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Quel fonds souverain pour la France ?

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Publié le 26 septembre 2008 à 18:09 - Mis à jour le 26 septembre 2008 à 18:09

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Il y a plusieurs mois, Nicolas Sarkozy a fait part de son désir de faire de la Caisse des dépôts et consignations (CDC) un fonds souverain, chargé notamment de la défense des grandes entreprises françaises face aux " fonds étrangers qui n'ont d'autre but que de s'emparer de leur technologie ". On ne manque pas de souligner en France qu'une telle démarche s'inscrirait dans une tendance mondiale marquée par l'intervention croissante des États dans la vie des entreprises.C'est avec une délectation à peine dissimulée que beaucoup d'observateurs ont vu la Grande-Bretagne nationaliser Northern Rock, puis les États-Unis placer sous tutelle fédérale les sociétés de crédit hypothécaire Freddie Mac et Fannie Mae. Si même ces deux hérauts du libéralisme recourent à l'outil de la nationalisation, cela ne légitime-t-il pas toutes les formes de dirigisme ?L'importance grandissante des fonds souverains est également invoquée pour justifier un renouveau de l'interventionnisme. Les actifs combinés des fonds des États du Golfe, de Singapour, de la Norvège et d'autres pays dépassent 3.000 milliards de dollars et devraient augmenter encore. Puisque tant de pays ont leur fonds souverain, pourquoi pas la France ? Certes, la France ne possède pas de recettes pétrolières ou d'excédents budgétaires susceptibles d'alimenter un fonds souverain. Mais l'État détient un portefeuille conséquent de participations dans des entreprises, directement ou par l'intermédiaire de la CDC : il vaut près de 200 milliards d'euros, en ne comptant que les sociétés cotées.Utiliser les fonds publics.Le débat sur un éventuel fonds souverain français pose en réalité la question de l'évolution de ce portefeuille. Or, contrairement aux apparences, l'idée d'utiliser les fonds publics pour défendre les fleurons de notre économie face aux prédateurs étrangers s'écarte radicalement de la logique des fonds souverains existants et n'a aucun rapport avec la démarche suivie par les gouvernements britannique et américain lorsqu'ils ont nationalisé d'urgence des établissements financiers.Dans le cas de Northern Rock, Freddie Mac et Fannie Mae, l'objectif de l'intervention publique n'était pas d'éviter le passage dans des mains étrangères de fleurons de l'économie britannique ou américaine, mais d'éviter un effondrement global du système financier et une réaction en chaîne du type de celle de 1929, c'est-à-dire un cercle vicieux dans lequel le resserrement du crédit, la chute de la valeur des actifs et les faillites se nourrissent mutuellement. Les mesures de sauvetage mises en oeuvre s'inscrivent donc dans une forme d'orthodoxie économique qui fait porter l'attention des pouvoirs publics sur le seul secteur financier, pour contrôler les risques systémiques.Cela n'a évidemment rien à voir avec les tentations d'interventionnisme à la française, qui s'étendent généreusement à la totalité de l'économie, y compris le yaourt, décrété secteur stratégique en 2005 lors des rumeurs d'OPA sur Danone. Quant aux fonds souverains étrangers, leur logique purement financière est à l'opposé de toute idée de politique industrielle. Au contraire, ils cherchent à diversifier au maximum leur portefeuille pour protéger leur pays d'origine face aux éventuels chocs futurs (par exemple, pour les pays pétroliers, une baisse du prix du pétrole ou l'épuisement de leurs réserves). Ainsi, le fonds norvégien investit exclusivement à l'étranger, pour être aussi peu corrélé que possible avec l'évolution macroéconomique de la Norvège et fournir des recettes pendant les années de vaches maigres.En France, la gestion des participations publiques est peu éloignée de cette logique purement financière. Les dividendes versés à l'État et surtout les plus-values réalisées lors des cessions intervenues ces dernières années n'ont rien à envier aux performances des investisseurs privés. Par ailleurs, l'État ne peut presque plus utiliser ses participations dans les entreprises publiques pour mener une politique industrielle. Deux facteurs s'y opposent : le contrôle tatillon des aides d'État par la Commission européenne et le rôle des actionnaires privés présents au capital des entreprises dans lesquelles l'État détient des participations.Dès lors, l'exemple des fonds souverains étrangers indique dans quelle direction pourrait évoluer la gestion des participations de l'État. Pour aller jusqu'au bout de la logique financière, il conviendrait de diversifier le portefeuille de participations publiques pour privilégier les actifs décorrélés de la conjoncture française, voire corrélés négativement avec elle. Cela pourrait prendre la forme d'investissements dans les pays émergents, ou plus généralement hors d'Europe, dans des secteurs dans lesquels la France est peu présente.Par exemple, investir dans des secteurs liés à la production de matières premières dont la France est importatrice nette permettrait d'amortir les chocs macroéconomiques induits par les fluctuations de leurs prix.Gaspillage.Toutes ces considérations peuvent sembler bien théoriques. Faute d'excédents budgétaires, comment l'État pourrait-il investir dans un portefeuille diversifié ? La réponse pourrait se trouver du côté des cessions de participations publiques . Ces dernières années, leur produit a été affecté principalement au remboursement de la dette publique pour éviter de trop s'éloigner du seuil de 60 % du PIB fixé dans le traité d'Amsterdam. En forçant le trait, on pourrait dire que le fruit de la bonne gestion des participations publiques a été gaspillé parce que la cagnotte miraculeuse versée à l'État chaque année a conduit à repousser la nécessaire rigueur budgétaire.On pourrait suggérer une autre voie, consistant à utiliser le produit des cessions d'actifs pour rééquilibrer le portefeuille des participations publiques selon une logique purement financière, dans le sens de la diversification géographique et sectorielle. Quant à la politique industrielle, elle relève d'autres outils : la fiscalité, la régulation du secteur bancaire et du marché du travail, et la réforme de l'université et de la recherche.

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