Ces entrepreneurs qui concilient business et engagement

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J'ai passé beaucoup de temps de ma vie à être schizophrène, tiraillé entre les écologistes activistes qui me reprochaient d'être le copain des patrons de multinationales et ces mêmes patrons qui me disaient que mes copains écolos voulaient revenir à l'âge de fer », témoigne François Lemarchand, président-fondateur de Nature & Découvertes, par ailleurs administrateur de WWF et adhérent de Greenpeace. « J'ai ensuite réalisé que l'entreprise était un outil phénoménal pour changer les choses. » D'où la création en 1990 du réseau de magasins Nature & Découvertes, tourné vers un public post-société de consommation. « Avec des amis, j'ai imaginé l'entreprise idéale, porteuse de valeurs comme la protection de la nature », se souvient-il. Une recherche de sens qui caractérise les entrepreneurs soucieux de réduire l'empreinte environnementale de leur business. « Chez nous, nous récupérions même les cartons pour emballer les produits », raconte Paul Petzl, président-fondateur de la société spécialisée dans le matériel d'alpinisme qui porte son nom. Comme son père, artisan, il fait lui aussi la chasse au gaspillage. « La seule raison pour laquelle je fais du business, c'est que j'ai une conception très pessimiste de la situation, confie de son côté Yvon Chouinard, fondateur et propriétaire de la société d'?outdoor? Patagonia. Mon objectif est ainsi de gagner de l'argent pour en reverser aux activistes qui agissent pour sauver la planète. » Une démarche globale au départ incomprise par le monde des affaires. « À l'époque, tout le monde s'est moqué de moi, mais j'y croyais tellement que j'ai ouvert 12 magasins en dix-huit mois, assure François Lemarchand. Maintenant, tout le monde est acquis à cette cause. » Tous montagnards, ces trois chefs d'entreprises sont des passionnés d'activités de plein air : alpinisme, escalade, spéléologie, surf? Un style de vie qui n'est pas sans influer sur le management de leur entreprise. Au siège de Patagonia, en Californie, les salariés vont skier ou surfer à l'envi. « Ils s'arrangent entre eux », explique Yvon Chouinard, adepte du « jean chemise ». « Mon seul souci est que le travail soit fait, peu importe la façon dont il est fait, ou le volume de travail fourni. » En 1993, Patagonia a même lancé du bénévolat de compétences, permettant aux employés de quitter un temps leur poste au profit d'une association, tout en restant rémunérés. Près de 750 employés sont ainsi partis en dix ans. Quant à Yvon Chouinard, il n'appelle jamais quand il s'absente. Une méthode de MBA (pour management par l'absence) dont s'est inspiré François Lemarchand qui passe, lui aussi, régulièrement deux mois dans la nature. « Pour moi, l'entreprise a historiquement vocation à apporter du bien à ses employés et à ses clients. Il est dommage de l'avoir oublié et d'appeler alter-entrepreneurs ceux qui le font. » Petzl, lui, instaure le « lean management » pour supprimer le gaspillage et le temps perdu, avec les salariés. « Les ouvrières apprécient de contribuer à faire évoluer leurs outils avec nous », explique Paul Petzl. Un moyen, selon lui, de préserver la compétitivité et donc de limiter les délocalisations.Engagement militantPour ces entreprises, l'engagement est aussi financier. « Que nous fassions du profit ou non, les problèmes environnementaux sont toujours là. C'est pourquoi on verse de l'argent aux activistes, même si on ne fait pas de profit », dit Yvon Chouinard, signataire du « 1 % for the planet ». Il privilégie les matières écologiques et n'hésite pas à fustiger la surconsommation. « Le consommateur est celui qui détruit. Si vous n'avez pas besoin de nos produits, ne les achetez pas ! » affirme-t-il. Nature & Découvertes, lui, ne se contente pas de verser 10 % de ses bénéfices à sa fondation. Trois cent cinquante mille clients participent aussi en donnant quelques euros. Quant à la fondation Petzl, qui dispose aussi de 10 % des bénéfices de la société, elle a permis de mener des actions de protection des oiseaux (l'aigle de Bonelli ou le gypaète barbu) et de la montagne. « Je veux avoir une action militante, quitte à prendre des risques sur mon image, si cela est polémique », revendique le fondateur.Le secteur est plus que jamais porteur, avoue Yvon Chouinard, mais Paul Petzl estime qu'une forte croissance n'est pas un but en soi et peut même s'avérer déstabilisante pour le personnel. Cette année, l'activité de Petzl a stagné. « Cela nous permet de nous concentrer sur notre organisation et de faire remonter les dysfonctionnements qu'on ne voyait pas en période de croissance. J'en suis très content ! » se félicite-t-il.

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