L'insoluble équation de la dette américaine

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Ne jouez pas avec le feu ! L'avertissement lancé début février par Ben Bernanke contraste avec la réserve qu'il s'était jusque-là imposée sur les questions budgétaires. Aux républicains qui rechignent encore à relever le plafond de la dette fédérale, le président de la Réserve fédérale a rappelé que « les conséquences sur le système financier, la politique fiscale et l'économie seraient catastrophiques ». Au petit jeu des calculs politiques, c'est tout le monde qui risque d'être perdant.Se creusant tous les jours de quelques milliards de dollars, la dette publique américaine se rapproche à grands pas des 14.300 milliards autorisés. Selon les estimations du département du Trésor, elle devrait toucher cette barre entre le 5 avril et le 31 mai. Le temps presse donc : si le Congrès ne parvient pas à un accord, l'État fédéral serait alors contraint de suspendre une grande partie de ses opérations. Du paiement des retraites aux dépenses de guerre, jusqu'au remboursement des emprunts d'État... « Au-delà d'un certain point, les États-Unis seraient obligés de se placer en position de défaut de paiement », prévient Ben Bernanke.Mais pour les républicains, désormais majoritaires à la Chambre des représentants, pas question d'accepter un relèvement du plafond sans obtenir en échange de sévères coupes budgétaires. Et plus les jours passent et plus leur marge de négociation se renforce. Cette tactique s'était déjà révélée gagnante fin 2010 : en menaçant de bloquer l'extension des allocations chômage, ils avaient obtenu la prolongation des avantages fiscaux accordés sous la présidence Bush, notamment ceux des ménages les plus aisés. Une mesure aussi symbolique que coûteuse (545 milliards de dollars sur les deux prochaines années).Tous les observateurs s'accordent cependant à dire qu'un accord devrait être trouvé entre les deux camps, peut-être à la dernière minute. Car il serait difficile pour les républicains d'endosser la responsabilité d'un éventuel défaut de paiement des États-Unis. Dans un pays déjà traumatisé par la crise, qui s'est même mis à douter de son modèle et de sa puissance économiques, cela serait vécu comme un nouvel affront. Et cela aurait des conséquences politiques bien plus importantes en vue de l'échéance présidentielle de 2012.Le relèvement de ce plafond, aussi nécessaire soit-il, ne fera que repousser la question : comment réduire la dette quand le déficit devrait encore atteindre près de 1.500 milliards de dollars cette année ? À ce rythme-là, elle pourrait dépasser la barre symbolique des 100 % du PIB au cours des dix prochaines années. Lors de son discours sur l'état de l'Union, fin janvier, Barack Obama a bien insisté sur la nécessité de réduire l'endettement public. « Les États-Unis ne peuvent plus se permettre de remettre cela à plus tard, » a-t-il répété le week-end dernier avant de présenter lundi un budget 2012 qui permettrait de réduire de 1.100 milliards de dollars les déficits cumulés au cours des dix prochaines années. Ce plan reste cependant bien moins ambitieux que celui proposé en décembre par la commission bipartisane sur les déficits. Ses propositions chocs (hausse de l'âge de la retraite, réductions des dépenses du programme Medicare, baisse de 10 % du nombre de fonctionnaires, suppression de certains avantages fiscaux, hausse de la taxe sur l'essence...) auraient permis d'économiser 4.000 milliards de dollars en dix ans. Et de ramener le déficit à 2,3 % dès 2015. Mais elles ont suscité de vives critiques des deux côtés de l'échiquier politique. Si bien que, devant tant de remous, cette commission avait finalement échoué à se mettre d'accord sur un projet devant être présenté au Congrès.Entre démocrates et républicains, la recherche d'un consensus semble bien difficile. Les premiers s'opposent à toute coupe massive des dépenses publiques - notamment des prestations sociales - injuste et risquant de pénaliser la reprise. Les déficits finiront bien par se résorber avec le retour de la croissance, estiment-ils. Les seconds veulent réduire drastiquement le train de vie de l'État, poussés en cela par le Tea Party, cette mouvance ultraconservatrice qui a fait campagne en novembre dernier sur le thème du « big government ». Ils proposent de rogner les sorties de 100 milliards de dollars avant la fin de l'exercice budgétaire en cours, qui se termine le 30 septembre. Avant de s'attaquer encore plus fortement aux budgets des années suivantes.Il n'y a finalement qu'un seul point sur lequel s'accordent à peu près les deux camps : les impôts. Ce sont les grands absents du débat outre-Atlantique, aussi bien au niveau fédéral que dans la grande majorité des États. Pour résoudre l'équation des déficits et de la dette, la variable prélèvements fiscaux n'en est donc, en réalité, pas une.L'analyse

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