La défense de Vivendi contredite par une ex-salariée
La Tribune
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Le procès collectif (« class action ») de Vivendi a repris hier au tribunal fédéral du district sud de New York. Jeudi dernier, les plaignants ont appelé à la barre un de leurs témoins clés : Anne Brassens, chargée de mission à la direction financière de Vivendi de 1997 à mi-2002, où elle était responsable des négociations avec les banques.Quand Jean-Marie Messier (J2M) a présenté les résultats 2001 en disant que la société allait « mieux que bien », « j'ai décidé que c'était trop, et que je devais faire quelque chose », a expliqué l'ex-salariée. Elle contacte alors une journaliste du « Monde », Martine Orange. « Je voulais attirer l'attention sur le fait que les discours de Messier étaient trompeurs. » En effet, le PDG affirmait avoir généré 2 milliards de cash-flows opérationnels en 2001. Or ce chiffre consolidait le cash généré par des filiales comme Cegetel auquel la maison mère n'avait pas accès. En réalité, « au niveau de la maison mère, le cash-flow opérationnel était très proche de 0, de 0,1 précisément. J'étais très gênée de voir des chiffres très différents pour le même mot. J'ai attiré l'attention de la journaliste là dessus ».Après cela, « Le Monde » publiera en une un article affirmant que Vivendi était « proche de la cessation de paiements fin 2001 ». Mais l'histoire s'est mal terminée pour Anne Brassens. « La journaliste était peut-être surveillée, a-t-elle déclaré. Vivendi a donc assez vite su que je lui avais parlé. Trois semaines après, j'ai été convoquée aux ressources humaines. J'ai admis sans problème avoir parlé à cette journaliste. Mais j'ai dû quitter la société le jour même, en étant escortée jusqu'à la sortie. »Elle est alors licenciée pour faute ? donc sans indemnités. Elle attaque le groupe aux prud'hommes, arguant qu'elle n'a donné à la journaliste que des informations publiques, et non confidentielles. Les prud'hommes lui donneront raison, et lui accorderont les indemnités minimales (six mois de salaire).TromperieAnne Brassens, devenue aujourd'hui avocate, a aussi apporté son témoignage concernant l'accusation principale des plaignants, à savoir que Vivendi subissait une crise de trésorerie sans rien en dire. Selon elle, la situation de trésorerie était « périlleuse » fin 2001. « Nous avions du mal à trouver l'argent dont nous avions besoin. Les banques étaient presque saturées de prêts à Vivendi, et les discussions avec elles étaient difficiles. » Au printemps 2002, « nous n'avions pas le 1,4 milliard d'euros nécessaires pour payer le dividende, donc nous avons dû l'emprunter aux banques ». Pendant ce temps, « Messier multipliait les déclarations qui donnaient constamment l'impression que la société allait très très bien ».Face à cette accusation, Vivendi a décidé de se défendre en affirmant qu'« il n'y a jamais eu de crise de trésorerie », car la société « a toujours honoré ses factures ».Une ligne qui sera compliquée à tenir, car la société a tenu un discours inverse à l'époque. Le 14 août 2002, le nouveau PDG, Jean-René Fourtou, écrit à ses salariés et actionnaires : « Je vous dois la vérité. [?] Il y a eu une crise de liquidité à court terme dramatique. À mon arrivée, j'ai trouvé une entreprise au bord de la cessation de paiement. »Peu après, lors d'une procédure d'arbitrage contre J2M, la nouvelle direction accablera l'ex-PDG, l'accusant d'être à l'origine de plus de 100 milliards de pertes pour les actionnaires. Elle prétend que la crise de liquidité « menaçait l'existence même de la sociét頻. Et ajoute que les administrateurs « n'ont jamais été informés par M. Messier » de la crise de trésorerie, dont certains n'en ont appris l'existence que fin juin 2002.
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