La tension monte entre Madrid et Rabat

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espagne« Il est temps de remettre le Maroc à sa place. » Ce titre d'un éditorial du quotidien madrilène « El Mundo » reflète l'exaspération de l'opinion publique espagnole face à l'intransigeance de Rabat dans l'« affaire Aminatu Haidar ». Privée de son passeport et expulsée du Maroc à la mi-novembre, l'activiste saharaouie de 43 ans a été reconduite en territoire espagnol, aux Canaries. Haidar, qui réclame l'indépendance de l'ancien Sahara espagnol, a depuis entamé à l'aéroport de Lanzarote une grève de la faim qui est entrée ce vendredi dans son 26e jour : elle exige le droit de rentrer chez elle pour y vivre avec ses deux fils. Sa mort, désormais possible, transformerait la région en poudrière, car le Front Polisario menace dans ce cas de reprendre les armes.imbrication des intéretsL'affaire met dans l'embarras le gouvernement espagnol, et surtout son ministre des Affaires étrangères Miguel Angel Moratinos, paladin traditionnel d'une diplomatie très pro-marocaine. Si la majeure partie des Espagnols, tant de gauche comme de droite, exige désormais que son gouvernement hausse le ton pour imposer au Maroc le retour de l'exilée de force, Moratinos s'y refuse. Car la marge de man?uvre de Madrid est limitée par l'imbrication des intérêts entre les deux pays, qui conditionnent en grande partie, vu leur position géographique, les rapports entre l'UE et l'Afrique.Intérêts économiques d'abord : entre 1995 et 2008, les exportations espagnoles vers le Maroc ont bondi de 600 millions à 3,6 milliards d'euros, tandis que les importations passaient de 435 millions à 2,8 milliards. Le Maroc est devenu le deuxième destinataire hors UE des ventes espagnoles à l'étranger, et absorbe à lui seul 36 % des exportations et 75 % des investissements hispaniques destinés au continent africain. Pour le Maroc, l'Espagne est le deuxième fournisseur, le deuxième client et le deuxième investisseur, après la France dans les trois cas.Contraintes politiques, ensuite. La collaboration avec Rabat est fondamentale dans la lutte contre l'immigration illégale depuis l'Afrique vers le sud de l'Europe. Et elle a clairement gagné en efficacité ces dernières années : les frêles esquifs chargés de clandestins, qui appareillaient autrefois depuis les côtes marocaines, ont dû trouver, face à la vigilance de la police locale, de nouveaux points de départ plus au sud : Mauritanie, Sénégal ou Gambie. realpolitik L'aide de Rabat est également cruciale dans la lutte contre le fondamentalisme islamique, à un moment où les émules locaux de Ben Laden multiplient les actions en Afrique du Nord, notamment contre les ressortissants hispaniques (l'Espagne, pour Al-Qaida, est toujours l'« Al-Andalus » d'avant la Reconquête). Si l'on y ajoute le risque de voir Rabat relancer de manière explosive sa vieille revendication sur Ceuta et Melilla, les deux présides espagnols enclavés en territoire marocain, on comprendra que face à ce faisceau de conflits potentiels, Madrid opte davantage pour la realpolitik que pour les considérations humanitaires les plus élémentaires dans cet épineux dossier. Thierry Maliniak, à Madrid

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