« Pour Standard Chartered, il est temps d'investir en Afrique »

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Standard Chartered est un peu un «ovni» dans le secteur bancaire européen. Fondée en 1853, elle a son siège à Londres, mais tout son état-major est basé à Singapour. La banque réalise 15 milliards de dollars de revenus annuels dont 90 % en Asie. Implantée dans 71 pays à travers le monde, elle compte plus de 77.000 employés. «StandChart» vient de réaliser une augmentation de capital de 3,3 milliards de livres (3,9 milliards d'euros) pour se conformer aux règles prudentielles de Bâle III. Comment avez-vous accueilli les règles prudentielles de Bâle III ?Il était indispensable de renforcer le capital des banques. Mais il faut que ces règles soient les mêmes pour toutes les banques, ce qui n'est pas le cas actuellement. Les Suisses, par exemple, imposent des niveaux de fonds propres supérieurs à ceux de Bâle III. Avec les Australiens, ils demandent de remplir les nouvelles exigences dès 2013 alors que les régulateurs laissent une période de transition jusqu'en 2018. Du coup, les marchés veulent anticiper l'application de ces règles. Nous pensons d'ailleurs que le régulateur britannique (FSA) pourrait aussi avancer la date butoir à 2013. Pourquoi avoir lancé une augmentation de capital aussi rapidement ?Les règles prudentielles de Bâle III ont créé de l'incertitude sur des levées de fonds massives. Nous avions le choix entre attendre et miser sur la croissance organique pour générer du capital ou faire appel à nos actionnaires pour investir dans les pays émergents. Notre augmentation de capital de 3,9 milliards d'euros va nous permettre de financer notre croissance dans les pays émergents, tout en respectant des exigences de fonds propres plus élevés. Une fois l'opération bouclée, notre ratio de solvabilité sera de 11 %.Que répondez-vous aux banques françaises qui vous accusent de les pousser à augmenter leur capital ?Nous ne sommes pas dans la même situation. Notre présence dans les pays émergents fait que notre rentabilité est supérieure à la leur, ce qui nous autorise à demander de l'argent à nos actionnaires. Elles sont davantage concentrées sur leurs marchés domestiques où la croissance et la rentabilité ne sont pas suffisantes pour nous imiter. Notre choix ne les pousse pas à nous suivre mais à clarifier leur stratégie pour remplir les règles de Bâle III. Quelle est la stratégie de Standard Chartered ?Nous développons tant la banque de détail que la banque de financement et d'investissement. Cette division va réaliser une croissance de 15 % à 20 % par an car nous sommes implantés dans les pays émergents. En banque d'investissement, nos effectifs ont quadruplé de 4.500 en 2002 à 16.500 aujourd'hui. Dans les deux prochaines années, nous envisageons également d'embaucher 4.000 personnes pour la région de l'Asie du Sud-Est pour l'ensemble de nos activités.Vous êtes une banque britannique perçue comme asiatique, quelle part de votre chiffre d'affaires réalisez-vous dans cette région ?C'est vrai, notre siège est à Londres mais toute notre direction opérationnelle est à Singapour. Nous réalisons déjà 90 % de nos revenus en Asie où nous sommes présents dans 23 pays. En Chine, nous avons pris une participation dans Agricultural Bank of China et disposons déjà de 60 agences. Dans ces pays, nous sommes si bien implantés que nos concurrents directs ne sont pas les banques étrangères mais les établissements locaux. Nous venons aussi d'ouvrir des bureaux en Afrique (en Angola et Libye) et nous avons l'intention d'en ouvrir également en Mongolie.L'Afrique est-elle votre nouvelle cible ?La crise a prouvé qu'il est temps d'investir en Afrique. Nous sommes présents dans 15 pays africains comme la Zambie, le Ghana ou encore le Nigéria où nous doublons le nombre de nos agences depuis trois ans. Il y a d'énormes capacités dans les infrastructures, dans l'énergie, les mines et les métaux. Nous pensons que nos revenus augmenterons d'environ 15% par an en Afrique et que le continent pèsera pour 10% à 15% de nos revenus à terme. En 2009, les revenus de notre banque d'affaires en Afrique ont bondi de 31%. Cette stratégie est très cohérente avec notre présence asiatique puisque cette année, la Chine a investi 100 milliards de dollars en Afrique et l'Inde, 38 milliards de dollars. Les deux continents sont étroitement liés l'un à l'autre.

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