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Publié le 10 décembre 2009 à 00:43 - Mis à jour le 10 décembre 2009 à 00:43

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Bizerte, son front de mer, son lac, son ciel, ses odeurs? Dans quelques jours, Bertrand Delanoë s'envolera passer les fêtes de fin d'année dans sa Tunisie natale. Loin de la grisaille de Paris ou les nuages s'accumulent ces derniers temps sur l'Hôtel de Ville et son maire.Des rumeurs de favoritisme dans une vieille affaire de concession accordée par la ville à une association sportive du stade Jean-Bouin devraient lui valoir une convocation de la justice en début d'année. Les élus verts, qui appartiennent pourtant à sa majorité, contestent son projet d'installation de caméras de vidéosurveillance dans les rues. L'UMP fustige de son côté ses projets de construction de logements sociaux dans le quartier des Batignolles. Le « 104 », cet immense entrepôt du XIXe arron- dissement transformé en haut lieu de l'art contemporain, qu'il a inauguré en grande pompe l'an dernier, connaît des débuts difficiles alors qu'il en avait fait « son » grand projet culturel. Autre tracas : Europcar veut poursuivre la ville pour contrefaçon et concurrence déloyale à propos des « Autolib' », version automobile des Vélib dont l'appel d'offres est lancé ce jeudi. Et surtout, débute, ce lundi, la discussion du budget 2010 de la capitale qui s'annonce animée avec le vote d'une hausse de 8 % des taux des impôts locaux venant après celle de 9 % cette année. L'opposition municipale UMP est bien décidée à transformer ce débat budgétaire en réquisitoire politique contre Delanoë. Pour elle, ces hausses ne sont que la conséquence des dépenses inconsidérées et des embauches à tour de bras de 8.000 fonctionnaires lors du premier mandat, lorsque les droits de mutations immobiliers remplissaient sans effort les caisses de la ville. Le maire s'apprête à contre-attaquer en assénant que les Parisiens resteront moins imposés que les Marseillais ou les Bordelais, administrés par l'UMP. Il insistera aussi lourdement sur la dette de 385 millions d'euros que l'État n'a toujours pas honoré à la ville pour des dépenses de solidarité.Il n'empêche : la magie Delanoë ne semble plus fonctionner comme auparavant, lorsque le maire pouvait surfer sur ses réalisations du premier mandat : le tramway, les Vélib, Paris-Plages, la Nuit blanche, les pistes cyclables, les dépenses sociales en hausse de 70 %, les HLM imposées aux beaux quartiers. Sa nette victoire aux municipales de mars 2008, avec 57,7 % des voix face à une droite parisienne dont on se souvient à peine du nom de la tête de liste, n'est plus qu'un souvenir. Bertrand Delanoë donne même à certains de ses proches l'impression d'en avoir assez : des inaugurations de crèches, des réceptions convenues de sommités étrangères à l'Hôtel de Ville, des comptes rendus de mandat, arrondissement par arrondissement, comme ceux qu'il effectue ces jours-ci. « Je ne dois rien à personne », lâchait-il l'autre jour devant quelques journalistes réunis à la mairie. Certains ont décodé cette phrase comme un avertissement : il n'hésitera pas à claquer la porte avant la fin de son second mandat si on lui cherche trop de noises. Après tout, en 1986, lorsque les militants socialistes du Vaucluse lui avaient opposé un méchant « niet » à son désir de se présenter aux législatives dans leur département, il n'avait pas hésité à abandonner la vie publique pour créer son agence de conseil et de communication? et revenir quelques années plus tard à la politique.Le maire s'offusque de telles arrière-pensées aujourd'hui. N'a-t-il pas encore des grands projets pour sa ville, comme la prolongation du tramway, la construction de tours de nouvelle génération en bordure du périphérique ou encore la reconquête de berges de la Seine pour les piétons, un serpent de mer depuis des années. Pourtant, il a annoncé durant l'été 2008 qu'il ne briguerait pas de troisième mandat en 2014. Il a même désigné la candidate qui a ses faveurs pour lui succéder : Anne Hidalgo, sa première adjointe depuis 2001, en charge du dossier stratégique de l'urbanisme depuis 2008. Celle-ci vient également d'être désignée par les militants comme tête de liste PS pour les régionales à Paris, ce qui ne sera pas forcément une sinécure, les Verts ayant décidé de partir sous leurs propres couleurs. Les premiers sondages donnent d'ailleurs une longueur d'avance aux écologistes sur les socialistes.Sur le choix d'Anne Hidalgo, Delanoë doit aussi déchanter. Car sa préférence ne passe pas comme une lettre à la poste parmi les socialistes parisiens qui n'ont, il est vrai, jamais eu la réputation d'être particulièrement unis. Sous le manteau, plusieurs autres adjoints et maires d'arrondissement se disent qu'eux aussi possèdent les qualités pour être premier magistrat de la capitale. D'autant qu'en 2014, la droite devrait logiquement aligner un ou une candidate de poids pour reconquérir Paris après treize ans de règne de la gauche. Or, face à François Fillon, Jean-Louis Borloo voire Christine Lagarde, jusque-là effacée conseillère du XIIe, ou encore à Rachida Dati qui ne pense qu'à l'hôtel de ville, Anne Hidalgo n'est peut-être pas assez solide pour garder la capitale, s'inquiète-t-on au PS. « Choisir un successeur cinq ans avant l'échéance, cela crée le trouble », déplore Jean-Marie Le Guen, député socialiste du XIIIe arrondissement et soutien affiché de DSK à défaut d'être un inconditionnel du maire. « Cette annonce est peut-être imprudente mais elle vise à l'efficacit頻, rétorque Delanoë.Mais avant les municipales de 2014, il y aura la présidentielle de 2012. « Je ne fais de croix sur rien », rappelle régulièrement Bertrand Delanoë, en ajoutant aussitôt : « Je ne suis pas en situation et il y a peu de raison que je le devienne. » En clair, à 59 ans, l'ancien mitterrandiste et jospiniste n'envisage pas de se présenter aux primaires socialistes qui seront organisées en 2011. À moins que? « Je veux être utile aux socialistes », dit-il sobrement.Le maire de Paris dispose pourtant d'un solide capital de sympathie dans l'opinion qu'il serait presque criminel de gâcher. Selon le baromètre Ipsos-« Le Point » publié ce jeudi, sa cote de popularité atteint 55 %, devançant d'1 % Dominique Strauss-Kahn, seule Yama Rade faisant mieux avec 59 %. Surtout, dans la perspective de primaires, il est la personnalité la plus populaire à gauche : le dernier baromètre TNS-Sofres-« Le Figaro Magazine » de fin novembre le crédite d'une « cote d'avenir » de 54 % parmi les électeurs de gauche contre 39 % seulement pour l'actuel patron du FMI. « Ma popularité ne m'a pas empêché de perdre au congrès de Reims », lâche ce faux modeste.Delanoë n'est peut-être candidat à rien mais se prépare quand même à tout. Il a ainsi relancé, voici quelques mois, son site Internet, Bertranddelanoe.net, où il donne son avis sur les sujets d'actualité. Ce mardi, il y ironisait sur l'évaluation des ministres, une idée lancée en 2008 par le secrétaire d'État à la Prospective, Éric Besson, mais enterrée depuis par l'Élysée. Il répond également favorablement aux candidats ou responsables de fédérations socialistes qui le sollicitent pour venir animer une réunion. S'il ne dispose pas d'une véritable « sensibilit頻, comme on dit aujourd'hui au PS pour éviter de prononcer le mot désormais honni de « courant », il reste le mentor du club Clarté, courage, créativité, animé par son ami Harlem Désir. Ce dernier tente de fédérer les signataires de la motion Delanoë du congrès de Reims. « Nous n'avons pas vocation à être un club de présidentiable mais plutôt une boîte à idées », se défend Harlem Désir, l'actuel numéro deux du PS. Le club s'apprête d'ailleurs à lancer des forums Internet. Et dès le lendemain des régionales, Désir organisera des « rencontres » comme celle du 26 septembre ou Delanoë était venu un samedi matin disserter « d'économie écologique » et du « nouveau cap démocratique pour la France » devant 500 élus et militants socialistes. Le maire de Paris s'est également rapproché d'autres leaders socialistes comme Laurent Fabius avec qui les relations ont toujours été tendues. Tous les deux ont d'ailleurs réintégré, en octobre, le bureau national du PS à la demande de Martine Aubry.Aubry justement. Si dans un an, la première secrétaire du parti se présente aux primaires socialistes, comme elle semble désormais s'y préparer, Delanoë ne pourra faire autrement que de la soutenir et mettra définitivement un mouchoir sur ses ambitions présidentielles. Ce serait la seconde fois qu'il devrait s'effacer devant elle. Au congrès de Reims en novembre 2008, il avait déjà dû se rallier à Martine Aubry pour barrer la route à Ségolène Royal après avoir quand même obtenu 25 % des voix des militants. « Il y a tellement d'autres choses à faire dans la vie que la politique », confie l'intéressé. Mais si Martine Aubry battait Nicolas Sarkozy, pourrait-il refuser à celle-ci de devenir ministre ? L'une des rares fonctions politiques qu'il n'a jamais exercée. n1950 : naissance à Tunis1981 : député PS de Paris1981-1986 : porte-parole du PS1987 : crée son entreprise de conseil et de communication2001 : élu maire de Paris2008 : réélu maire2008 : candidat à la direction du PS

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