Banques et private equity : je t'aime, moi non plus

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Plusieurs opérations récentes animent le marché français du private equity : cession du compte propre de Natixis PE, transfert des activités de SGAM PE, etc. Rentable, moins volatil que les marchés, c'est un métier attractif et encore fragmenté.Le private equity (« capital-investissement ») entretient avec les banques une relation passionnelle, faite d'amour fusionnel et de défiance. Je te crée, je te développe. Puis je te cède... mais pas complètement. Je te filialise, je t'appelle un jour « compte propre », puis un autre « compte de tiers », voire, pourquoi pas ? « capital accompagnement ». Mais ces apparentes contradictions tiennent aux questions que soulève une activité de haut de bilan au sein d'une banque généraliste : conflit d'intérêts apparent avec d'autres métiers, aspects comptables de consolidation, ou impact sur les ratios de solvabilité, indicateur particulièrement sensible.Investir dans une activité puissante de private equity est tout à fait stratégique pour une banque, car elle lui permet de consolider des positions solides et durables sur le segment des entreprises. Pour un dirigeant-entrepreneur, une banque sert à le financer. Parler de crédit court ou moyen terme, de crédit-bail, d'obligations convertibles ou d'augmentation de capital procède de la même démarche : accroître son bilan pour développer son chiffre d'affaires et ses résultats. L'absence d'offre de haut de bilan prive la banque d'une profondeur de gamme qui favorisera l'arrivée de concurrents chez son client, et fragilisera inévitablement à terme sa position sur les métiers qu'elle juge principaux (flux, crédits, etc.). Car rappelons que ce n'est pas la Bourse qui finance les PME, mais bien le capital privé, la Bourse étant l'exception, le capital privé la norme !Le véritable problème vient de la confusion entre politique d'investissement, métier et organisation. Les banques font souvent l'erreur de croire que chaque politique d'investissement doit se décliner en un métier particulier, et en une organisation spécifique. Or diversité de l'offre ne devrait pas être synonyme de diversité organisationnelle. On observe souvent la cohabitation de différentes structures de capital-investissement avec des lignes de reporting distinctes (finance, réseau, gestion d'actifs, voire banque d'affaires). En vérité, ces structures font le même métier, même si leurs responsables n'aiment pas l'entendre, chacun désirant préserver son territoire.Lorsque l'on parle de « compte propre », par exemple, on définit par abus de langage une politique d'investissement particulière, à faible TRI et axée sur des synergies, mais non un métier per se. A contrario, le « compte de tiers » est assimilé à une politique d'investissement cherchant à maximiser le TRI, alors que c'est un mode organisationnel. Or il s'agit bien d'un seul métier : la gestion d'actifs non cotés. Dans tous les cas, il faut originer des transactions, les instruire, les négocier, les conclure, les gérer, les revendre, et informer régulièrement ses clients, les bailleurs de fonds. Les seules différences résident dans le niveau de curseur sur certains critères (prix, liquidité, etc.).Ouvrir son activité de private equity à des clients externes donne à une banque un avantage décisif : cela garantit la viabilité de ce centre de profit sans l'empêcher de répondre aux besoins des réseaux bancaires avec des produits spécifiques ; cela permet d'alléger son apport en fonds propres tout en contrôlant la société. Ainsi gagnera-t-elle en rentabilité, car dans tout métier de gestion d'actifs, la taille est un élément de compétitivité important avec de fortes économies d'échelle. Les gestions d'actifs des grandes banques sont idéalement positionnées pour saisir cette opportunité. Les manoeuvres de consolidation en cours en sont une illustration. Elles visent à bâtir des positions fortes tant vis-à-vis des clients investisseurs que des entreprises, essentiellement les PME.

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