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La crise du blé, crise climatique

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Publié le 08 février 2011 à 20:30 - Mis à jour le 08 février 2011 à 20:30

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FranceAgriMer publie mercredi des estimations sur l'état des silos de blé, très attendues tant la France marche aujourd'hui sur des oeufs. Tout à sa soif d'exporter, l'Hexagone pourrait exporter près de 11,8 millions de tonnes de blé en dehors de l'Union européenne. Ce qui ne semble pas si extraordinaire au premier coup d'oeil : les champs français en produisent tout de même 35 millions de tonnes. C'est largement plus qu'il n'en faut pour faire toutes les baguettes et autres gâteaux que dévore la population : environ 15 millions de tonnes en un an. Mais, selon les plus optimistes, les exportations pourraient même atteindre 13 millions de tonnes. En l'absence des blés issus de la Russie et de la mer Noire, grillés par la sécheresse, le blé français a tous les atouts cette année : l'euro faible durant la seconde moitié de 2010 l'a favorisé face à ses concurrents américains, la proximité géographique avec les pays acheteurs d'Afrique du Nord a joué, ainsi que la qualité de la céréale, qui a été endommagée un peu partout sauf en France. L'Égypte, la Tunisie, le Maroc, l'Afrique noire se sont arraché les tonnes de blé français. Une situation désarmante, notamment pour France Export Céréales, une organisation qui explore les quatre coins du globe pour trouver des débouchés aux céréales françaises. Et qui a dû cette année se tourner les pouces. Sachant que les céréaliers envoient également de la marchandise dans les autres pays européens, la France se retrouvera, au printemps, avec des stocks réduits comme peau de chagrin. Soit a priori un peu moins de 2 millions de tonnes à la fin mars selon les dernières estimations de 18 jours de consommation. En 2003, ils étaient tombés plus bas en tonnage, mais il restait encore 22 jours de farine. Et encore, un expert table sur des stocks de blé qui tomberaient autour de 1 million de tonnes. « Mais ne l'écrivez pas, c'est inutile d'inquiéter le marché », assure-t-il.Inquiet, le marché l'est déjà. Les prix du blé ont grimpé de 112 % en un an, et de 9 % depuis le début de l'année. La crise politique traversée par les pays d'Afrique du Nord, dont la population a crû de 80 millions en vingt ans et absorbe 6 % de la consommation mondiale de blé, est à la fois conséquence et cause de cette envolée des prix. La hausse des prix du pain dans la région a attisé les tensions, et les tentatives des États de calmer le jeu en achetant du blé à tour de bras ne fait qu'empirer les choses. Depuis le début de l'année, l'Algérie a ainsi acheté 1,8 million de tonnes de blé sur le marché, à un rythme record. Le gouvernement algérien a d'ailleurs fait part de son intention de saturer son marché intérieur du blé pour que les prix se tassent. Il veut livrer aux meuniers 120 % de leur capacité de production de farine.La situation fait sortir les meuniers français de leurs gonds. Fin janvier, ils ont réclamé l'arrêt pur et simple des exportations de blé. Les industriels de la transformation de la filière blé tendre s'inquiètent du risque de « rupture d'approvisionnement ». Une formule forte, mais vide de sens. Le ministère de l'Agriculture américain, l'USDA, prévoit un stock de 172 millions de tonnes de blé en juin 2011. Lors de la dernière crise, en juin 2008, les stocks étaient tombés à 125 millions de tonnes. « Il y a du blé, ce n'est pas un problème ! Mais il est mal réparti », reconnaît Michel Portier, directeur général d'Agritel. Si les États-Unis détiennent la moitié des réserves, le solde se trouve dans des pays qui n'exportent pas, comme l'Inde et la Chine. Les prix risquent donc de grimper encore, et les meuniers français devront à la fois payer le prix fort et importer du blé américain, alors que la France a cette année encore récolté 2,5 fois son niveau de consommation. Une situation absurde, face à laquelle le président français juge de bon ton de montrer du doigt la responsabilité des spéculateurs. Mais au regard de l'instabilité politique en Afrique du Nord, dans laquelle le prix du blé a aussi sa part de responsabilité, l'analyse mériterait d'être plus poussée. La vraie cause de la crise du blé est la canicule sans précédent constatée en Russie, ainsi que le chaos climatique qui a suivi avec les inondations au Pakistan, en Australie, les épisodes de pluies et de sécheresse en Amérique du Sud. L'année 2010 a été la plus chaude jamais enregistrée, et a provoqué un effondrement brutal de la production agricole. Le lien entre dérèglement de la météo et effet de serre semble aujourd'hui difficile à contester. La crise du blé a donc tous les aspects de la première crise du réchauffement climatique. Plutôt que d'être utilisée contre la finance, elle pourrait fournir un bon argument politique pour remettre la question du climat sur le devant de la scène.L'analyse

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