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Publié le 15 décembre 2009 à 00:45 - Mis à jour le 15 décembre 2009 à 00:45

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Que va-t-il se passer ce mardi ? Les douze membres du conseil d'administration d'Accor se réunissent ce mardi matin pour étudier « la pertinence » d'une séparation du groupe en deux, en fonction de ses deux métiers. Avec, d'une part, l'hôtellerie et, de l'autre, les titres de paiement, le plus connu étant le fameux Ticket Restaurant. Dans l'hypothèse probable d'un vote en faveur de cette scission, le processus de séparation des métiers entrera dans sa phase active. Les opérations d'évaluation et de répartition des actifs et des dettes seront lancées. Les procédures d'informations et de consultations des salariés devront être mises en place. La tâche s'annonce longue, toutefois, car les syndicats de salariés ont déjà manifesté leur opposition à cette opération. Enfin, bien sûr, les actionnaires d'Accor seront consultés en assemblée générale. Si le projet est mené jusqu'à son terme, ces étapes devraient durer plusieurs mois au total. Mais l'opération pourrait néanmoins être effective au second semestre 2010. Quelles sont les forces en présence ? Gilles Pélisson, le président-directeur général d'Accor, d'abord opposé à la séparation des deux métiers, est désormais favorable à cette scission du groupe fondé par son oncle. Les deux principaux actionnaires, le fonds américain Colony Capital représenté en France par Sébastien Bazin, et la société d'investissement Eurazeo, militent eux aussi fortement pour une telle séparation. Leur position est décisive puisque, à eux deux, ils cumulent 30 % du capital et 4 des 12 sièges du conseil d'administration. Les autres administrateurs, qualifiés d'indépendants, parmi lesquels les présidents de McDonald's Europe, de La Poste et de Danone, n'ont pas encore fait connaître leur opinion, mais ils ne semblent pas opposés au projet. Seul le Fonds stratégique d'investissement (FSI), détenu majoritairement par la Caisse des dépôts, est ouvertement hostile à cette opération qu'il juge « risquée ». Le FSI peut-il empêcher une scission d'Accor ? Non. Ce fonds doit se contenter d'une position d'actionnaire minoritaire. Il ne détient que 7,4 % du capital d'Accor. De plus, lors du transfert de cette participation de la Caisse des dépôts (CDC) vers le FSI, les droits de vote double ont été perdus. Cette participation ne pèse désormais que 6,74 % des droits de vote. Le FSI ne siège pas directement au conseil d'administration, car c'est toujours le représentant de la CDC, Alain Quinet, qui occupe le poste d'administrateur. « J'ai parfaitement conscience des lois arithmétiques », s'est déjà résigné Gilles Michel, le directeur du FSI, dans une interview au « Figaro » vendredi. Le FSI peut juste brandir la menace de vendre ses parts et ainsi de peser sur le cours de Bourse d'Accor. Mais il se refuse à exercer un tel chantage. Pour le moment, le FSI n'a pas détaillé les arguments justifiant son opposition à la scission. Sa crainte est que cette opération détruise un « champion national », notion chère aux yeux de la CDC. Dans tous les « travaux » d'Accor sur les avantages de la scission, Gilles Michel affirme n'avoir vu « aucun élément qui rende nécessaire, en décembre 2009, d'engager la scission d'Accor ». De son côté, le groupe hôtelier estime qu'il peut se passer du feu vert de la CDC et du FSI, quitte à se fâcher avec ces investisseurs institutionnels. Pourquoi Accor veut-il se scinder en deux activités distinctes ? Depuis la fin de l'été dernier, Accor a la conviction que ses métiers de l'hôtellerie et des services prépayés seront mieux valorisés séparément. Selon la direction du groupe, la Bourse préfère les « pure players », ce qui expliquerait la mauvaise performance boursière d'Accor, dont la valorisation est inférieure de 30 % à celle de ses concurrents anglo-saxons, « pure players » de la franchise hôtelière. Cette situation est mal vécue par Gilles Pélisson qui avait promis, en janvier 2006, lors de son arrivée aux commandes, de « réveiller la belle endormie ». Raté. Après un plus-haut vers les 75 euros, l'action a retrouvé sa vitesse de croisière sous la barre des 40 euros, soit un peu moins que le niveau enregistré lors de l'entrée en fonction de Gilles Pélisson. Le groupe n'a pourtant pas ménagé ses efforts. Près de 4 milliards d'euros de cessions d'actifs non stratégiques ont été réalisés depuis 2006, des sommes redistribuées aux actionnaires sous forme de dividende ou de rachat d'actions. Cotés séparément, les deux métiers d'Accor valent-ils plus cher ? Les analystes financiers en sont convaincus. Notamment si les deux activités deviennent entièrement distinctes, sans lien capitalistique entre elles. Ensemble, les activités d'Accor souffrent d'une décote de holding. La capitalisation boursière du groupe ressort actuellement à 8,6 milliards d'euros. Selon les différentes estimations, la division services vaut à elle seule autour de 6 milliards. Dans ces conditions, cela veut dire que la division hôtellerie, qui conserve encore des actifs immobiliers inscrits dans les comptes pour 6 milliards, ne pèse pas lourd dans la capitalisation. Au total, la valorisation séparée des métiers d'Accor approcherait les 12 milliards d'euros. Dans cette perspective, les objectifs de cours des analystes sont compris entre 45 et 56 euros par action. Toutefois, une fois la scission réalisée, Accor ne devrait plus figurer dans l'indice CAC 40. Les deux métiers d'Accor sont-ils indépendants l'un de l'autre ? Le PDG Gilles Pélisson en a la certitude. L'indépendance de fonctionnement du modèle économique des services financiers ne fait de doute pour personne. Accor Services a bénéficié d'une croissance moyenne annuelle de son chiffre d'affaires à périmètre et change constants voisine de 9,4 % et d'une hausse du résultat avant impôt de 12,1 %. Cette activité ne pèse que 13 % du chiffre d'affaires consolidé, mais elle apporte traditionnellement près de 40 % du bénéfice d'exploitation du groupe. Les interrogations sont donc concentrées sur la branche hôtellerie. L'équipe de Gilles Pélisson tente d'orienter ce métier vers un mode de fonctionnement moins consommateur de capitaux. Ainsi, à l'avenir, les ouvertures d'hôtels seront réalisées en franchise ou sous contrat de gestion, plutôt qu'en achetant les murs des établissements exploités. Dans l'ancien schéma, les liquidités de l'activité titres services servaient à financer le développement immobilier de l'hôtellerie. Accor n'a pas encore totalement achevé sa mutation : 56 % des hôtels du groupe sont désormais exploités sous des formules qui permettent de limiter la volatilité des résultats. Ce n'est pas encore suffisant et, dès que la conjoncture s'améliorera, la mutation du modèle sera certainement accélérée. Pour le moment, la crise économique mondiale a donné un coup de frein au programme de cessions immobilières. Pourquoi Accor est-il présent dans les titres services ? Le modèle économique de ce titre de paiement a été inspiré d'un concept né au Royaume-Uni et repris en France en 1967 par l'entrepreneur Jacques Borel (créateur des restaurants Arche, de l'enseigne d'hôtellerie Sofitel, et des restaurants Courtepaille). Le plus connu des titres services est le titre restaurant, utilisé sous la marque Ticket Restaurant par le groupe Accor. Or, en 1983, Jacques Borel a fusionné sa société avec Novotel pour donner naissance au groupe Accor. Ce dernier est donc, depuis son origine, construit sur un modèle « à deux jambes » : d'un côté, les services générateurs de cash et peu sensibles aux aléas conjoncturels, et de l'autre, l'hôtellerie, activité peu cyclique dont le développement nécessitait de lourds investissements. Est-ce le bon moment pour effectuer ainsi une scission du groupe Accor ? L'avenir le dira. En attendant, Accor a été fortement impacté par la dégradation de la conjoncture économique. Son résultat net pour le premier semestre est tombé dans le rouge à hauteur de 150 millions d'euros, après un bénéfice de 310 millions un an plus tôt sur la même période. Pour l'ensemble de l'exercice 2009, Accor a prévu d'annoncer en février prochain un bénéfice avant impôts compris entre 400 et 450 millions d'euros, soit moitié moins qu'en 2008. Plus que jamais en 2009, le bénéfice de la division services va peser lourd dans le résultat du groupe.

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