L'affaire Mediator éclabousse les laboratoires

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Le scandale Mediator aurait-il pu être évité ? C'est la question qui agite le monde de la santé après les dernières conclusions de l'Afssaps (l'Association française de sécurité sanitaire des produits de santé). « L'utilisation du benfluorex [molécule du Mediator, Ndlr] a provoqué de l'ordre d'au moins 500 décès sur trente ans » a estimé mardi Jean Marimbert, président de l'Afssaps, à partir d'une étude de la Cnam. L'antidiabétique du laboratoire Servier avait été retiré du marché le 30 novembre 2009 pour « risque d'atteinte valvulaire » (complication cardiaque). « Plusieurs dizaines de milliers de patients », parmi les 300.000 traités la dernière année, seraient à risque, chiffre l'Afssaps, qui assure qu'elle ne disposait pas, jusqu'à récemment, des informations nécessaires pour avancer un tel chiffre. « Avant 2009, si j'avais retiré le produit, la décision aurait pu être attaquée par le laboratoire, faute de preuve évidente », a plaidé Jean Marimbert. « Les laboratoires font des rapports périodiques de pharmacovigilance pour chaque médicament. Ils ont toujours été transmis par Servier aux autorités de santé en temps voulu », assure de son côté le laboratoire.Le Mediator n'est pas le seul antidiabétique sur la sellette : fin septembre, l'Avandia du britannique GSK a été retiré du marché européen pour « risques cardiaques accrus ». Quant à la pilule anti-obésité de Sanofi, l'Acomplia, indiquée notamment pour les diabétiques, elle avait été suspendue à grand bruit en octobre 2008. « Les antidiabétiques sont des médicaments de masse agissant sur des pathologies chroniques, pour lesquels les effets secondaires surviennent sur le long terme », explique Jean-François Lopez, consultant au cabinet Nextep. Depuis sa mise sur le marché en 1976, « environ 5 millions de patients » ont été traités par benfluorex.Réputation sulfureuseSous sa forme générique, le Mediator ne rapportait plus que 30 millions d'euros à Servier, soit 0,7 % de ses ventes hexagonales. Il n'empêche : le fabricant, numéro deux français derrière Sanofi (3,6 milliards d'euros de ventes), traîne une réputation sulfureuse. « Servier a joué avec le feu », glisse un proche. Le laboratoire avait déjà été épinglé avec l'isoméride, un coupe-faim « cousin » du Mediator, retiré du marché en 1997. Et l'efficacité du Mediator avait été jugée « modeste » ces dernières années, rappelle l'Afssaps. « Le rapport bénéfice/risque était sans doute mauvais », tranche l'économiste Claude Le Pen. Le ministre de la Santé, Xavier Bertrand, a chargé l'Inspection générale des affaires sociales de suivre le dossier. Pour Claude Le Pen, « il faudrait repérer les risques liés à un produit durant son développement et engager des études, à partir des bases de données de la Cnam, lorsque certains voyants (taux d'hospitalisation...) passent au rouge. Cela se fait aux États-Unis et au Royaume-Uni ». L'économiste souligne toutefois que ces pratiques se heurtent en France à des questions de confidentialité des données médicales.

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