelle en 2004 en lui confiant la présidence de la Cour des comptes, institution que Philippe Séguin a fortement contribué à solenniser.Décembre 1994. Dans la voiture qui l'emmenait toutes vitres ouvertes vers sa ville d'Épinal, dont il fut député et maire entre 1978 et 2002, Philippe Séguin fumait beaucoup et convoquait l'histoire de France pour tenter de bâtir une épopée politique dans les pas de Jacques Chirac. Quelques jours plus tard, en meeting à Bondy, Philippe Séguin appelait les électeurs à la révolte contre le Premier ministre, Édouard Balladur, candidat adoubé par les sondages et les médias : « Arrêtez donc de croire qu'il va y avoir une élection présidentielle. Le vainqueur a déjà été désigné. Proclamé. Fêté. Encensé. Adulé. Il est élu. Il n'y a pas à le choisir, il y a à le célébrer. Cela n'est plus la peine de vous déranger. Circulez, il n'y a rien à voir? »Quelques semaines plus tard, la courbe des sondages s'inversait et Jacques Chirac devançait Édouard Balladur, avant de le distancer au premier tour de l'élection.C'est de la tribune de l'Assemblée nationale, où il avait été élu président en 1993, que Philippe Séguin avait sonné la charge contre Édouard Balladur, accusant une droite qu'il ne reconnaissait pas comme la sienne de préparer un « Munich social » et de défendre « une conception notariale des finances publiques ». À l'Assemblée, où, déjà, en mai 1992, avec sa voix de stentor il avait prononcé un discours-fleuve contre l'Europe de Maastricht. Aux côtés de Jacques Chirac, avec Henri Guaino, Philippe Séguin espérait bouleverser enfin la donne en ranimant un gaullisme social qu'il rattachait à la figure tutélaire de René Capitant, gaulliste de gauche à la fin des années 1940.Las. Au lendemain de son élection, Jacques Chirac a vite refermé la parenthèse de la « fracture sociale » en préférant nommer Alain Juppé à Matignon, plus orthodoxe et plus discipliné. Philippe Séguin, bougonnant, s'en était retourné à l'Hôtel de Lassay, dénonçant les « reniements » successifs du nouveau pouvoir jusqu'au tournant de la rigueur d'octobre 1995.Jacques Chirac avait cherché à maintenir un équilibre entre son fils « préfér頻 et son fils « rebelle ». Il ne tenait pas rigueur à Philippe Séguin d'avoir mené avec d'autres la fronde des « rénovateurs » du RPR à la fin des années 1980 ou le putsch manqué des assises du parti gaulliste en février 1990. Le chef de l'État racontait qu'à chaque voyage il prenait soin de rapporter un cadeau similaire à Alain Juppé et Philippe Séguin.La dissolution de 1997 a fourni à Philippe Séguin l'occasion d'une revanche. Premier président élu du RPR, le député des Vosges s'est appuyé spectaculairement sur l'ennemi d'hier, Nicolas Sarkozy, nommé « porte-parole de transition » du parti, après l'éviction d'Alain Juppé. Leur alliance improbable dure jusqu'en avril 1999, lorsque Philippe Séguin démissionne avec fracas en pleine campagne pour les européennes. L'amitié entre le ténor ombrageux et le jeune homme pressé y a survécu. Jeudi, chiraquiens et sarkozystes ont uni leurs voix pour saluer la mémoire de celui qui fut aussi le ministre des Affaires sociales de la première cohabitation de l'histoire de la Ve République. Les yeux rougis, un sanglot dans la voix, François Fillon, qui partagea avec Philippe Séguin les combats pour le gaullisme social, a salué sa « passion dévorante » pour la politique. Nicolas Sarkozy, qui estimait avoir réussi, notamment grâce à Philippe Séguin, la réconciliation des deux France ? du « oui » et du « non » à l'Europe ? a souligné que « le mot de gaullisme lui allait comme une évidence ».

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