Agnès Debiage, une libraire française au Caire

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Cachée au premier étage d'un vieil immeuble du centre du Caire, Oum El Dounia fait penser à la caverne d'Ali Baba. L'endroit croule sous les tissus multicolores, les lampes en fer forgé, les céramiques? et les livres. « Nous voulions un lieu où l'on peut découvrir les différentes facettes de l'Égypte, à travers sa littérature et son artisanat », raconte Agnès Debiage, qui a ouvert la boutique en 2004 avec Ludovic Piantanida, son mari.Avant d'être libraire, cette Française de 43 ans était dans le tourisme, notamment en Égypte. Il y a seize ans, lassée de la vie parisienne, elle décide d'y poser ses valises avec son compagnon. Trois ans après, elle met au point une librairie ambulante à destination des jeunes lecteurs et fait alors la tournée des écoles, dans un pays où l'accès au livre en français est encore limité. « Je voulais aller à la rencontre des francophones. J'avais envie de développer la lecture, d'encourager les gens à lire », précise Agnès. Cette passion prend forme en 2001 quand la libraire ouvre une petite enseigne dans l'enceinte du Centre culturel français d'Alexandrie.Mais en 2003, la dévaluation brutale de la livre égyptienne met à mal son entreprise de librairie itinérante. Agnès se voit contrainte de repenser ses activités. Un an plus tard, naît Oum El Dounia, la mère du monde, surnom de l'Égypte dans le Moyen-Orient. On y trouve des objets d'artisanat, venus de toute l'Égypte, et des ouvrages spécialisés sur le pays et la région, allant du livre de recettes de cuisine aux essais de géopolitique.À écouter Agnès, être libraire au Caire n'est pas toujours chose facile. Il faut superviser l'importation des livres et très souvent composer avec la censure égyptienne. Les titres sur l'Égypte, la religion, les relations amoureuses font tiquer cet organisme d'État, qui désire en prendre connaissance avant que les ouvrages ne soient vendus sur le marché. « Ils sont particulièrement pointilleux sur la cartographie. Cette année, le ?Guide du Routard 2009? a été censuré pour avoir représenté la bande d'Halayeb, une langue de terre qui sépare le Soudan de l'Égypte », explique Agnès.Surtout, il est très difficile de promouvoir la lecture en français dans un pays non francophone, où les gens ont peu l'habitude de lire et où les revenus demeurent limités. La libraire pointe également du doigt la cherté du livre français : « Il reste très cher, bien plus que les ouvrages anglais, à cause notamment du système de distribution du livre en France et de l'euro fort. »Cela ne décourage pourtant pas une clientèle composée de touristes, de francophones expatriés et, petit à petit, d'Égyptiens, de pousser régulièrement la porte de la boutique. Oum El Dounia s'apprête même à faire des petits. Ces jours-ci, Agnès prépare l'installation d'un Oum El Dounia miniature, qui ouvrira en novembre dans le quartier résidentiel de Maadi, dans le sud du Caire.

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