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Vers une marchandisation du « care » ?

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Publié le 07 mars 2011 à 20:27 - Mis à jour le 07 mars 2011 à 20:27

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Point de vueL'« aide à domicile » désigne des activités de services ou d'aide aux familles et aux personnes fragiles, lorsque celles-ci sont réalisées au domicile du bénéficiaire. Il s'agit de tâches souvent relationnelles, relevant du soin ou de l'accompagnement individuel et social pour aider au maintien de l'autonomie de personnes en perte de capacités physiques ou psychiques, en bref : du « care ». C'est une activité complexe qui a une longue histoire et connu de récents bouleversements. Jusqu'aux années 1970, elle était surtout entre les mains des familles et du secteur associatif, bénévole ou salarié. Les pouvoirs publics ne se sont intéressés que récemment au secteur, lorsque le rapport Laroque des années 1960 définit les grandes lignes d'une conduite publique pour répondre à la volonté des familles tout en s'avérant a priori moins coûteuse que l'hébergement collectif : favoriser le maintien chez elles des personnes vieillissantes et « dépendantes ».Les dispositifs publics les plus récents (2002 et 2005) ne dérogent pas à cette ligne. Mais le premier ressort du « plan de développement des services à la personne » de 2005 tient plutôt dans le potentiel de créations d'emplois qu'on prétend au secteur. Des économistes tels que Cahuc ou Debonneuil en 2004 avaient ainsi annoncé que pourraient être créés 2 ou 3 millions d'emplois dans les « services à la personne », qui contiennent pour l'essentiel l'aide à domicile mais aussi l'activité de ménage des employés de maison. Belle aubaine dans une période économique marquée par un taux de chômage persistant. Plus généralement, l'exploration de « gisements d'emplois » semble fréquente lorsqu'ont été épuisées les sources de gains de croissance intensive : les politiques se mettent en quête d'une croissance plutôt extensive, sur la base d'un élargissement des frontières de production. On rend alors échangeables des activités qui jusque-là ne l'étaient que potentiellement (pour des raisons éthiques, sociétales, culturelles, idéologiques ou autres). La production domestique pourrait constituer un gisement quasi illimité de ce type de croissance. Est-ce un problème ? Deux transformations majeures ont de toute façon marqué le secteur du sceau de la marchandisation : la mise en concurrence de structures de statuts différents et l'encouragement à l'emploi direct produisent des formes de dumping économique préjudiciables aux salariés, à 97 % des femmes. Cette concurrence se combine à un processus de codification des activités (aide à la toilette, assistance à la vie quotidienne, accompagnement à la vie sociale) en tentant de les profiler comme des « produits » ou des « marchandises » comme les autres : peut-on acquérir un service à la personne comme on va au cinéma ou qu'on achète une boîte de petits pois ? On a en tout cas enregistré des tentatives de ventes de cartes d'heures de service à la personne disposées dans des tourniquets de La Poste ou dans les gondoles d'hypermarchés. Ces dispositifs ont-ils dynamisé le secteur ? Non. L'aide à domicile est marquée par une crise économique et financière sans précédent. En témoignent les successions de redressements judiciaires et de faillites économiques enregistrées depuis 2009 dans de nombreux départements (Igas, 2010). Il n'y a sans doute pas de facteur univoque pour interpréter cette crise majeure. La concomitance avec la mise en place du plan Borloo, qui a regroupé dans un même ensemble des activités relevant de logiques différentes (activités de confort et activités d'action sociale), est tout de même frappante. De même, si la loi 2002-2 de modernisation de l'action sociale a eu des effets positifs en termes de valorisation des compétences des salariées et de structuration de l'offre subventionnée par les conseils généraux, elle a aussi fragilisé les prestataires de services par l'injonction à la rationalisation économique, à la performance et à l'industrialisation. L'efficacité relationnelle et affective est incompatible avec la productivité qui vise à faire toujours plus et toujours plus vite. C'est d'abord en remettant en cause ce modèle de la marchandisation du relationnel que pourront être courageusement dessinés un plan « cinquième branche dépendance » et, plus largement, une véritable société du « care ».

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