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L'ascenseur OU la révolution de la hauteur

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Publié le 15 août 2010 à 21:33 - Mis à jour le 15 août 2010 à 21:33

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New York, Shanghai, Singapour, Dubai?: les villes emblématiques du monde moderne sont hérissées de gratte-ciel. Cette course à la hauteur n'aurait jamais été possible si les ascenseurs n'avaient pas été inventés. Ainsi, la plus haute tour du monde, Burj Khalifa à Dubai, qui tutoie les 830 mètres et a été inaugurée en janvier dernier, compte 57 ascenseurs?! Deux d'entre eux, réputés les plus rapides du monde, filent à la vitesse de 18 mètres par seconde. Inventé au milieu du XIXe?siècle, l'ascenseur a révolutionné l'architecture, en lui permettant de se penser en hauteur.Des siècles durant, pourtant, les hommes ont cherché le moyen de s'élever sans y parvenir. S'il existait des systèmes de levage des matériaux (cabestans, treuils, monte-charge), le transport de personnes à la verticale restait un rêve. Vers 1743, des «?chaises volantes?» font bien leur apparition au château de Versailles et au palais Mazarin. Mais le système est rudimentaire. Si elles sont déjà équilibrées au moyen d'un contrepoids, l'occupant doit utiliser sa propre force et tirer sur une corde pour faire monter ou descendre la chaise.La révolution industrielle change la donne. Dans les mines, germe l'idée de concevoir des ascenseurs. Les premiers monte-charge à vérin hydraulique, qui jouent sur la pression de l'eau, font leur apparition. Puis les premiers monte-charge actionnés par des machines à vapeur sont mis au point, tandis qu'apparaît le contrepoids. Mais des accidents mortels se produisent suite à la rupture des cordes de traction. Faire monter ou descendre des personnes demeure une entreprise particulièrement hasardeuse.Tout le génie de l'Américain Elisha Graves Otis, considéré comme le père de l'ascenseur, consistera à mettre au point un système de frein parachute révolutionnaire. Ce maître mécanicien invente en 1853 un dispositif capable de stopper la cabine et d'assurer la sécurité des personnes en cas de rupture du câble. Il présente son invention lors d'une exposition dans le hall du Crystal Palace à New York, en 1854. Avec brio.Otis n'hésita pas prendre lui-même place sur le monte-charge de telle manière que tout le monde puisse bien voir. Puis il donna l'ordre de couper la corde. Le mécanisme de parachute à ressort s'engagea alors dans les barres à cliquets, immobilisant la plate- forme. Le premier moment de stupeur passé, l'assistance applaudit vigoureusement. Le «?New York Times?» qualifia cette performance d'«?audacieuse?» et de «?sensationnelle?».Trois ans plus tard, en mars?1857, Elisha Otis installa le premier ascenseur à usage public dans un magasin de porcelaine, haut de cinq étages. La vitesse de l'appareil ne dépassait pas 0,2 mètre par seconde mais il était déjà capable de transporter 5 à 6 personnes.Elisha Otis disparaît prématurément en 1861. Mais ses fils, Charles et Norton Otis poursuivent son oeuvre, fondent la Otis Brothers & Company et déposent 53 brevets sur la conception des ascenseurs et leurs dispositifs de sécurité. Puis, l'histoire s'accélère. En 1864, l'ingénieur français Léon Edoux reprend l'idée d'utiliser la pression de l'énergie de l'eau pour transporter des personnes. Il invente le mot «?ascenseur?». À l'occasion de l'Exposition universelle de 1878, il installe un ascenseur hydraulique sur une des tours du Trocadéro, permettant de transporter 80 passagers à soixante mètres de hauteur à la vitesse de 1,10 mètre par seconde. Mais c'est un Allemand, Werner von Siemens, qui donnera naissance deux ans plus tard à l'ascenseur doté d'un moteur électrique.L'Exposition universelle à Paris en 1889 avec l'inauguration de la tour Eiffel marque un moment fort. Dès l'ouverture de la tour ou presque, cinq ascenseurs permettent aux visiteurs de s'élever en toute sécurité pour contempler tout Paris?: deux ascenseurs Otis sont installés dans les piliers inclinés, un ascenseur Edoux dans la partie verticale, deux ascenseurs Roux-Combaluzier dans les piliers ouest et est. Pour l'époque, il s'agit d'une véritable prouesse technique. Jamais auparavant de telles contraintes et de telles charges n'avaient été combinées.Tout au long du XXe?siècle, l'ascenseur va progressivement se perfectionner, s'industrialiser et se démocratiser. En 1903, Otis met au point l'ascenseur électrique sans réducteur de puissance et assorti d'un moteur à courant continu, dont la vitesse de déplacement favorise la construction d'immeubles plus élevés. Conçu à ses débuts dans des matériaux nobles parce qu'il est l'apanage des gratte-ciel et des grands hôtels, l'ascenseur va petit à petit gagner les immeubles d'habitation. Ainsi, le parc français d'ascenseurs passera de 60.000 appareils en 1963 à 220.000 en 1978. Puis les ascenseurs s'automatiseront, entrant dans l'ère de l'électronique. L'application de l'automatisation aux appareillages d'ascenseur permet de mettre en batterie de plus en plus d'ascenseurs. L'arrivée de l'informatique et des microprocesseurs dans les années 1980 améliorera encore la vitesse de déplacement, la précision d'arrêt, et permettra d'équiper les appareils de systèmes de télésurveillance.À présent, les ascenseurs doivent relever un nouveau défi?: celui du développement durable. En France, le parc existant est vétuste. Sur 450.000 ascenseurs accessibles aux personnes (y compris les monte-charge), la moitié a plus de 25 ans. De nombreux monte-charge font appel à des systèmes à piston hydraulique utilisant des litres d'huile et qui sont aussi très gourmands en électricité. Dans les années 1990, beaucoup d'appareils hydrauliques ont en effet été installés par souci d'économies.Aussi les fabricants d'ascenseurs ont-ils pris le train des économies d'énergie. L'américain Otis a lancé en 2008 son modèle GeN2, dont le moteur synchrone à aimants permanents promet «?une réduction de la consommation électrique de 30?% par rapport à une machine traditionnelle?». Les ascenseurs anciens sont en effet souvent équipés de réducteurs de vitesse mécaniques, avec pour conséquence un mauvais rendement. Aussi les ascensoristes ont-ils généralisé les machines dites «?gearless?», sans réducteur, pilotées notamment par un variateur de fréquence, qui consomment moitié moins d'énergie que les générations antérieures.Le finlandais Koné a mis au point son MonoSpace 2.6 qui génère une économie d'énergie «?d'au moins 50?%?» par rapport à un ascenseur conventionnel, en combinant un système de traction et de récupération d'énergie performant, l'éclairage par diodes électroluminescentes, ou encore une mise en veille automatique après le dernier appel.Sophie Sanchez

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