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« Malgré la crise, Tata s'est renforcé sur tous ses secteurs, de la high-tech à l'acier »

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Publié le 18 septembre 2010 à 07:58 - Mis à jour le 18 septembre 2010 à 07:58

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Pourquoi avez-vous ouvert officiellement votre succession ?J'ai 72 ans et en 2012, j'aurai 75 ans. J'ai vécu des années passionnantes à travailler au service du groupe. Aujourd'hui, j'ai envie d'avoir du temps pour moi, de faire ce que je n'ai jamais eu l'opportunité de faire. Comme je l'ai dit, je ne veux pas quitter le groupe dans une chaise roulante ou dans une boîte. La compagnie ne me pousse pas dehors, c'est ma décision. Un comité composé de cinq personnes va préparer cette succession. J'ai décidé de rester en dehors de ce comité pour qu'ils se sentent libres de choisir sans qu'ils aient la sensation que je pilote ma succession. Il faut laisser le comité faire, je suis sûr qu'ils vont trouver la bonne personne. Il faut juste leur laisser du temps. Mais, comme je ne quitterai la société que fin 2012... laissons-les travailler.Vous venez de rouvrir fin août le Taj Mahal Hotel à Mumbai, qui avait été au coeur des attaques terroristes en 2008. Que représente cette réouverture pour vous ?Nous avons perdu 31 personnes dans ces attentats. Pour beaucoup d'entre nous qui ont vécu ces trois jours de violence, c'était très émouvant. L'hôtel a en partie brûlé. Au lendemain de ces jours funestes, Krishna Kumar et moi avons décidé de le reconstruire brique par brique pour lui redonner toute sa beauté. Voir ainsi Mumbai victime de tant de violence, tant d'injustice, nous nous devions de rouvrir pour lui rendre sa splendeur. C'est aussi important pour la ville. Nous avons versé beaucoup de larmes. En cent trois ans, jamais nous n'avions vécu un tel drame.Pourquoi avoir choisi d'ouvrir le dernier Taj Hotel à Cape Town ?Dès ma première visite à Cape Town, j'ai été convaincu qu'il existait de nombreux points communs entre nos deux pays. Je n'ai jamais malheureusement rencontré Nelson Mandela, mais je suis admiratif pour ce qu'il a fait. Les infrastructures sont bonnes, le pays travaille, c'est une bonne plate-forme de développement vers les autres pays d'Afrique. Nous avons commencé à travailler dans l'acier depuis quinze ans à Johannesburg. Notre activité commerciale dans les bus se porte très bien et nous avons commencé aussi à importer des 4x4 et des Indica, destinées à la classe moyenne naissante et qui rencontrent un succès qui va au-delà de nos espérances. Nous allons continuer à y développer notre activité automobile. Ici, au Cap, l'opportunité de transformer l'ancien bâtiment de la South Africa Reserve Bank en hôtel, dans le coeur historique de la ville, en joint-venture avec Eurocape, nous est apparue très attractive. C'est vrai que beaucoup d'hôtels ont ouvert ici pour la Coupe du monde, mais notre expertise permettra de relever ce challenge.Avez-vous d'autres projets d'ouverture dans le reste du monde ?Nous devrions avoir de nouvelles ouvertures en Inde, aux Seychelles, aux Maldives et à l'île Maurice. Là où nous penserons que c'est important. En Europe, au-delà de Londres où notre hôtel marche bien, nous souhaitons nous développer dans d'autres capitales européennes, et pourquoi pas, à Paris [Ndlr : après avoir une nouvelle fois décliné l'offre de rachat du Crillon - trop chère, 300 millions d'euros pour 100 millions de travaux estimés -, le groupe viserait une vue plongeante sur l'Arc de triomphe].Quelle place occupe la filiale hôtelière dans le groupe ?Nous avons enregistré une rapide expansion ces dernières années. C'est la plus ancienne filiale du groupe. La direction y accorde beaucoup d'importance. Elle contribue au prestige, elle est indissociable de l'histoire du pays [voir encadré].Comme dans l'automobile, où vous êtes présents aussi bien dans le haut de gamme que dans le low-cost, allez-vous continuer à développer cette même stratégie pour les hôtels ?Pour des raisons que je ne comprends pas très bien, nombre de gens s'interrogent sur notre positionnement entre le haut de gamme et le low-cost, mais cela répond aux différents marchés. Ce n'est pas du tout contradictoire, au contraire, l'important est de bien se positionner sur chacun des segments sans jamais les confondre. Quand nous avons acheté Jaguar, nous n'avons pas cherché à construire des voitures bas de gamme sous sa marque, nous avons respecté son positionnement. Nous voulons seulement redonner à Jaguar, comme à Land Rover, leur titre de gloire qu'ils avaient dans le passé. Parallèlement, nous développons les voitures de la marque Tata, l'Indica comme la Nano. Dans le domaine de l'hôtellerie, c'est pareil. Les hôtels Ginger ne contaminent en rien nos palaces, ce sont des propositions très différentes. Les Ginger Hotels sont appelés à se développer ailleurs qu'en Inde, en particulier dans les pays émergents.Comment abordez-vous cette fin d'année sur le plan économique ? Êtes-vous optimiste ?Oui, j'éprouve une grande satisfaction au vu du développement du groupe Tata ces dernières années. Malgré la crise, nous avons renforcé nos différents secteurs, de la high-tech à l'acier. Aujourd'hui, la reprise de l'activité aux États-Unis et en Europe, en Grande-Bretagne particulièrement, la croissance chinoise, me permet d'être optimiste pour les mois à venir. L'économie globale reprend ; dans la majorité des domaines où nous sommes présents, nous devrions continuer à nous développer. Le système bancaire s'est normalisé, les consommateurs et les entreprises peuvent de nouveau faire appel au crédit ou à des fonds. Donc, je crois que l'activité va s'améliorer.Bill Gates et Warren Buffett effectuent une tournée en Asie pour convaincre les businessmen de reverser une partie de leur fortune dans des actions caritatives. Êtes-vous en discussion avec eux ?Historiquement, cela fait très longtemps - depuis les années 1950 même - que nous avons entrepris de reverser la moitié de nos profits dans des actions caritatives ou sociales. Donc, nous ne sommes pas les bons interlocuteurs.Propos recueillis par Isabelle Lefort

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