Le réalisateur du documentaire « The September Issue », R.J....
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Comment avez-vous réussi à convaincre Anna Wintour de vous accueillir au sein de la rédaction du « Vogue » américain, pendant un an ? Et pourquoi ce film ?C'est un ami producteur qui m'a soufflé l'idée après la lecture en 2005 d'un portrait que le « New York Times » lui avait consacré. Je ne connaissais rien au monde de la mode. Anna Wintour a accepté dès notre premier rendez-vous. Nous avons tourné en 2007. Et présenté le film pour la première au festival de Sundance en janvier dernier. Et depuis nous avons battu les records de fréquentation pour un film documentaire aux États-Unis. Le sujet fascine et attise la curiosité. On a tous en mémoire « Le diable s'habille en Prada » où Meryl Streep, qui l'incarne, la présente comme une vraie « méchante ». Trouvez-vous qu'elle corresponde bien à cette image ?Elle dirige le « Vogue » américain depuis vingt ans, c'est le magazine le plus influent au monde en matière de mode. C'est un capitaine d'industrie. Son pouvoir est sans limite. On la critique parce que c'est une femme, mais si c'était un homme qui faisait son job, on trouverait son comportement normal. Je ne veux pas simplifier, mais elle vit sous une pression considérable. Elle contrôle tout. Elle donne sa vie au magazine. Bien sûr, elle est dure. Elle peut faire ou défaire un créateur, dicte au monde ce que l'on doit porter. C'est effectivement très impressionnant d'entendre les patrons des grands magasins lui demander d'intervenir pour que les créateurs respectent les délais de livraison. Et c'est choquant pour certains de la voir réprimander la styliste Alicia ; elle est directe et brutale. Mais elle n'a pas vraiment le choix. Et si certains la trouvent dure, d'autres apprécient qu'elle soit claire. J'ai voulu montrer le personnage dans sa vérité. Dans le film, Grace Coddington, la responsable mode du magazine, qui est sans doute la styliste la plus influente au monde, a le beau rôle aux côtés d'Anna.Et pourtant? Au début, elle a refusé catégoriquement de collaborer. Elle ne savait pas qui j'étais, pensait que nous étions des paparazzi. Mais, un jour, je suis entré dans son bureau, et je lui ai dit que, sans elle, je ne pouvais pas faire le film. Elle a vu mes documentaires précédents dont celui sur Bill Clinton. Elle a compris. Nous sommes devenus amis. Grace est une artiste fantastique, elle se bat pour défendre ses convictions. Comme n'importe quelle entreprise, on trouve au « Vogue » américain le boss qui est intransigeant, l'artiste effarouché, et le directeur artistique qui est le « Yes man »? À l'issue de votre travail, comment expliquez-vous la fabuleuse réussite sociale d'Anna Wintour ? D'où tire-t-elle un tel pouvoir ?C'est une remarquable combinaison entre un job et une personne. Si elle est puissante, c'est qu'elle a eu raison avant les autres. C'est une visionnaire. C'est elle qui la première a compris l'importance des people, et mis une actrice en cover. De même, c'est elle qui a fait la première couverture en mixant une veste Christian Lacroix avec un jean. Idem pour les mannequins noires, c'est la seule couverture pour laquelle elle a été contestée. Contrairement à Meryl Streep dans « Le diable s'habille en Prada », elle ne s'énerve jamais. Quand elle est au sommet de la fureur, elle pince ses lèvres, place ses yeux en coin et croise ses bras très serrés. J'ai essayé de dresser un portrait le plus fidèle possible, en traitant le sujet de façon classique, sans ironie, ni cynisme, mais avec objectivité. Sa froideur, elle la doit certainement en grande partie à son éducation. Sa grand-mère paternelle ne parlait pas à son père. Je la montre sans fard. On voit que c'est une femme d'un certain âge. Elle n'a pas cherché à cacher quoi que ce soit. J'espère que je suis parvenu à faire connaître la personnalité d'Anna, respecter sa complexité, sans la réduire?Propos recueillis par Isabelle Lefort et Sophie Péters « J'ai voulu montrer le personnage dans sa vérit頻
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