Hollande : le mur de la confiance, c'est maintenant !

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Le hasard du calendrier a voulu que l\'interview, imprévue et improvisée, du président de la République dans les jardins ensoleillés de l\'Elysée en ce 14 juillet 2013 a coïncidé avec l\'ascension, pour la quinzième étape du Tour de France, du Mont Ventoux, étape mythique s\'il en est, étape difficile et exigeante pour les coureurs (Nicolas Sarkozy, célèbre cycliste, en sait quelque chose !). Le symbole de la montagne provençale vaut bien qu\'on s\'y attarde, en ce moment très particulier du début du quinquennat de François Hollande, qui s\'apprête à engager, dans les mois qui viennent, l\'ascension la plus difficile, celle des réformes qui permettront, on l\'espère, de remettre la France dans la course. Sinon au maillot jaune, mais au moins au podium européen.Entendre le président de la République engager cette étape dopé par un souffle d\'optimisme peut faire sourire les sceptiques, mais c\'est après tout une bonne nouvelle de voir qu\'il y a au moins une personne en France qui croit en la reprise économique, et que cette personne soit le chef de l\'Etat. « La reprise est là », a donc assuré François Hollande comme un mantra. Il faut évidemment une certaine audace pour l\'affirmer, alors que les nouvelles restent inquiétantes. La France subit les conséquences de la récession européenne, ne parvient pas plus que les pays du sud à réduire ses déficits et à stabiliser sa dette, voit son taux de chômage s\'envoler à un rythme inquiétant tandis que les défaillances d\'entreprises (15.000 au deuxième trimestre) laissent entendre une toute autre musique.Le président de la République, enfermé dans sa tour de l\'Elysée, est-il victime de ce syndrome si courant qui affecte les monarques républicains, celui du déni de réalité et de l\'effet placebo, qui est à la politique ce que la médecine est au docteur Schnock ? Voir une brise printanière dans quelques signes encourageants de la production industrielle,de la consommation et des intentions d\'embauche est exagéré. François Hollande lui-même a d\'ailleurs reconnu que ce vent est encore très léger.Dans ces conditions, que peut faire le chef de l\'Etat, au moment où tous les Français sont ou vont entrer dans la trêve estivale ? Rassurer est incontestablement la fonction du chef de l\'Etat. Inspirer confiance est plus difficile, d\'autant que le président ne peut pas s\'appuyer pour cela sur celle des Français. Fixer le cap et s\'y tenir, voilà surtout la stratégie décidée par François Hollande, qui n\'a rien annoncé que l\'on ne sache déjà, ni sur les retraites, ni sur le projet de budget. Tout juste s\'est-il engagé à limiter le plus possible les hausses d\'impôts, qui de toute façon ont déjà été en grande partie annoncées (6 milliards d\'euros supplémentaires en 2014, principalement sur les entreprises). Il n\'y a guère de bonnes nouvelles à venir de ce côté là, la seule étant que le gouvernement et la majorité commencent à prendre conscience que le seuil de douleur fiscal est dépassé.... Poursuivre la baisse des dépenses de l\'Etat ? C\'est clair, le budget 2014 sera le premier à voir diminuer les crédits depuis trente ans. C\'est une bonne nouvelle, mais qui n\'est pas à la hauteur de la gravité de la maladie. L\'Etat parvient, sans doute, à mieux maitriser ses dépenses, mais il ne parvient pas à s\'attaquer aux vrais problèmes, c\'est-à-dire la dérive des dépenses sociales et des collectivités locales.« La France est un grand pays » et la responsabilité du président de la République est de la préparer à l\'avenir en investissant dans les technologies d\'avenir, le numérique, les transports de demain et la transition écologique... Très bien, mais les Français n\'attendront pas 2020 pour en voir les premiers effets. Il y a une impatience croissante dans le pays, et des résultats qui tardent. La conjoncture sera meilleure au deuxième semestre, dit François Hollande... Sans doute, même si ce n\'est pas encore garanti sur facture. François Hollande a raison d\'être optimiste et de dénoncer le pessimisme excessif de l\'opinion. Mais à force de montrer qu\'il temporise en attendant la reprise, il court le risque que la France ne soit pas prête au moment où celle-ci, inévitablement, se montrera effectivement. Le président de la République se repose à l\'excès sur ses acquis. Le principal à ses yeux, qu\'il met à toutes les sauces, est le Crédit d\'impôt compétitivité emploi mais celui-ci ne suffira pas à régler le problème de compétitivité des entreprises françaises. Le gaz de schiste pourrait être une solution, mais François Hollande a exclu de rouvrir ce dossier qui mettrait à bas son accord politique avec Europe Ecologie Les Verts. Le deuxième atout est l\'accord national interprofessionnel de janvier, traduit en loi de sécurisation du marché du travail, mais ce texte certes novateur est très loin d\'apporter la solution ultime aux freins à l\'embauche dans le privé, surtout dans les PME, peu concernées.Pendant que François Hollande parlait, ce dimanche 14 juillet 2013, pour ne pas dire grand chose, et que les coureurs cyclistes du Tour de France gravissaient le mont Ventoux, gagné au finish de façon magistrale par le maillot jaune Christopher Froome, les risques qu\'encourt l\'économie française demeurent et restent largement ignorés. Il est frappant de constater que le sujet de la crise de l\'euro n\'a même plus été évoquée par le chef de l\'Etat. Selon lui, « la crise est finie ». En réalité, depuis quelques semaines, elle ressurgit : le Portugal connaît une grave crise politique sur fond de rejet de l\'austérité et ses taux d\'intérêt flamblent. L\'Italie a été une nouvelle fois dégradée par les agences de notation. Et la France a perdu, vendredi 12 juillet, son dernier Triple A, celui accordé par l\'agence de notation française Fitch Ratings, au motif principalement que sa croissance est insuffisante pour crédibiliser le calendrier du désendettement. Il ne manquerait plus que les taux d\'intérêt poursuivent leur ascension en France pour que François Hollande, déjà affecté par le mur de la défiance qui éreinte sa popularité et sa capacité à agir, rencontre désormais le fameux « mur de l\'argent » qu\'il a jusqu\'ici réussi à éviter. La chance ne dure pas toujours. Et le compteur tourne... 

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