« On ne peut pas être vert à Copenhague et libéral à Paris »

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Ségolène Royal, présidente du conseil régional de Poitou-Charentes Quel sera votre message à Copenhague ?Je suis invitée à la Journée des régions du monde, car chacun a bien compris qu'aujourd'hui la mobilisation est attendue à tous les étages si l'on veut enrayer la marche vers la catastrophe planétaire. Il faut une vision globale mais des actions locales. Poitou-Charentes est exemplaire, avec notamment le premier plan solaire soutenu par la Banque européenne d'investissement, à hauteur de 400 millions d'euros. J'ai aussi obtenu à Copenhague la présence de la voiture électrique Heuliez, qui va ainsi bénéficier d'une vitrine mondiale exceptionnelle. Parce que nous avons décidé de respecter le protocole de Kyoto, nous avons axé toute notre politique sur la croissance verte, en investissant dans les énergies renouvelables. Et nous sauvons des emplois. Il faut une mutation de toute la chaîne. Et parce que nous agissons localement, nous pouvons aider les autres à agir, notamment dans les pays les plus vulnérables. À ce titre, la coopération que nous avons lancée en 2006 avec la région de Fatick, au Sénégal, a été reconnue exemplaire par le Pnud.Cette coopération régionale est-elle destinée à accélérer l'engagement des États ?Ce que nous parvenons à faire régionalement, tout État peut décider de le faire à l'échelle nationale. Le développement durable ne se découpe pas : un bout pour les transports, un bout pour les éoliennes, un bout pour les énergies renouvelables. C'est une politique globale. Ce ne sont pas des incantations, le président Obama l'a bien compris. Son engagement dans la mutation écologique comme l'un des leviers de sortie de crise est majeur. Il a investi plus de 2 milliards dans le véhicule électrique. J'aurais aimé qu'on en fasse autant en France. On ne peut pas être vert à Copenhague et libéral à Paris. Il faut choisir.Beaucoup estiment que le sommet de Copenhague n'aboutira qu'à un accord de façade. Est-ce votre sentiment ?Je suis d'un optimisme raisonnable. L'urgence est telle que je ne peux pas imaginer des gouvernements irresponsables au point de se contenter d'un accord de façade. Les conséquences en seraient dramatiques, ne serait-ce que pour l'accès à l'eau potable, première menace du réchauffement climatique.Que pensez-vous de l'engagement de Nicolas Sarkozy ?J'ose espérer qu'il n'instrumentalisera pas Copenhague pour des raisons de politique intérieure. L'engagement européen me va. On aimerait plus d'actes concrets en France. En revanche, l'aide au développement durable pour les pays pauvres et vulnérables me paraît pour le moment insuffisante. Je suis favorable à la taxation des transactions financières, mais il faut aussi en définir les circuits courts. Si j'avais une mesure à porter au nom des régions, ce serait de participer à la gestion d'un fonds vert pour le développement durable des pays en voie de développement, car de région du Nord à région du Sud, c'est plus efficace.Vous avez été la seule responsable politique à rejeter la taxe carbone. Vous restez sur cette position ?Je maintiens que la taxe carbone tient plus du racket fiscal que de la politique écologique. On ne fait pas de l'écologie en punissant. J'entends bien les Verts expliquer qu'il faut bien commencer par quelque chose. Justement, il y a mille façons de commencer. Mais pas par une taxe. Permettre par exemple aux citoyens d'abord d'accéder aux véhicules propres et ensuite taxer. Et appliquer le principe du pollueur-payeur.Nicolas Sarkozy a attaqué ce qu'il appelle « l'invraisemblable stratégie de la décroissance » des écologistes?Comme souvent, le chef de l'État caricature. Il faut une nouvelle façon de consommer, plus sobrement. Le système où les êtres humains et l'environnement ne sont que des moyens au service du capitalisme financier s'est effondré avec la crise. Nous sommes à la recherche d'une nouvelle voie, qui allie le développement durable, l'efficacité économique, le progrès social et éducatif. Ne créons pas de faux débats sémantiques pour éluder le véritable défi de civilisation que nous devons relever.

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