Le regard politique d'Hélène Fontanaud : Docteur Éric et Mister Besson

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L'histoire est désormais publique. Lorsqu'Éric Besson a été nommé à la succession de Brice Hortefeux, il a souhaité que soient inversées les attributions de son ministère pour que l'identité nationale précède l'immigration dans les priorités. Étrange v?u, venant de celui-là même qui changea spectaculairement d'identité en pleine campagne présidentielle de 2007, en brouillant la ligne gauche-droite? pour la plus grande joie du Front national (FN), qui tenait là enfin un spécimen de « l'UMPS ». L'histoire de « l'ouverture » retiendra que Nicolas Sarkozy a refusé, comme troublé tout à coup par l'enthousiasme de son tout nouveau ministre de droite. Et jugeant que la polémique sur un ministère, déjà rebaptisé « de la honte » par la gauche, serait ainsi inutilement relancée. Quelques mois plus tard, Éric Besson portait sur les fonts baptismaux son « grand débat », faisant de l'identité nationale le fer de lance de la reconquête d'un électorat FN séduit par Nicolas Sarkozy en 2007 mais apparemment tenté, à mi-mandat, par le retour au vote extrémiste de droite ou l'abstention pour les régionales de mars.Détesté à gauche, pas encore aimé à droiteAujourd'hui, Éric Besson demeure pour le grand public un inconnu, qui suscite au mieux la défiance et au pire le rejet? et très peu la sympathie. « C'est normal », a jugé le transfuge du PS, avant de défendre un débat conçu pour « renforcer le pacte républicain ». Blessé par ceux qui le comparent aux socialistes tombés dans la collaboration avec le régime de Vichy, au point qu'il a porté plainte, Éric Besson nous a fait vivre une étrange soirée télévisée cette semaine, lors de l'émission « À vous de juger », ne parvenant jamais à unir ses deux visages, celui de l'expulseur des réfugiés afghans, renvoyés sans état d'âme dans un pays en guerre, et celui du pupille de la nation né au Maroc, avocat d'un islam de France « laïcisé ». Ancien socialiste, Éric Besson est favorable « à titre personnel » au droit de vote des étrangers aux élections locales. Ministre de Nicolas Sarkozy, Éric Besson est pourtant prêt à attendre, puisque l'actuel chef de l'État a affirmé qu'il n'en ferait pas une réalisation de son quinquennat. S'y ajoute, souligne le ministre de l'Immigration, l'hostilité de l'UMP, le parti auquel il appartient aujourd'hui. Détesté par la gauche et l'extrême gauche, il n'est pas encore aimé par la droite. Quant à l'extrême droite, elle s'amuse d'affronter, comme l'a dit Marine Le Pen jeudi soir, quelqu'un qui est capable « à la fois de faire le socialiste et l'UMP ». « Les gens ne sont pas noirs ou blancs, ils sont gris », avait coutume de dire François Mitterrand au sujet des itinéraires politiques contrastés, notamment le sien sous l'Occupation. Éric Besson est le premier à faire mentir ce constat.

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