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L'analyse d'Erik Izraelewicz : éloge de la lenteur

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Publié le 17 avril 2010 à 13:06 - Mis à jour le 17 avril 2010 à 13:06

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La cuisine est souvent révélatrice de tendances. La mode du « slow-food », née en Italie il y a quelques années, nous apprend ainsi peut-être quelque chose sur ce qui est en train de se jouer dans l'économie, à l'issue de la crise : un retour du temps long et une réhabilitation de la patience. Le fast-food avait été un incontestable progrès - il nous avait fait... gagner du temps et de l'argent. On s'est aperçu qu'il nous a aussi fait perdre la ligne et le goût. D'où sa remise en cause. La restauration rapide subsiste - et subsistera sans doute encore longtemps ; la restauration lente, celle qui procure plaisir et convivialité, a néanmoins retrouvé quelques éclats. Halte au court-termismeIl en va de même en économie. Loin des idéologies de la décroissance, on voit partout monter une contestation du court-termisme et de la vitesse comme fin en soi. Après la slow-food, la « slow-économie » : c'est le titre, par exemple, de l'essai d'un journaliste italien qui parcourt le monde, Federico Rampini - il était hier en Chine, il est aujourd'hui aux États-Unis - et qui a, notamment, pour talent de bien sentir les grands mouvements de la planète. « Trop vite ! Pourquoi nous sommes prisonniers du court terme. » C'est le titre du prochain ouvrage de Jean-Louis Servan-Schreiber, un autre excellent détecteur de tendances. La littérature américaine managériale pullule, elle aussi, de textes qui, s'ils ne font pas l'éloge de la lenteur, plaident en faveur d'une révision de nos horloges. Deux directeurs associés du BCG plaident ainsi, dans leur ouvrage « Accelerating out of the Great Recession » en faveur d'une meilleure prise en compte, dans l'entreprise, de la réalité politique des sociétés dans lesquelles elle vit et du long terme. C'est aussi Jacques Attali qui, dans ses écrits sur la sortie de crise, parle de la nécessité de l'émergence d'un « capital patient ». En cause, la financeLa finance, la technologie et la mort des frontières avaient en fait, au cours des trente dernières années, complètement cassé nos horloges. Le temps avait explosé. Il s'était rétréci. Demain, c'était aujourd'hui, c'était presque hier. Il fallait avoir tout, tout de suite et partout, accessible en continu. Une promesse devait être un résultat. Dans la course folle à la productivité et à la croissance, nous étions finalement tombés sous le joug d'une nouvelle dictature, celle du court terme. On imaginait déjà des sociétés cotées du Net amenées à publier minute par minute l'évolution de leurs chiffres d'affaires et de leurs résultats. S'il n'est pas mort, ce monde-là est en tout cas profondément affecté par la crise d'aujourd'hui. De fait, les grands enjeux de la sortie de crise annoncent bien un retour spectaculaire de la patience, de la lenteur et de la vision à long terme. On peut en voir de multiples signes. Pour nos besoins énergétiques, pour le développement de nos grands réseaux aussi, il va falloir engager, partout, d'énormes travaux d'infrastructure. La protection de l'environnement nécessite la mise en oeuvre de stratégies à long terme. Ce qui fait d'ailleurs aujourd'hui la force de la Chine, c'est justement une relation au temps bien moins tendue que dans nos pays occidentaux. Quand, à Wall Street, les entreprises vivent au rythme de leurs trimestriels, sinon de leurs mensuels, à Shanghai, on investit pour les générations futures sans trop se préoccuper d'une rentabilité financière immédiate. Quand, à Paris ou à Washington, tout se conçoit en fonction du journal TV du soir, à Pékin, tout se définit dans une perspective de dix, quinze ou vingt ans. Le retour du temps longLe retour du temps long s'inscrit dans un mouvement de balancier classique. Après une course folle, un peu de répit, voire de repos, s'impose. La lenteur ne veut pas dire pour autant le sommeil. Et c'est le grand risque. La croissance vient de la productivité. La productivité, c'est produire plus, plus vite, avec moins. Le risque, c'est, à trop se complaire dans la lenteur, de transformer la « slow-growth » en « no-growth ». Il n'est pas sûr que ce soit là, pour nos sociétés minées par le chômage, la piste à suivre. Même lentement.

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