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4 % de déficit extérieur ou les mauvais calculs de l'administration américaine

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Publié le 15 novembre 2010 à 22:22 - Mis à jour le 15 novembre 2010 à 22:22

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Dans l'hilarant « Guide du voyageur galactique », « trilogie en quatre parties » de Douglas Adams et oeuvre-culte au Royaume-Uni dans les années 1980, un hyperordinateur fournit, après un calcul long de sept millions d'années, la réponse à la « question ultime sur la vie, l'univers et le reste » : c'est 42.Eh bien, depuis une semaine, grâce au secrétaire au Trésor américain, Tim Geithner, nous savons que la réponse ultime aux problèmes de l'économie mondiale est « 4 % ». Ce nombre magique constitue en effet, selon lui, la limite tolérable, en points de PIB, des surplus ou déficits de la balance courante des États. Les esprits chagrins qui ont relevé que cette valeur mettait hors la loi une poignée de pays (Chine, Allemagne et Arabie Saoudite côté excédents, Espagne, Turquie, Afrique du Sud côté déficits) mais épargnait miraculeusement les États-Unis sont médisants. Cela prouve simplement que la nature est bien faite - ou que Dieu est américain.Martin Wolf s'est emparé de la proposition de M. Geithner pour reformuler avec pertinence les problèmes que soulèvent ces excédents/déficits excessifs et les montagnes de dettes et d'avoirs accumulés dans le monde, saluant - avec une étonnante candeur - le caractère « innovant » de l'approche du secrétaire au Trésor, censée mettre un terme aux « interminables frictions sur les taux de change ».En vérité, tout cela laisse perplexe. D'abord, on ne fait que redécouvrir ce que tout le monde savait déjà : les uns vivent trop à crédit, les autres ne consomment pas assez ou ne redistribuent pas, dans leurs marchés intérieurs, leurs excédents, par exemple en mettant en place des couvertures sociales qui réduiraient le taux d'épargne excessif des ménages. Bref, le monde souffre d'une allocation sous-optimale des capitaux, ce n'est pas un scoop. Mais surtout, tandis que l'on discute des 4 %, on évite - serait-ce l'effet recherché ? - le vrai sujet : quand engagera-t-on une véritable négociation multilatérale pour réduire les déséquilibres ? Qui fera le premier pas ? Quand la liberté de commercer se doublera-t-elle d'un souci d'équité sociale ou environnementale ? En d'autres termes, voilà une énième innovation... rhétorique, qui dissimule l'absence de démarche programmatique et de volonté d'avancer, notamment côté américain. Le résultat du G20, dont nous avions annoncé par avance dans ces colonnes qu'il relèverait plus de l'opération de communication que d'une véritable négociation, en est l'illustration flagrante.Enfin, si l'on ne parle plus des devises, c'est par pur artifice. On peut en effet volontiers convenir que les parités monétaires ne sont pas la cause unique du désordre, mais il n'empêche que la gestion unilatérale par les États-Unis et la Chine de leur monnaie constitue bien une difficulté majeure. En attendant un hypothétique « nouveau Bretton-Woods » et en l'absence d'un mécanisme global d'équilibrage encore à inventer, l'ajustement par les taux de change, quoique imparfait, permettrait de réduire les distorsions. Le FMI ne rappelait-il pas en avril que « le choix de maintenir une sous-évaluation de la monnaie - avec pour effet collatéral l'accumulation de réserves - peut retarder durablement l'ajustement des pays en excédent » ? « Les économies qui empêchent artificiellement leur monnaie de s'apprécier enclenchent un cycle de non-évaluation compétitive, au risque de créer de l'inflation ou des bulles », renchérissait, le 6 octobre, un certain... Tim Geithner.La question de la parité yuan-dollar resurgit donc, tels les conflits refoulés dans l'inconscient. Je comprends qu'il ne faille pas froisser les oreilles pékinoises, mais à trop vouloir éviter les sujets qui fâchent, le G20 finira par ressembler à un repas de famille : on n'y parlera plus que du temps qu'il fait. Et encore, à condition d'éviter le changement climatique...ParOlivier Lecomte Professeur de finances à Centrale Paris

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