Trois générations à l'ombre du Kremlin

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écitC'est le récit d'une quête pour la reconnaissance d'une histoire tronquée, déformée, voire tout simplement niée par la plus ubuesque des dictatures du XXe siècle, celle de Staline. Encore un récit sur les atrocités de l'URSS sous la terreur rouge ? Non, car « les Enfants de Staline » n'est pas une ?uvre d'historien, mais celle d'un jeune homme curieux, Owen Matthews, qui témoigne de son enquête minutieuse pour retracer son histoire familiale. Ce texte est empreint d'une grande dignité et d'un sens de la mémoire tout à fait remarquable.La vie de sa famille est racontée sur trois générations. Première époque : l'Ukraine des années 1930. Owen Matthews décrit le destin tragique de ses grands-parents maternels, dominé par la figure de Boris Bibikov. Ce fervent communiste contribua à l'édification du socialisme en construisant une gigantesque usine de tracteurs. destin paradoxal« Mon grand-père n'était sans doute pas un héros, mais il vivait des temps héroïques. L'époque incitait à la bravoure et au dépassement de soi », raconte Owen Matthews, qui a pu accéder au dossier du KGB sur son aïeul. Son récit est passionnant : il montre comment cet homme de fer, pris dans ses certitudes, a ignoré les atrocités de la collectivisation forcée des terres, alors que, autour de lui, la famine décimait la population paysanne. Paradoxalement, son fervent engagement socialiste lui vaudra d'être une des premières victimes des purges : il est arrêté en 1937 et fusillé peu après. Sa femme est déportée au goulag et ses deux filles placées en orphelinat.Seconde époque : l'austère Moscou des années 1960. La fille cadette de Bibikov, Ludmila, survit dans entre une mère revenue folle de déportation et une s?ur vite mariée. Elle mène une existence solitaire, marquée par les cauchemars d'une enfance martyre. Contre toute attente, elle tombe amoureuse d'un jeune attaché d'ambassade britannique. Un coup de foudre réciproque. « Mervyn s'éprit de Ludmila comme il s'était épris de la Russie : avec une sorte d'engouement romanesque, sans songer au lendemain », observe l'auteur. Le KGB ne laissera pas se développer cette idylle : le jeune Anglais est expulsé. Il faudra six longues années à Mervyn pour parvenir à faire émigrer Ludmila en Grande-Bretagne. Owen Matthews publie de nombreux extraits très émouvants de l'abondante correspondance passionnée de ses parents.trous noirsLa troisième époque, c'est la Russie libérée du communisme des années 1990 que découvre Owen Matthews, né à Londres mais attiré ? comme son père ? par ce pays mystérieux. Ce jeune journaliste est témoin de la frénésie de consommation et de plaisir des Moscovites. Il décrit cet étrange univers en même temps qu'il commence à concevoir le projet d'explorer enfin les trous noirs de son histoire familiale. Laurent Pericone « Les Enfants de Staline », d'Owen Matthews. Belfond, 400 pages, 22 euros.

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