Du Yukon à Terre-Neuve, 8.298 kilomètres de francophonie. Aujourd'hui :

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Tout a commencé avec le «?flower power?». Ou, devrait-on dire, le «?pouvoir de la fleur?», puisque Cécile Girard insiste?: elle veut parler français, même à Whitehorse, dans le Yukon, un petit bout de terre au nord-ouest du Canada, peuplé majoritairement d'anglophones. «?C'est facile de tomber en amour avec cette contrée, dit-elle, surtout en mai.?» C'est à cette époque de l'année que l'ancienne «?baba cool?», qui garde encore un petit air hippie, avec ses cheveux frisottés et ses jupes longues, est arrivée en ville, dans les années 1980. Si elle a hérité le français de ses parents, des Québécois de longue date, elle a voulu que ses enfants l'apprennent à l'école. «?Il n'y avait rien ici?», dit-elle. Des francophones, il y en avait eu, du temps de la ruée vers l'or, quand certains aventuriers d'origine française passaient du Colorado à la Californie, de la Californie au Klondike. Il fallait des semaines, sur un bateau à aubes, pour rejoindre Dawson City, à près de 700 kilomètres de Whitehorse. Dawson, ville mythique, avec ses promesses de richesse et ses lieux de perdition. Après, plus rien. Les filons se sont épuisés, le territoire a hiberné. À moins 45 degrés l'hiver, il vaut mieux rester au coin du feu. D'ailleurs, les jours de grand froid, ceux qui, de plus en plus nombreux, font un retour à la terre en s'installant dans de petites bicoques, sur les immenses étendues quasi vierges du territoire, ont le droit de sécher leur travail pour rester alimenter leur poêle. La ville - une bourgade, plutôt - avec ses quelques rues grises, un Tim Hortons, qui dispense café et muffins, deux restaurants, quelques écoles, dont une francophone, et une maison communautaire, ne cesse de changer. D'autant que le territoire recherche de nouveaux immigrants. Si le chômage est passé de 3?% à 6?% ces derniers temps, les bras manquent toujours. Ainsi, l'un des restaurants de la ville a dû fermer, faute de personnel. Au-delà de ses 30.000 résidents, le territoire, presque aussi grand que la France métropolitaine, a battu un record en 2009 et accueilli quelque 350 nouveaux venus d'Asie, d'Amérique latine, mais aussi du Québec, de France, et même du Mali. Du coup, pas question de laisser passer l'occasion d'y asseoir la langue française, puisque 12?% de la population est francophone. Cécile Girard a lancé, en 1983, L'Aurore boréale, qui tire à 1.000 exemplaires toutes les deux semaines. «?C'est un geste politique que de publier en français?», explique la directrice du journal. Des nouvelles locales et des informations sur les services que les habitants peuvent exiger en français en matière de justice, de sécurité publique, de santé. D'ailleurs, selon elle, l'État faillit encore à ses obligations dans ce domaine... Sylvain Belmondo s'en fiche un peu. Il est arrivé de France il y a quelques mois et veut s'intégrer avant tout. Pour cela, il apprend l'anglais. «?J'ai troqué Prada pour la nature et la liberté?», s'exclame-t-il. Mamadou Traoré est moins enthousiaste. Débarqué du Mali, où il avait épousé une Yukonaise, prof à l'école américaine de Bamako, il est un peu perdu. «?Ce n'est pas la neige, du début octobre à la fin avril, qui me dérange, mais je parle mal l'anglais, et je peine à trouver un emploi stable?», avoue-t-il. Lui qui rêvait d'être artiste se retrouve à décharger des camions. Trouvera-t-il un jour le bon filon?? Stéphanie Chevalier - une Orléanaise - chargée du recrutement des immigrants, ainsi que tous les autres francophones qui tentent de l'intégrer, l'espèrent...

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